Le système de santé québécois à l’épreuve de la pandémie

Volume 66, 3, 2025 septembre-décembre

Articles

/ ÉRUDIT

Nancy Côté et Charles Fleury

LE SYSTÈME DE SANTÉ QUÉBÉCOIS À L’ÉPREUVE DE LA PANDÉMIE

Introduction

La pandémie de COVID-19 a mis à rude épreuve les systèmes de santé de nombreux pays qui ont dû, dans un court laps de temps et dans un climat d’urgence, réorganiser leur offre de services pour répondre aux impératifs de la crise. Au Canada, c’est la province de Québec qui, au vu du nombre d’infections et de décès liés à la COVID-19, a été la plus durement touchée lors de la première vague (Dubois, Borgès da Silva et Prud’homme, 2022), avec un total de 59 845 cas confirmés entre mars et juillet 2020, 7 310 hospitalisations et 5 829 décès (Carazo et al., 2022; CSBE, 2022). Le secteur des centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) a été particulièrement touché, avec plus de 64 % des décès liés à la COVID-19. Certains segments de la population ont été également surreprésentés parmi les cas confirmés, les personnes hospitalisées ou décédées, notamment les personnes moyennement défavorisées et défavorisées selon l’indice de vulnérabilité sociale et de vulnérabilité matérielle (Tremblay et Benigeri, 2020)...

Lucienne Martins-Borges, Marie-Elisa Fortin, Mariá Boeira-Lodetti, Stéphanie Arsenault et Lucille Langlois

LE MANDAT TEMPORAIRE DE LA CLINIQUE SANTÉ DES RÉFUGIÉS DE QUÉBEC EN CONTEXTE DE CRISE SANITAIRE : UNE RÉPONSE AUX INIQUITÉS D’ACCÈS AUX SOINS POUR LES PERSONNES À STATUT MIGRATOIRE PRÉCAIRE

S’appuyant sur un devis de recherche qualitative, cet article vise à présenter la mise en place et les retombées d’un mandat temporaire que s’est donné la Clinique santé des réfugiés de Québec (CSR) en contexte de crise sanitaire. Ce mandat visait à offrir des services à toute personne immigrante rencontrant des difficultés d’accès aux soins en raison de son statut migratoire ou des barrières linguistiques et culturelles existantes. La collecte de données a été réalisée auprès de 15 participants, professionnels ou gestionnaires de l’équipe des intervenants de la CSR affectés au mandat temporaire. Ces participants ont tous travaillé à la CSR entre le 16 mars 2020 et le 31 mars 2021. Les résultats de la recherche indiquent qu’une nouvelle logistique organisationnelle fut engendrée grâce à ce mandat pour faire face aux iniquités d’accès aux soins qui touchent cette population. La CSR a pu prévenir
l’aggravation de situations et est devenue une référence provinciale en matière d’innovation.
Mots-clés : COVID-19; immigrant; équité en santé; accès aux soins de santé; demandeurs d’asile

Notices biographiques
Stéphanie Arsenault

Stéphanie Arsenault est professeure titulaire à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval. Elle est directrice scientifique de l’Équipe de recherche en partenariat sur la diversité culturelle et l’immigration dans la région de Québec et coresponsable du Réseau québécois de la recherche en immigration, intégration et relations interculturelles. Ses travaux portent sur les pratiques favorables à l’inclusion des personnes immigrantes à la société québécoise.

Mariá Boeira Lodetti

Mariá Boeira Lodetti est professeure à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval et chercheure au sein de l’Équipe de recherche en partenariat sur la diversité culturelle et l’immigration dans la région de Québec. Elle est également psychologue clinicienne exerçant principalement auprès d’adultes La Clinique santé des réfugiés de Québec 5 1 9 et d’enfants issus de l’immigration confrontés à des situations extrêmes telles que des guerres, des génocides ou des persécutions. Dernière publication : Martins-Borges, L., M. Boeira-Lodetti, V. Hamel-Genest, M.-É. Fortin, G. Robert, S. Arsenault, L. Langlois, « L’adaptation des services à la Clinique santé des réfugiés de Québec : une réponse aux besoins des personnes réfugiées pendant la pandémie de COVID-19 », Revue canadienne sur les réfugiés/Refuge: Canada’s Journal on Refugees, 39 (1) , 2023 : 1-15.

