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D’amour et d’encre fraîche. Place et discours de l’amour dans la presse québécoise 20e et 21e siècles)

Recherches sociographiques sollicite des propositions d’articles en vue de la préparation d’un numéro thématique consacré à l’amour, ses pratiques, ses discours et ses représentations en régime journalistique au Québec, depuis le tournant du 20e siècle jusqu’à nos jours.

Ce numéro table sur un double constat. D’une part, on observe depuis quelques années une intensification des études sur la presse au Québec. Dans la foulée des travaux fondateurs d’André Beaulieu et Jean Hamelin (1979-1985), la presse québécoise figure dorénavant au cœur de plusieurs chantiers, non plus en sa qualité de document historique, mais en tant qu’objet d’étude en soi, qui permet le renouvellement des perspectives d’analyse. En témoignent les travaux des équipes « La vie littéraire au Québec » (Saint-Jacques et Robert [dir.], 2010) et « La presse montréalaise de l'entre-deux guerres, lieu de transformation de la vie culturelle et de l'espace public » (Cambron, [dir.]), qui envisagent de façon systématique la presse comme un laboratoire des pratiques culturelles et littéraires. Les résultats produits par ces équipes éclairent d’un jour nouveau l’histoire de la communication au Québec, en misant autant sur ses acteurs et ses pratiques que sur les discours et les supports qui fondent le régime et l’imaginaire médiatiques (Pinson, 2013).

D’autre part, le discours amoureux, dont Roland Barthes disait qu’il était « d’une extrême solitude » (1977), fait l’objet d’un regain d’intérêt de la part des sciences humaines et sociales québécoises. Outre un récent numéro de la revue étudiante Postures consacré aux langages poétiques de l’amour (Godin et Pelletier [dir.], 2015), relevons un dossier de la revue Sociologie et sociétés qui s’intéresse précisément à l’intimité amoureuse (Piazzesi [dir.], 2014). Le sentiment amoureux constitue en ce sens le point de départ de recherches plus poussées invitant à repenser les relations entre individus, sociétés et institutions à travers le prisme des expériences collectives et personnelles, et de l’imaginaire qui en découle.

Le présent dossier fait le pari de croiser ces deux grands chantiers d’étude, en s’attachant à comprendre la place qu’accorde la presse à l’amour au Québec et, inversement, à tenter de saisir l’éventail des discours, des représentations, des poétiques et des pratiques médiatiques qui ont accaparé le sentiment amoureux dans les revues et journaux québécois. En effet, nous partons de l’hypothèse que la maturation nouvelle de la presse, qui se met en place dès le tournant de 1900 et se poursuit tout au long du 20e siècle, est corrélée à un processus progressif, mais croissant, consistant à accorder de plus en plus de visibilité à l’amour dans l’espace public (diversification des modèles de couples, publicisation et commercialisation des relations intimes, mise en avant des désirs et de la notion de plaisir). Si la radio, la télévision, le cinéma et, maintenant, Internet propulsent de nouvelles façons de « dire » et de faire « l’amour », les périodiques cristallisent et façonnent aussi les rapports amoureux, en constituant des réservoirs d’information et de prescription, et en participant à l’incubation et au déploiement de récits qui modèlent la société québécoise.

C’est sur cette voie que nous sollicitons des propositions portant sur le corpus québécois et issues de l’ensemble des disciplines de sciences humaines et sociales : histoire, communication, études littéraires et culturelles, sociologie, ethnologie, psychologie, philosophie, archivistique. Dans une perspective résolument interdisciplinaire et inclusive, nous envisageons la presse selon un large spectre de pratiques, de supports et de discours permettant des études sur les espaces de consommation (publicité), d’information et de fiction qui forment le corpus médiatique ; les différents types de périodiques (du quotidien au magazine, du bulletin d’information au fascicule) ; et les pratiques de lecture et d’appropriation des discours liés à l’imaginaire amoureux dans l’objet « journal ».

