Bulletin d'information

No 31 - Septembre 2017

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Carte postale d'année d'étude et de recherche - Gérard Duhaime

Gérard Duhaime

Le professeur Gérard Duhaime terminait ce printemps son année d’étude et de recherche (AÉR), au cours de laquelle il a été nommé premier titulaire de la Chaire de recherche Fulbright-Canada en sciences sociales à l’Université d’Hawaii à Manoa. C’est entre autres ce qui l’a mené à explorer la condition des autochtones hawaiiens, dont il parle longuement dans cette carte postale toute personnelle qu’il a fait parvenir au Bulletin.

Lettre d’Hawaii
Gérard Duhaime

Brothers, is it not strange? Ours was the land, and behold, the land in not ours. What did these preachers of the word of God and the word of Rum give us for the land? Have you received one dollar, as much as one dollar, any of you, for the land? Yet it is theirs, and in return they tell us we can go to work on the land, their land, and that what we produce by our toil shall be theirs. Yet in the old days we did not have to work, Also, when we are sick, they take away our freedom.
- Jack London, Koolau the Leper, 1909

Manoa, le 21 avril 2017

Bonjour,

J’ai beaucoup pensé à notre récente conversation. Tu exprimais ta hâte de définir ton projet d’études, au bout duquel tu seras sociologue. Rassure-toi : l’insécurité fait déjà partie de l’apprentissage, car notre métier consiste aussi à identifier ce que nous ne savons pas. En vue de notre prochaine rencontre, je t’ai proposé de réfléchir à ce qui t’intéresse le plus profondément, à ce qui motive ton engagement, aux étonnements qui habitent ta pensée et qu’il te faudrait comprendre. La liste n’a pas à être très longue : deux ou trois éléments suffisent. Ensemble, nous en ferons la triangulation : elle révèlera ton projet. Je n’ai pas inventé la recette, mais je la sais efficace.

Parce qu’ils concernent des sujets dont nous avons discuté, parce qu’ils conduisent à identifier des questions à éclaircir, enfin parce qu’ils illustrent la démarche que je te propose d’entreprendre pour toi-même, je te fais part des étonnements qui surgissent de mon travail ici. Peut-être cela nous aidera-t-il pour la suite, autant pour toi que pour moi.

J’ai eu quatre étonnements. J’ai repéré le premier étonnement face à l’ampleur de la marginalisation des Kanaka Maoli, les autochtones hawaiiens. D’abord, ils forment aujourd’hui 20% de la population, une minorité par rapport à l’ensemble des résidents. Il y a presque autant d’Hawaiiens aux États-Unis continentaux qu’il y en a dans l’archipel; cela autorise à parler d’une diaspora, et cela requiert une explication. Ensuite, leurs conditions de vie matérielles sont statistiquement plus défavorables que celles de l’ensemble de la population d’Hawaii : niveau d’éducation plus faible, bilan de santé plus lourd, revenu familial plus faible, surreprésentation dans les emplois les moins rémunérés, plus forte proportion de locataires, plus forte proportion du revenu consacré au logement, surreprésentation dans la population itinérante.

Communes aux peuples colonisés et autres marginaux, ces inégalités systémiques sont justifiées par la responsabilité individuelle des victimes dans la succession des idéologies dominantes dont les plus récentes incarnations sont le néolibéralisme et le globalisme. En réalité, la marginalisation s’explique par l’histoire coloniale. Rien d’inconnu ici : les dates et les noms des acteurs diffèrent, mais il s’agit des mêmes processus qui bouleversèrent les pays conquis par l’épée, la croix et la monnaie. À Hawaii, se sont succédé les baleiniers, les planteurs de canne à sucre et d’ananas, et les barons du tourisme; la cosmologie et le mode de vie des premiers habitants furent tassés pour faire place aux religions monothéistes, à la propriété privée, au capitalisme et à l’État constitutionnel. Du reste, la convergence des institutions coloniales pourrait difficilement être mieux illustrée qu’ici : les familles descendant des missionnaires dominaient non seulement la vie spirituelle, mais possédaient les plantations et contrôlaient le gouvernement.