Lucienne Martins Borges

Lucienne Martins Borges est professeure titulaire à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval. Elle est chercheure au sein de l’Équipe de recherche en partenariat sur la diversité culturelle et l’immigration dans la région de Québec et psychologue responsable au Service d’Aide Psychologique Spécialisée aux Immigrants et Réfugiés (SAPSIR©). Dernière publication : Martins-Borges, L., M. Boeira-Lodetti, V. Hamel-Genest, M.-É. Fortin, G. Robert, S. Arsenault, L. Langlois, « L’adaptation des services à la Clinique santé des réfugiés de Québec : une réponse aux besoins des personnes réfugiées pendant la pandémie de COVID-19 », Revue canadienne sur les réfugiés/Refuge: Canada’s Journal on Refugees, 39 1) , 2023 : 1-15. [https:/ doi.org/10.25071/1920-7336.41040]

Marie-Élisa Fortin

Marie-Élisa Fortin est candidate au doctorat en travail social à l’Université Laval. Elle est travailleuse sociale à l’Institut de santé mentale de Québec au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale.

Lucille Langlois

Lucille Langlois est travailleuse sociale et gestionnaire récemment retraitée du réseau de la santé et des services sociaux. Elle a oeuvré en gestion du développement et du soutien des pratiques d’intervention interculturelle et de proximité. Ses travaux, réalisés en collaboration avec les communautés locales en situation de vulnérabilité, les partenaires intersectoriels et les équipes de recherche, se concentrent sur les innovations sociales et intersectorielles. Elle travaille actuellement en recherche et poursuit ses activités professionnelles dans une visée de pérennisation de ces pratiques innovantes. Ses récentes publications portent sur le rôle de l’équipe d’intervenants pivots en interculturel (2023) et la santé mentale des personnes réfugiées durant la pandémie (2022).

Savannah Dubé, Myreille Bédard, Arnaud Duhoux, Jean-Sébastien Paquette, Amélie M. Achim, Patrick Archambault, Virtue Bajurny, Marie Baron, Mylaine Breton, Marjorie Brochu, Jean-Daniel Carrier, Yves Couturier, Stefany Dufour, Martin Fortin, Morgane Gabet,

EXPÉRIENCES DE SOINS EN TÉLÉSANTÉ LORS DE LA PANDÉMIE DE COVID-19 : UNE ÉTUDE QUALITATIVE AUPRÈS D’USAGERS DE SERVICES AYANT DES TROUBLES DE SANTÉ MENTALE ET DES MALADIES PHYSIQUES CHRONIQUES

La pandémie de COVID-19 a engendré de profonds changements dans les modalités de prestation des soins de santé, notamment l’adoption rapide de la télésanté. Bien que certaines études aient exploré les avantages et les défis liés à la télésanté en contexte de pandémie, peu d’études se sont penchées sur les expériences de soins en télésanté d’individus vivant avec des troubles de santé mentale et des maladies physiques chroniques. Cet article propose d’explorer les perspectives de 29 usagers de services. Des entrevues semi-dirigées ont été réalisées dans le cadre d’une étude plus large basée sur des méthodes mixtes. Les participants ont été interrogés sur différentes dimensions de leurs expériences de soins, notamment l’accessibilité, la continuité, l’approche centrée sur la personne, ainsi que la globalité. Les transcriptions de ces entrevues ont fait l’objet d’une analyse thématique, à la fois déductive et inductive. Les résultats suggèrent que le virage vers la télésanté a contribué à maintenir l’accessibilité et la continuité des soins de santé pour la plupart des participants de l’étude. En revanche, ce virage n’a favorisé que de façon limitée une approche des soins centrée sur la personne et la globalité des soins, soulignant la nécessité d’améliorer ces aspects dans un objectif d’amélioration de la qualité et de pérennisation de la télésanté.
Mots-clés : télésanté; COVID-19; expériences de soins; santé mentale; multimorbidité; étude qualitative

Notices biographiques
Savannah Dubé

Savannah Dubé est anthropologue et professionnelle de recherche au Centre de recherche en santé durable VITAM au sein de l’équipe de Matthew Menear. Elle coordonne des projets de recherche visant à mieux comprendre et améliorer les expériences de soins des personnes présentant des troubles de santé mentale, ainsi que l’organisation des soins et services de première ligne.

Matthew Menear

Matthew Menear est professeur adjoint au département de médecine de famille et médecine d’urgence de l’Université Laval et chercheur régulier au Centre de recherche en santé durable VITAM. Ses travaux de recherche visent à optimiser les trajectoires de soins et de services pour les personnes présentant des troubles de santé mentale et à promouvoir des soins et services intégrés et centrés sur la personne.