Les sujets suivants, qui ne constituent pas une liste exhaustive, pourront être abordés, à partir d’exemples québécois :

- la manifestation de l’amour dans le journal quotidien : quel rapport à la périodicité « au jour le jour » ? à l’événement ? au fait divers ? Y a-t-il place pour l’amour dans le traitement de l’information et le bruissement du monde qui résonne à l’intérieur du journal ?

- amour et culture médiatique au féminin : comment expliquer l’importance significative qu’accordent les chroniques et revues féminines à l’amour (tests psychologiques, courriers du cœur, rubriques sur le « bonheur à deux ») ? Quelles sont les grandes tendances qui se démarquent dans ces espaces journalistiques, en termes d’objectifs discursifs (informer, prescrire, conseiller), de représentations, de postures féminines d’« amoureuses » ? Et en quoi ces tendances nous informent-elles sur la nature et les pratiques du lectorat visé, souvent directement sollicité par ces rubriques ?

- l’amour chez les célébrités, entre flashs et potins : à mi-chemin entre le privé et le public, la vedette centralise l’attention du public, tout particulièrement autour de son intimité amoureuse. Quelles scénographies du vedettariat peut-on dégager à partir de la presse ? Comment les couples célèbres sont-ils exploités afin de former une nouvelle mythologie des sentiments amoureux ?

- « parlez-moi d’amour » dans les marges : quels sont les discours tenus sur l’amour dans les publications plus spécialisées dans l’espace social (tracts, presse féministe, gaie, etc.) ? Quelles sont les différences et  lieux partagés avec la presse dite « généraliste » ? Comment ces différents supports, qui s’adressent à des publics plus spécialisés, infléchissent-ils l’imaginaire amoureux et sous quelles modalités idéologiques ?

Les propositions d’articles en français, comprenant un résumé d’environ 250 mots ainsi qu'une courte notice biographique, devront parvenir à Adrien Rannaud (Adrien.rannaud@gmail.com) par courriel d’ici le 15 août 2019. Les directeurs du numéro donneront une réponse (acceptation ou refus) au plus tard le 30 août.

Les articles dont la proposition aura été acceptée seront attendus au plus tard le 30 novembre 2019. Ils devront être d’une longueur de 20 à 25 pages à double interligne (pour un maximum de 8 000 mots, notes comprises). L’auteur.e doit également joindre un résumé de 100 mots et une liste de mots-clés. Les textes seront acheminés à Recherches sociographiques par voie électronique (rechsoc@soc.ulaval.ca). Ceux-ci seront soumis au processus habituel d’évaluation scientifique par les pair.e.s. Les auteur.e.s sont prié.e.s de suivre le protocole de rédaction disponible sur le site de la revue : https://www.soc.ulaval.ca/recherchessociographiques/.

La gentrification au Québec : les gens, les lieux, les pratiques

Dans les dernières années, des actes de vandalisme « antigentrification » visant tant des immeubles de copropriétés que des commerces ont considérablement tendu le débat public québécois, désormais polarisé entre les tenants d’une revitalisation des quartiers en déclin et une mouvance critique cherchant à attirer l’attention sur les inégalités de classes dans l’appropriation de l’espace urbain. Ce phénomène tour à tour qualifié de gentrification ou d’embourgeoisement, par lequel l’habitat populaire est investi par de nouvelles populations mieux nanties en capital culturel ou économique, s’est ainsi imposé au cœur des luttes urbaines et de l’action communautaire comme l’un des principaux enjeux contemporains de justice sociale. Il a en outre considérablement élargi son emprise géographique, plusieurs voix se faisant entendre pour dénoncer la mainmise grandissante des urbains sur le marché immobilier rural.

La recherche sur la gentrification au Québec a longtemps été centrée sur Montréal. Ce n’est que tardivement, au tournant des années 2000, que la ville de Québec a aussi attiré l’attention des chercheurs et que le terme « gentrification rurale » a été utilisé pour désigner la migration des couches moyennes vers certaines campagnes québécoises, à la faveur de recherches sur la néoruralité. Sur le plan théorique, le cas montréalais a souvent permis d’interroger tant la portée que les limites de modèles explicatifs largement développés dans quelques villes globales. Métropole à la fois « ordinaire » et atypique; ni vraiment globale, ni en déclin; Montréal a constitué un remarquable laboratoire pour interroger et nuancer, sur la base de recherches empiriques originales, les modèles théoriques existants. Les notions de gentrifieur marginal ou de métropole marginale, développées par Damaris Rose dans les années 1980 et 1990, ont par exemple été mobilisées à l’international pour contrer l’hégémonie de modèles « globalisants » et aborder les trajectoires individuelles dans une perspective plus interprétative, ancrée dans la réalité locale. Quelle est la pertinence de ces notions aujourd’hui ? Les particularités locales justifient-elles le recours à un cadre théorique singulier ? Les poussées néolibérales, la maturation et l’internationalisation des capitaux liés à ces transformations ont-elles eu raison de ce cadre explicatif, au profit d’une perspective critique traditionnellement moins présente dans la recherche urbaine francophone ? La globalisation et le développement des technologies de communication ont certes facilité les migrations et la convergence esthétique des styles de vie – de même que celle des luttes urbaines – mais qu’en est-il des mécanismes sociaux, politiques et économiques sous-jacents ? Cette approche particulariste a-t-elle une résonnance théorique dans d’autres contextes urbains et régionaux ? Certaines de ces singularités ne sont en effet pas propres à Montréal et concernent l’ensemble de la société québécoise, distincte par son héritage socioculturel et par ses politiques publiques plus redistributives que la moyenne nord-américaine. Peut-on alors parler d’une gentrification québécoise et, si oui, quels sont les éléments constitutifs de cette singularité? Cette généalogie particulière de la recherche sur la gentrification au Québec soulève ainsi un certain nombre de questions que souhaite aborder le présent dossier, autour de trois axes.

1. Les gens

Dès les années 1970, de nombreux observateurs témoignent d’un « retour en ville » et d’une « renaissance des campagnes » sous l’impulsion de classes moyennes, habituellement déclinées au pluriel et rarement appréhendées, dans le débat public, autrement qu’à travers des représentations caricaturales qui ne sauraient à elles seules incarner la transformation de l’ensemble des communautés québécoises en ascension socio-économique. Il en va de même de la population d’origine de ces espaces, souvent négligée et ou appréhendée uniquement à travers certaines variables réductrices et parfois contradictoires, comme la défavorisation ou l’ancienneté d’établissement. La frontière entre « gentrifieur » et « gentrifié » est en outre souvent moins nette et surtout moins stable qu’elle ne le paraît, comme en témoignent les artistes de plus en plus présents dans les médias pour s’opposer à la disparition de leurs ateliers qui avaient pourtant contribué à la bonne fortune immobilière de leur quartier. En milieu rural, la composition sociale des groupes gentrifieurs apparaît particulièrement complexe, incluant des élites régionales qui choisissent de migrer vers les espaces les plus agréables, comme les villages patrimoniaux ou les zones riveraines. Il apparaît donc essentiel de mieux comprendre tant les habitants eux-mêmes que leurs trajectoires et leurs attitudes à l’égard de leur habitat et du reste de sa population. Il importe en outre de s’attarder aux tiers – propriétaires immobiliers, commerçants, aménagistes, agents immobilier, journalistes, organismes communautaires, élus – qui facilitent, aiguillent ou ralentissent plus ou moins volontairement ce phénomène.

2. Les lieux

Si la croissance urbaine et les nouveaux espaces résidentiels à la périphérie des grands centres et des villes moyennes ont absorbé à partir de la fin des années 1960 la plus grande partie des « nouvelles » couches moyennes québécoises, plusieurs de ses représentants ont choisi, à rebours des tendances dominantes, de s’établir dans un habitat ancien. Ce parc immobilier conçu pour abriter une société industrielle ou l’aisance constituait l’exception a ainsi progressivement été adapté aux exigences d’une société tertiaire désormais numériquement dominée par son centre. La montée de ces groupes impliquait donc, nécessairement, la « moyennisation » d’une partie de l’habitat populaire.