Houssem Eddine Ben-Ahmed et Ivy Lynn Bourgeault

FAVORISER LE RECRUTEMENT ÉTHIQUE DES INFIRMIÈRES DIPLÔMÉES HORS CANADA : APPEL À L’ACTION POLITIQUE

Au Canada, le recrutement des infirmières diplômées hors du pays devient de plus en plus un sujet d’actualité, soulevant un questionnement éthique dans les médias et les écrits scientifiques. En effet, bien que la pénurie de la main-d’oeuvre infirmière soit un problème global, le Canada, plus spécifiquement au niveau provincial et territorial, ainsi que d’autres pays développés ont activement mis en place des campagnes de recrutement international du personnel infirmier afin de remplir des postes vacants, dont le nombre a grimpé en flèche au cours des dernières années. Cette pénurie s’explique par plusieurs causes complexes et interconnectées, incluant une dotation inadéquate, des charges de travail excessives, des heures supplémentaires obligatoires, des lieux de travail toxiques, une violence endémique envers le personnel infirmier et une absence de planification adéquate de personnel infirmier. Par conséquent, des milliers d’infirmières quittent leur milieu de travail, voire leur profession. En parallèle, il apparaît qu’un grand nombre d’infirmières formées à l’étranger vivant déjà au Canada sont au chômage ou sous-employées. En effet, plusieurs infirmières formées à l’étranger sont encore confrontées à plusieurs barrières en lien avec l’immigration, le permis de l’ordre professionnel et l’intégration au marché d’emploi. Elles relatent que le processus pour entrer dans la profession infirmière au Canada demeure long, complexe, coûteux et stressant, les empêchant d’utiliser de manière appropriée leurs connaissances, leurs expériences et leur expertise pour s’intégrer à la main-d’oeuvre infirmière canadienne. À la lumière des dynamiques du pouvoir entre les provinces, cet article décrit des mesures de recrutement et d’intégration adoptées dans trois provinces canadiennes, à savoir le Québec, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Il vise à analyser si ces mesures s’alignent adéquatement sur les principes du Code de 2010 de l’Organisation mondiale de la santé sur le recrutement international de personnel infirmier. En nous
basant sur cette analyse, nous proposons aux décideurs politiques des actions stratégiques prioritaires pour investir dans le recrutement local, entamer un processus de planification plus robuste et encourager le Canada à devenir plus autosuffisant, et ce, afin de favoriser la transformation des systèmes de santé et de services sociaux.
Mots-clés : infirmières diplômées hors Canada; recrutement éthique; Houssem Eddine Ben-Ahmed et Ivy Lynn Bourgeaultsystème de santé; pénurie infirmière; politiques en santé; Canada

Notices biographiques
Houssem Eddine Ben-Ahmed

Houssem Eddine Ben-Ahmed est chercheur associé principal et co-directeur du thème Mobilité, migration et intégration au sein du Réseau canadien des personnels de santé et professeur à temps partiel à l’Université d’Ottawa. Il est également fondateur et directeur du Collaborative Alliance of Research and Education for Nursing Empowerment. Ses projets de recherche portent sur la gestion des ressources humaines en santé, la mise en oeuvre des initiatives prometteuses visant à transformer les pratiques de gestion et favoriser le bien-être des professionnels de la santé. Ancré dans une perspective collaborative et critique, le Dr Ben-Ahmed s’intéresse également à analyser et à évaluer les politiques de santé entourant les enjeux de la rétention et de recrutement éthique des professionnels de la santé. Dernière publication : A. Drost, H. E. Ben-Ahmed et A. Sweetman, « The Trajectory of Agency-Employed Nurses in Ontario, Canada: A Longitudinal Analysis (2011-2021) », Policy, Politics & Nursing Practice, 25 (2), 2024 : 70-82.

Ivy Lynn Bourgeault

Ivy Lynn Bourgeault est professeure à l’École d'études sociologiques et anthropologiques de l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche de l’Université sur le genre, la diversité et les professions. Elle dirige le Réseau canadien des personnels de la santé, l'initiative Empowering Women Leaders in Health et codirige le projet Team Primary Care: Training for Transformation. La Dre Bourgeault a acquis une réputation internationale pour ses recherches sur le personnel de santé, en particulier du point de vue du genre. Elle a été intronisée à l’Académie canadienne des sciences de la santé en septembre 2016 et a reçu le Prix d’excellence en recherche de l’Université d’Ottawa 2016-2017. Dernière publication : A. Coates, M. Mihailescu et I. L. Bourgeault, « Emergency responses for a health workforce under pressure: Lessons learned from system responses to the first wave of the pandemic in Canada », The International Journal of Health Planning and Management, 39 (3), 2024 : 906-916.

Carol-Anne Gauthier, Annick Parent-Lamarche et Yves Hallée

L’IMPACT DE LA CRISE DE LA COVID-19 SUR LES EMPLOIS DU CARE : UNE PARTITION DÉJÀ CONNUE?