En campagne comme en ville, la gentrification a d’abord été observée dans les quartiers ou les régions d’une grande valeur patrimoniale ou paysagère, mais s’est peu à peu déployée dans plusieurs autres secteurs jusqu’alors moins valorisés, parfois à la faveur d’investissements publics. Quels quartiers et quels villages sont concernés et comment la gentrification participe-t-elle à leur transformation ? Entre les deux pôles que sont les grands centres et la campagne, la notion de gentrification peut-elle être utile pour comprendre l’évolution sociodémographique d’autres espaces, comme les villes moyennes ? Quels facteurs dirigent alors les gentrifieurs vers les quartiers anciens ou la campagne, particulièrement proche ? Dans quelle mesure et de quelle manière le rural et l’urbain s’articulent-ils dans une même trajectoire résidentielle ?

3. Les pratiques

L’usage qui est fait des différents espaces est une autre dimension fondamentale de la gentrification qui fait l’objet de débats. Les pratiques quotidiennes d’approvisionnement ou de loisirs, la scolarisation des enfants ou l’engagement politique constituent autant d’occasions de contact ou d’évitement entre les différentes populations. Les pratiques de consommation peuvent aussi entrer en conflit avec les activités productives et menacer la diversité et la vitalité économiques des communautés. Mais la mise en valeur résidentielle et touristique constitue-t-elle nécessairement un obstacle au maintien ou à la modernisation des activités économiques traditionnelles ? Poser la question de l’acceptabilité sociale de l’agriculture, de la chasse ou de la motoneige en milieu rural ; celle de l’industrie dans un quartier ouvrier peut de prime abord sembler paradoxal, mais c’est un dilemme d’aménagement soulevé de plus en plus souvent dans les espaces en gentrification.

La revue Recherches sociographiques publie des travaux de recherche originaux sur le Québec et sur le Canada français. Par son caractère interdisciplinaire, la revue fait appel aux sociologues, politologues, historiens, démographes, économistes, anthropologues, littéraires. Le dossier encourage donc les soumissions provenant d’une diversité d’horizons disciplinaires, d’approches théoriques ou méthodologiques afin de dresser un portrait à la fois global et détaillé de la gentrification québécoise, d’hier à aujourd’hui.

Pour tout projet de soumission, prière de s’adresser à Alexandre Maltais (alexandre.maltais@gmail.com) et Hélène Bélanger (belanger.helene@uqam.ca).

  • Date limite pour soumettre une proposition d’article (400 mots) : 1er juin 2019
  • Acceptation ou refus des propositions : 15 juin 2019
  • Date limite pour la soumission des articles : 30 septembre 2019

La francophonie canadienne depuis les années 1980 : débats, mobilisations et projections

Les sociétés occidentales ont été amenées à réfléchir à la refondation de la citoyenneté et du lien social dans un contexte marqué, depuis les années 1980, par l’accélération des mouvements migratoires, des échanges culturels et de la diversité idéologique, culturelle et linguistique (Giroux 1997; Choquet 2015; Aligisakis et Dascalopoulos 2012; Foner et Simon 2015; Tafarodi 2015). Le phénomène leur a imposé la nécessité de trouver de nouveaux équilibres entre l’ouverture à l’altérité et les fondements mémoriels et/ou ethniques qui avaient servi d’appui, historiquement, à leur construction identitaire et nationale (Taylor 1994; Habermas 1995; Kymlicka 2003; Bouchard 2011, 2013). La francophonie canadienne minoritaire a elle aussi été confrontée, au cours des dernières décennies, au défi que posent le pluralisme et la formulation d’une politique de la « reconnaissance » pour le maintien d’une référence identitaire fondée sur la mémoire, c’est-à-dire sur le sentiment de partager une expérience historique commune et originale. Depuis le XIXe siècle, elle avait nourri des ambitions sociétales qui s’étaient incarnées dans l’élaboration d’un vaste projet d’autonomie institutionnelle et référentielle (Dumont 1997; Frenette 1998; Bock 2008). Mais, au cours des dernières décennies, de nombreux facteurs, tant idéologiques, culturels et institutionnels qu’économiques, juridiques et démographiques, ont ébranlé les certitudes traditionnelles des intellectuels et des porte-parole politiques et communautaires des francophonies minoritaires : accélération de l’immigration internationale et d’autres formes de mobilité géographique ; diversification ethnoculturelle et idéologique des locuteurs du français; hybridité culturelle et bilinguisme identitaire; augmentation des taux de transferts linguistiques; avènement du néolibéralisme et retrait de l’État ; polarisation croissante autour des grands centres urbains ; recomposition du référent religieux, etc. (Bernard 1998; Kérisit 1998; Houle et Corbeil 2010; Forest et Gilbert 2010; Garneau 2010; Violette et Traisnel 2010; Meunier, Wilkins-Laflamme et Grenier 2013). Ces transformations ont apporté avec elles de nouvelles interrogations et d’importantes remises en question au sein de l’espace public des communautés francophones, lesquelles ont donné lieu à des débats substantiels et sans cesse renouvelés sur les différents arrimages à la société canadienne qui s’offrent à elles (Heller 1994; Gérin-Lajoie 2004; Pilote et Magnan 2008; Thériault et Meunier 2008; Bock 2016; Bock et Dorais 2016).

S’agissant d’une collectivité minoritaire comme la francophonie canadienne, qui s’interroge sur l’intégration en son sein de communautés ethnoculturelles francophones récemment installées au pays, voire de francophones de langue maternelle anglaise, tout en cherchant à déterminer de manière aussi autonome que possible les modalités de sa propre intégration à la société canadienne globale, les pistes d’analyse s’avèrent particulièrement fécondes. Le numéro spécial pour lequel la revue Recherches sociographiquessollicite des textes offrira une contribution importante à la problématique de l’inscription des petites sociétés et des minorités nationales dans la modernité, voire dans la postmodernité, laquelle attire l’attention de chercheurs provenant de tous les horizons disciplinaires et géographiques (Freitag 1986; Paré 1994; Thériault 2005; Cardinal et Papillon 2011; Koleva 2015). À partir de quel(s) principe(s) instituant(s) la francophonie canadienne cherche-t-elle à s’arrimer, en tant que minorité, à la société canadienne globale? Dans quelle mesure le maintien d’une conception de l’identité franco-canadienne fondée sur la mémoire du Canada français ou de l’Acadie est-il perçu comme étant compatible (ou non) avec le changement social? De quelle manière la francophonie canadienne tente-t-elle de composer avec les tensions entre les forces locales et globales qui contribuent à la redéfinition de ses représentations identitaires et de son imaginaire collectif (Anderson 1996) au moment où les repères de jadis semblent plus incertains que jamais? Quelle configuration prend, au sein de la francophonie canadienne, la tension dialectique entre l’impératif du pluralisme et sa volonté de se constituer en un sujet politique collectif, et quels sont les nouveaux positionnements intellectuels et politiques qui en résultent? Quelles sont les manifestations esthétiques de ces transformations sociodémographiques, idéologiques et discursives, et de quelle manière la création littéraire et artistique nourrit-elle les débats qui en découlent?

Les propositions d’articles, d’une longueur d’environ 300 mots, doivent être transmises à Michel Bock(mbock@uottawa.ca) ou à Yves Frenette (yfrenette@ustboniface.ca) avant le 1er novembre 2017. Les auteurs recevront une réponse avant le 30 novembre 2017. Les articles sont attendus pour le 1er avril 2018. Recherches sociographiques publie des travaux de recherche originaux sur le Québec et sur le Canada français. Par son caractère interdisciplinaire, la revue fait appel aux sociologues, politologues, historiens, démographes, économistes, anthropologues, littéraires.