La crise de la COVID-19 a mis en lumière l’importance de reconnaître le travail des femmes, notamment celles qui fournissent les services essentiels et de proximité et qui oeuvrent en particulier dans le domaine du care. Cette crise a aussi exacerbé la difficulté des conditions de travail et de l’organisation du travail des personnes exerçant ces métiers et professions. Nous examinons l’impact de la crise de la COVID-19 sur les personnes oeuvrant dans les métiers et professions du care à l’aide de méthodes mixtes. Des entrevues et un questionnaire soumis à un certain nombre d’entre elles révèlent qu’en temps de crise, certains services et certaines tâches ont été réorganisés de manière ponctuelle, ce qui a eu pour effet de dégrader les conditions de travail et de l’organisation du travail de ces personnes, entraînant notamment une hausse de l’utilisation des compétences féminisées et une augmentation du stress ressenti. Quelques modifications temporaires se sont également avérées bénéfiques et représentent des pistes de solution prometteuses. Nous concluons en proposant de telles pistes de solution et de réflexion afin de favoriser une meilleure valorisation des emplois du care, notamment dans le secteur de la santé et des services sociaux.
Mots-clés : COVID-19; emplois du care; valorisation des emplois à prédominance féminine; compétences féminisées; conditions de travail; conditions de l’organisation du travail; santé et services sociaux; santé mentale au travail

Notices biographiques
Carol-Anne Gauthier

Carol-Anne Gauthier, Ph.D., est professeure de psychologie au CÉGEP Champlain-St. Lawrence et chargée de cours aux départements des relations industrielles et de management de l’Université Laval. Elle est membre de la Chaire de recherche Relief en santé mentale, autogestion et travail (U. Laval) et chercheuse associée à VITAM-Centre de recherche en santé durable. Ses travaux portent notamment sur la diversité et l’inclusion, la valorisation des emplois à prédominance féminine, la santé mentale au travail et le télétravail.

Yves Hallée

Yves Hallée, Ph.D. est professeur titulaire au Département des relations industrielles de l’Université Laval. Il est spécialiste de l’équité salariale, de la rémunération, des emplois du care ainsi que de la méthodologie pragmatiste. Ses travaux de recherche actuels portent sur la reconnaissance et l'évaluation des emplois du care, la dialectique inclusion/exclusion et le travail émotionnel. Il a récemment commencé un projet de recherche sur l’emploi de pair-aidant en santé mentale et sur l’analyse institutionnaliste de la Loi sur l’équité salariale.

Annick Parent-Lamarche

Annick Parent-Lamarche, Ph.D. est professeure-chercheure au Département des gestions des ressources humaines à l’Université du Québec à Trois-Rivières et titulaire de la Chaire de recherche UQTR sur les pratiques en gestion des ressources humaines, le bien-être et la performance au travail. Ses domaines d’expertise incluent les déterminants psychosociaux de la santé, les conditions de l’organisation du travail et la gestion de la rémunération. Ses travaux récents portent notamment sur la santé mentale au travail, le télétravail et la valorisation des emplois à prédominance féminine.

Charles Fleury, Nancy Côté, Simon Coulombe, Émilie Dionne, Isabelle Feillou et Sylvain Luc

CONFIANCE ORGANISATIONNELLE DU PERSONNEL SOIGNANT DURANT LA PANDÉMIE DE COVID-19

Cet article examine la confiance organisationnelle du personnel soignant au Québec durant la pandémie de COVID-19. Posant cette confiance comme une condition de la résilience du système québécois de santé et des services sociaux et s’appuyant sur des données collectées au moyen d’un questionnaire et d’entretiens individuels et de groupe auprès de membres du personnel soignant entre 2021 et 2022, il vise plus spécifiquement à documenter l’état de la confiance et son évolution un an après le début de la pandémie et à comprendre les facteurs affectant cette confiance. Trois dimensions de la confiance organisationnelle sont examinées : envers l’employeur, les supérieurs immédiats et les collègues de travail. Les résultats montrent une diminution significative de la confiance envers l’employeur et les supérieurs immédiats par rapport à la situation qui prévalait avant le début de la pandémie, principalement due à une mauvaise gestion des ressources humaines, une communication inefficace et un manque de reconnaissance. La confiance envers les collègues, bien que légèrement diminuée, est restée relativement forte. L’article discute des résultats à la lumière d’autres travaux sur le sujet et de la récente réforme adoptée par le Gouvernement du Québec, la loi 15, qui a donné lieu à la création de Santé Québec.
Mots-clefs : résilience organisationnelle; confiance organisationnelle; pandémie de COVID-19; système québécois de santé et des services sociaux; personnel soignant

Notices biographiques
Nancy Côté

Nancy Côté est professeure agrégée au département de relations industrielles de l’Université Laval, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sociologie du travail et des organisations de santé et membre du VITAM – Centre de recherche sur la santé durable où elle est coresponsable de l’axe de recherche : Environnements : milieux de vie, milieux de travail et milieux de soins. Ses travaux se situent au croisement de la sociologie du travail, de la sociologie des professions et de la sociologie des organisations. Ses recherches portent sur les transformations des organisations de santé et leurs effets sur le travail des professionnels et des gestionnaires de ce secteur.

Simon Coulombe

Simon Coulombe, Ph. D. en psychologie communautaire, est professeur agrégé en relations industrielles à l’Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche Relief en santé mentale, autogestion et travail. Ses travaux portent sur la promotion du bien-être et de la santé mentale de plusieurs groupes de la population, incluant les travailleur·se·s dans divers contextes et les personnes marginalisées.

Émilie Dionne

Émilie Dionne est chercheure d’établissement à VITAM – Centre de recherche en santé durable du CIUSSS-de-la-Capitale-Nationale et professeure associée au département de sociologie de l’Université Laval. Détentrice d’un doctorat en pensée sociale et politique avec une concentration en épistémologie féministe et sociologie féministe des sciences et de la technologie, elle consacre depuis les dix dernières années ses travaux de recherche appliquée à la sociologie du vieillissement, de la vieillesse et des personnes âgées, aux éthiques et à la relation du soin, à la science de l’implantation, aux récits de santé des personnes et au recours aux arts et à la culture pour des fins de santé durable, de bien-être et en vue de concevoir des savoirs et de mener des recherches impliquant de façon riche et significative les participant·e·s de la recherche.

Isabelle Feillou

Isabelle Feillou est professeure agrégée au département des relations industrielles de l’Université Laval et chercheure régulière au Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS). Ergonome de formation (Ph. D.), ses intérêts de recherche portent sur le travail du care, plus particulièrement en CHSLD, l’intégration au travail des personnes en situation de handicap ainsi que sur la contribution de l’ergonomie à la conception innovante de systèmes de travail ou d’usages. Ses travaux visent à contribuer au développement de connaissances et d’interventions permettant la création d’organisations et d’environnements capacitants, selon des modalités participatives.

Charles Fleury

Charles Fleury, Ph. D. en sociologie, est professeur titulaire au Département des relations industrielles de l’Université Laval et chercheur associé au Centre de recherche en santé durable VITAM. Ses plus récents travaux ont porté sur l’insertion professionnelle et le rapport au travail, la mobilité et les migrations, les inégalités sociales et les parcours de vie.

Sylvain Luc

Sylvain Luc, Ph. D. en science économique et de gestion, est professeur titulaire et directeur du département des relations industrielles de l’Université Laval. Ses champs de recherche portent sur l’auto-emploi, l’entrepreneuriat hybride, le leadership organisationnel, la psychologie des organisations ainsi que sur les enjeux de la numérisation du travail sur la fonction RH.

Yves Couturier, Maude-Émilie Pépin et Julie Martin

LA MISE À DISTANCE DES CENTRES INTÉGRÉS DE SANTÉ ET DE SERVICES SOCIAUX COMME CONDITION DE BIEN-ÊTRE AU TRAVAIL. LE CAS DES TRAVAILLEUSES SOCIALES TRANSFÉRÉES EN GROUPES DE MÉDECINE DE FAMILLE

Depuis 2016, près de 400 travailleuses sociales ont été redéployées des CLSC vers les groupes de médecine de famille (GMF). Ce redéploiement, effectué initialement contre leur gré, les a de facto éloignées des grandes organisations que sont les Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS). L’article cherche à comprendre le lien entre cet éloignement et le bien-être au travail observé en GMF chez ces travailleuses sociales. À partir d’une étude qualitative par entretien et observation, il montre que, si cet éloignement va de pair avec de nombreux défis opérationnels, il apparaît comme une condition fondamentale de l’accroissement de l’autonomie professionnelle de ces travailleuses sociales et, partant, de leur bien-être au travail.
Mots-clés : travail social; soins primaires; organisation des services; bien-être au travail

Notices biographiques
Yves Couturier

Yves Couturier est professeur titulaire au département de travail social de l’Université de Sherbrooke. Il travaille sur l’organisation des services de santé et sociaux, notamment dans la perspective de l’analyse des pratiques professionnelles de coordination et collaboratives appliquée en particulier aux services aux aînés et aux soins primaires.