Les élites économiques du Québec

L’étude sociologique des élites économiques est d’autant plus délicate que la notion d’élite est ambivalente, plongée dans une double normativité, positive et négative, faisant pencher tantôt vers l’admiration tantôt vers la critique (Heinich, 2004). Au Québec, c’est à la fin des années 1960 que se multiplient les études sur les élites (Dumont et Montminy, 1966; Falardeau, 1966; Rocher, 1968) alors conçues positivement comme des « agents du procès politique tant par leurs intérêts et leurs positions établis que par la dynamique de leur conscience et de leur organisation » (Laurin Frenette, 1984, p.12). Cette référence s’efface ensuite dans les années 1980 et 1990 dans un contexte de forte croissance de la scolarisation. Domine alors une perspective méritocratique selon laquelle l’éducation constitue le principal facteur de mobilité sociale ascendante (Moulin et Bernard, 2009). Cependant, la dynamique récente de concentration des revenus et du patrimoine a contribué à une remise en cause de l’idée de société ouverte et d’égalité des chances dans les pays où elle a été la plus forte, particulièrement aux États-Unis (Piketty, 2013). Aujourd’hui, les élites économiques sont surtout perçues négativement. Les rémunérations des dirigeants sont considérées exorbitantes, scandaleuses et déconnectées (Laurin-Lamothe et L’Italien, 2015). Les pratiques d’évasion et d’optimisation fiscale des plus riches sont dénoncées (Alepin, 2004; Deneault, 2016). Enfin, les interventions des élites économiques comme agents du procès politique sont critiquées que ce soit à travers les groupes d’intérêt qu’elles financent (Graefe, 2004) ou les fondations privées qu’elles développent et qui innovent dans le domaine de la philanthropie (Leseman, 2011).

Ce numéro a pour objectif d’explorer quelques-unes des dimensions sociales et culturelles de l’étude des élites économiques dans la société québécoise contemporaine. Que nous apprennent les études récentes sur les élites économiques et la mobilité sociale ascendante au Québec? Un premier volet de cette exploration se rapporte à la définition et description de ces élites économiques en termes de composition sociale et professionnelle et d’insertion dans des réseaux sociaux. Qui sont-elles? Quelles sont leurs principales caractéristiques? Quels liens ses membres entretiennent-ils entre eux? Voilà quelques-unes des questions dont pourrait traiter ce premier volet. Un deuxième volet est relatif à l’étude des facteurs d’appartenance à ces élites et conduit à s’interroger, au-delà de l’appartenance professionnelle, sur le rôle respectif des parcours scolaires, de l’origine sociale, de l’héritage, du mariage et du divorce. En outre, ce deuxième volet pourrait inclure quelques archétypes contemporains de la mobilité sociale ascendante, tels que les étoiles médiatiques, grands criminels et sportifs célèbres, encore trop peu étudiés (Moulin et Bernard, 2009). Enfin un dernier volet se rapporte à l’étude de leurs attitudes, de leurs croyances, de leurs valeurs et des représentations d’eux-mêmes et du monde qui les entoure. Quelles valeurs les caractérisent? Dans quelle mesure se distinguent-elles des autres catégories sociales?

Les propositions d’articles, d’une longueur d’environ 300 mots, doivent être transmises à Stéphane Moulin(stephane.moulin@umontreal.ca) ou à Charles Fleury (charles.fleury@soc.ulaval.ca) avant le 15 avril 2017. Les auteurs recevront une réponse avant le 15 mai 2017. Les articles sont attendus pour le 31 janvier 2018. Recherches sociographiques publie des travaux de recherche originaux sur le Québec et sur le Canada français. Par son caractère interdisciplinaire, la revue fait appel aux sociologues, politologues, historiens, démographes, économistes, anthropologues, littéraires.