Julie Martin

Julie Martin (MSS) est doctorante en gérontologie et professionnelle de recherche à l’Université de Sherbrooke et au Centre collégial d’expertise en gérontologie de Drummondville. Elle travaille notamment sur les thèmes des laboratoires vivants et de la gouvernance des innovations en situation réelle.

Maude-Émilie Pépin

Maude-Émilie Pépin, TS, (Ph.D.), détentrice d’un doctorat en gérontologie, est professionnelle de recherche au Centre intégré de santé et de services sociaux Estrie-Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke. Elle travaille notamment sur la mise en oeuvre du Plan Alzheimer du Québec. Publication : Pépin, M.-É., M. Guillette, L. Belzile et Y. Couturier, « Le déploiement des travailleuses sociales en GMF ouvre un espace favorable à l’intervention par les forces », 2021, Intervention, 153, p. 19-29.

Nancy Côté et Charles Fleury

ENTRE CONFORMITÉ ET RÉSISTANCE : MIEUX COMPRENDRE LA CAPACITÉ D’ACTION DES CADRES INTERMÉDIAIRES EN PÉRIODE DE CRISE PANDÉMIQUE

Cet article examine le rôle stratégique des cadres intermédiaires dans le système de santé et de services sociaux québécois pendant la pandémie de COVID-19. Il analyse leur capacité d’action face à des logiques organisationnelles contradictoires exacerbées en raison de l’accroissement de l’imprévisibilité et de l’instabilité dans cette période. L’article montre comment ces cadres intermédiaires mobilisent différentes logiques d’action, oscillant entre conformité et résistance, en réponse aux injonctions organisationnelles. Les pratiques de résistance observées s’inscrivent sur un continuum, allant de microrésistances individuelles à des formes collectives de « résistance productive ». Loin d’être une simple opposition, la résistance s’inscrit ici dans une démarche de recherche de sens, voire de positionnement politique, visant à proposer des alternatives plus adaptées aux réalités du terrain et alignées sur les intérêts de l’organisation. Dans les cas étudiés, ces pratiques ont eu pour effet de soutenir les capacités organisationnelles, de favoriser la mobilisation des équipes et de contribuer au maintien de la qualité des soins. Les formes de résistance déployées pourraient, de ce fait, jouer un rôle déterminant dans la résilience organisationnelle en période de crise. L’article souligne ainsi l’importance du rôle stratégique des cadres intermédiaires et la nécessité d’une meilleure reconnaissance de leur capacité d’action en contexte de crise.
Mots-clés : cadres intermédiaires; système de santé; rôle stratégique; capacité d’action; microrésistance; résistance productive; résilience organisationnelle; COVID-19

Notices biographiques
Nancy Côté

Nancy Côté, sociologue, est professeure agrégée au département des relations industrielles de l'Université Laval, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sociologie du travail et des organisations de santé et membre du VITAM-centre de recherche sur la santé durable. Elle dirige l’équipe Réseaux-proximité, une équipe en partenariat qui s’intéresse aux innovations sociales en soins et services de proximité. Ses travaux se situent au croisement de la sociologie du travail, des professions et des organisations, avec un accent particulier sur la transformation de la première ligne au Québec. Elle s'intéresse aux innovations sociales, aux modes de gouvernance ainsi qu'aux enjeux professionnels et gestionnaires dans ce secteur.

Charles Fleury,

Charles Fleury, sociologue, est professeur titulaire au Département des relations industrielles de l’Université Laval. Ses travaux les plus récents ont porté sur l’insertion professionnelle et le rapport au travail, la mobilité et les migrations, les inégalités sociales et les parcours de vie.

Isabelle Feillou, Nathalie Jauvin, Melina Papalampropoulou-Tsiridou, Sonia Paquet-Martel et Raphaëlle Bruyère

PENSER ET RÉALISER « ENSEMBLE » UNE TRANSFORMATION ARCHITECTURALE FAVORABLE À LA SANTÉ DURABLE DES RÉSIDENTS ET DES TRAVAILLEURS EN CENTRE D’HÉBERGEMENT DE LONGUE DURÉE

La vétusté des centres de soins de longue durée (CHSLD) au Québec et d’autres enjeux organisationnels les concernant nécessitent la réalisation de certaines transformations, entre autres de nature architecturale, dont les processus sont peu documentés. Nous présentons ici un des volets d’une recherche-action commencée en 2020, en plein coeur de la pandémie de COVID-19, durant laquelle nous avons accompagné le processus de rénovation de deux unités spécialisées d’un CHSLD de la région de Québec destinées à des personnes âgées en forte perte d’autonomie et présentant des troubles cognitifs. L’article traite de cette intervention dont sont nés de nouveaux habitats et qui visait à offrir un environnement bâti favorable à la santé des travailleurs et des résidents. Nous décrivons l’origine de la recherche-action et les étapes de l’intervention ainsi que les enjeux de coconstruction soulevés à chacune de ses étapes. Les facteurs facilitant ou entravant la démarche, du point de vue tant du contexte que du processus, sont discutés par la suite. Nous concluons sur une mise en perspective des apprentissages réalisés au regard de la santé durable et de la résilience du système de santé et de services sociaux.
Mots-clés : recherche-action; coconstruction; ergonomie; transformation architecturale; CHSLD; santé durable; santé au travail; personnes aînées; communauté; résilience

Notices biographiques
Raphaëlle Bruyère

Raphaëlle Bruyère est titulaire d’un baccalauréat en relations industrielles et d’une maîtrise en ergonomie de l’Université Laval. Elle a débuté son doctorat en sciences du travail et de l’emploi en septembre 2024. Celui-ci porte sur les actions syndicales visant la réduction de la charge de travail des infirmières et des enseignantes du primaire. Dernière publication : Laurence Hamel-Roy, Martine D’Amours et Geneviève Baril-Gingras, Raphaëlle Bruyère, Christophe Cinq-Mars, Mostafa Henaway, Simone Lemieux-Bourque, Yanick Noiseux, Manuel Salamanca Cardona et Cheolki Yoon, Mobiliser pour la santé et la sécurité du travail dans les entrepôts : des travailleurs et travailleuses d’agences au taylorisme numérique, rapport de recherche, Montréal, Groupe interuniversitaire et interdisciplinaire de recherche sur l’emploi, la pauvreté et la protection sociale (GIREPS), Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTTI) et Association des travailleurs et travailleuses d’agence de placement (ATTAP), 2023.

Isabelle Feillou

Isabelle Feillou a une maîtrise en ergonomie de l’Université de Bordeaux (France) ainsi qu’un diplôme d’ingénieur d’AgroParisTech (France). Elle détient un doctorat en sciences humaines appliquées de l’Université de Montréal. Elle est professeur en ergonomie au département des relations industrielles de l’Université Laval depuis 2019. Elle contribue à des recherches dans le réseau de la santé depuis une douzaine d’années, plus particulièrement en lien avec le travail relationnel et les préposés aux bénéficiaires. Elle s’intéresse par ailleurs à l’apport de l’ergonomie en conception afin de contribuer au développement des capabilités des travailleurs et à l’amélioration de leur santé au travail. Dernière publication choisie : Nathalie Jauvin et Isabelle Feillou, « Prendre le temps de reconnaître et de comprendre la charge émotionnelle chez les soignants : vers des pistes d’intervention en temps de pandémie », Cahiers francophones de soins palliatifs, 20 (2), 2021 : 23-30.

Nathalie Jauvin

Nathalie Jauvin est chercheure indépendante. Elle détient un doctorat en Sciences humaines appliquées de l’Université de Montréal et a effectué une formation postdoctorale à la Chaire de recherche sur l’intégration professionnelle et l’environnement psychosocial de l’Université Laval. Depuis une trentaine d’années, elle s’intéresse à la santé mentale au travail et aux interventions préventives, en particulier chez les travailleurs qui exercent un métier relationnel. Elle a travaillé comme conseillère scientifique spécialisée dans le domaine de la santé au travail à l’Institut National de Santé Publique du Québec de 2018 à janvier 2025; les travaux dont il est question dans cet article ont été en partie réalisés dans le cadre de ce poste.

Sonia Paquet-Martel

Sonia Paquet-Martel est titulaire depuis 2022 d’une maîtrise en ergonomie de l’Université Laval. Elle détient un baccalauréat en kinésiologie de l’Université Laval (2018) et elle a travaillé pendant 14 ans dans des cliniques privées en réadaptation. Elle prépare présentement une maîtrise avec mémoire en sciences du travail et de l’emploi à l’Université Laval, qui traite de la fidélisation et du bien-être des employés en utilisant une approche en ergonomie et en gestion des ressources humaines. Elle est aussi auxiliaire de recherche dans plusieurs projets en biomécanique occupationnelle et en ergonomie. Cet article est sa première publication en tant que co-auteur, mais elle a participé à plusieurs conférences, notamment dans le cadre de l’ACFAS.

Melina Papalampropoulou-Tsiridou

Melina Papalampropoulou-Tsiridou est titulaire d’un doctorat en neurobio-logie et d’un MBA en affaires internationales de l’Université Laval. Elle a également obtenu une maîtrise de recherche en neurosciences intégratives à l’université d’Édimbourg, au Royaume-Uni, et un baccalauréat en biologie à l’université de Partas, en Grèce. Elle a travaillé comme coordonnatrice du CE-ACESS et est actuellement conseillère cadre au sein du CIUSSS de la Capitale-Nationale où elle met à profit son expertise en gestion de projet et en recherche. Elle a à son actif deux publications en tant que premier auteur et a collaboré à plusieurs études (https://orcid.org/0000-0001-7390-1860).

François Aubry et Francis Etheridge

RASSEMBLER DES RÉSIDENTS DANS DES « MICRO-MILIEUX » EN CHSLD : UN IMPACT SUR LA PRATIQUE DES PRÉPOSÉES AUX BÉNÉFICIAIRES?

L’objectif de cet article est de présenter les résultats d’une étude portant sur le point de vue des préposées aux bénéficiaires sur le développement d’une initiative organisationnelle en centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), celle des « micro-milieux adaptés ». Nous avons réalisé 28 entrevues semi-dirigées auprès de préposées, autour de deux thématiques : les conséquences organisationnelles d’un tel développement pour leur pratique, et leur perception d’avoir (ou non) développé une spécialisation dans le cadre des micro-milieux. Nos résultats mettent de l’avant la prédominance de problématiques organisationnelles classiques en CHSLD (manque de main-d’oeuvre, faible sentiment de reconnaissance, etc.) malgré une initiative qui promettait d’être participative et valorisante.
Mots-clés : micro-milieux; préposées aux bénéficiaires; résidents; spécialisation; CHSLD

Notices biographiques
Francois Aubry

Francois Aubry est professeur au Département de travail social de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), et chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (CRIUGM). Il s’intéresse au fonctionnement des organisations gériatriques et à l’activité des préposées aux bénéficiaires. Son dernier article publié est : « Comment retenir les préposées dans les organisations gériatriques au Québec? », Gérontologie et société, vol. 45, n° 172 (3), 2023 : 79-92.

Francis Etheridge

Francis Etheridge est titulaire d’un doctorat en gérontologie de l’Université de Sherbrooke. Il est actuellement consultant en développement organisationnel, surtout dans les établissements gériatriques. Il a publié récemment : « Les micro-milieux adaptés : un défi de transition et d’adaptation », La Gérontoise, (29) 1, 2018 : 18-25.

Notes critiques

/ ÉRUDIT

Antoine Rignault

LA MODERNISATION AGRICOLE A-T-ELLE DÉGRADÉ LA SITUATION DES FEMMES EN AGRICULTURE?

Au Québec comme en France, les approches écoféministes gagnent en popularité dans les sciences sociales. Ces approches s’articulent sur un principe fondamental : la domination des femmes aurait partie liée avec la domination de la nature. À l’aune de ce principe, certaines autrices s’inscrivant dans ce courant de recherche ont proposé des relectures du processus de modernisation agricole, qui s’est surtout accéléré au Québec et en France à partir de la Seconde Guerre mondiale. C’est une telle relecture que propose, avec ce livre, la sociologue Julie Francoeur en s’appuyant sur une série d’affirmations qui font l’objet d’une discussion scientifique dans cette note critique.

Julie Francoeur

EN GUISE DE RÉPONSE À ANTOINE RIGNAULT

Liste des ouvrages recensés

Hervé Guay, Louis Patrick Leroux et Sandria P. Bouliane (dir.), La culture au Québec au temps de la pandémie. Réaction, adaptation, normalisation, résistance et hybridation, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2024, 433 p.

Isabelle Wallach, Isabelle Van Pevenage et Julie Beauchamp, Sexualités et conjugalités en contexte de vieillissement. Perspectives sociales et critiques, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2024, Coll. Problèmes sociaux et interventions sociales, 2

Sophie Mathieu, Égalité, fécondité et maternité. Le soutien aux familles au Québec, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2023, 224 p.

Jacques Rouillard, Le mythe tenace de la Folk Society en histoire du Québec, Septentrion, 2023, 219 p.

Jean-Philippe Carlos et Stéphane Savard, avec la collaboration d’Andréanne Lebrun et Philippe Pinay, La Révolution tranquille entre l’ici et l’ailleurs, Québec, Les Éditions du Septentrion, 2024, 324 p.

Félix Mathieu, Les nations fragiles. Ces peuples qui affrontent la modernité, Boréal, 2024, 384 p.

Martin Geoffroy et Marc Imbeault, La montée de l’extrême droite au Québec (2010-2020), 2025, Presses de l’Université Laval, 262 p.

Linda Cardinal, Bernard Gagnon, Virginie Hébert et François Rocher, Une langue, des voix : débats autour de la loi 96 au Québec, Presses de l’Université Laval, 2023, 216 p.