L’une des réalités les plus déterminantes de la marginalisation des Kanaka Maoli, et l’une des métaphores les plus puissantes pour l’illustrer est la définition même de la qualité d’Hawaiien autochtone. Décimés par les maladies contagieuses dans les années suivant la cartographie de l’archipel par James Cook, chassés des terres dont ils tiraient les ressources nécessaires à leur vie matérielle et la cohérence de leur système symbolique, les Kanaka Maoli étaient déjà sur la voie de l’extinction démographique lors du coup d’État armé de 1893 et de l’annexion par les États-Unis en 1906. Le gouvernement fédéral américain adopta ensuite, en 1921, une politique devant permettre de retourner les Hawaiiens survivants sur des terres (plutôt que de retourner les terres aux Hawaiiens, comme on le soulignera plus tard non sans ironie). Cette politique décrétait que les Hawaiiens indigènes étaient les personnes portant 50% de « sang pur ». Dans le contexte démographique, il s’agissait d’une décision génocidaire puisqu’elle programmait leur mort légale. Mais la marginalisation ne s’arrêtait pas là, les survivants continuant d’être soumis au processus colonial. Le mode de vie coutumier, fondé sur l’indissociabilité de la nature et de la communauté, ne pouvait pas être reproduit sur des lopins de terre; les limites à cette exploitation parcellisée entrainaient un recours forcé aux transactions monétaires. La dévalorisation de l’économie coutumière et de l’organisation sociale à son fondement, et l’interdiction même de la culture autochtone achèveraient le versant culturel du génocide.

Or, à cette américanisation des Hawaiiens correspondit une indigénisation, une hawaiienisation des colonisateurs. Elle s’effectua – et s’effectue encore – en gommant la profondeur symbolique des pratiques coutumières les plus éclatantes, les réduisant à leurs seules dimensions esthétiques, en pervertissant cette esthétique même pour qu’elle corresponde aux normes et aux goûts américains (de la beauté, de la sexualité, de la musique, du sport, de la nourriture, etc.), enfin en appropriant ces pratiques pour les transformer en biens et services de consommation.  Au début du XXe siècle, c’est ce filon qu’exploitèrent les industries naissantes du tourisme et du cinéma, l’une nourrissant l’autre. “As a business asset, as a national playground and as the key [for] peace in the Pacific, Hawaii is of tremendous importance”, pouvait-on lire dans une revue de l’époque publiée sur le continent. Les Américains se sentirent chez eux au paradis. Je témoigne que c’est encore le cas.

Le deuxième étonnement que j’ai eu est celui de l’ampleur des accomplissements des Kanaka Maoli au cours de récentes décennies, et, plus encore, l’ampleur de la fierté dont ils témoignent face à ces accomplissements. Mon inclination pour la mer brouille-t-elle mon regard? Quoi qu’il en soit, je décèle les premiers indices de cela dans l’aventure de l’Hokulea.

Au début des années 1970, des individus se rassemblèrent autour de l’improbable projet de vérifier la possibilité du peuplement initial d’Hawaii et de Tahiti par les Polynésiens. À l’époque, l’accumulation des données archéologiques démontrait la cohérence de la culture matérielle dans tout le triangle polynésien. Mais pour vérifier l’hypothèse, plusieurs éléments étaient nécessaires. Il fallait reconstituer un bateau hauturier dont l’existence passée devait être vraisemblable – sinon vérifiable, et fabriqué avec les matériaux locaux et les procédés préindustriels. Il fallait aussi retrouver, reconstituer peut-être, une science de la navigation n’utilisant aucun des instruments issus du savoir occidental, le sextant ou le chronomètre par exemple. Hokulea accomplit tout cela. En compulsant les dessins des explorateurs, l’on parvint à reconstituer le bateau polynésien capable de longues traversées avec vivres et bagages; ce fut la part de l’écrit, le legs cartésien. Et en portant attention aux connaissances toujours vivantes des navigateurs polynésiens, l’on parvint à comprendre qu’il existait bel et bien une science de la navigation hauturière reposant sur l’observation séculaire de la nature et sur la formidable mémoire humaine, contenue dans les récits, les poèmes et les chansons; ce fut la part de l’oralité, le legs des connaissances dites traditionnelles. Naviguant d’une île à l’autre, recrutant des membres d’équipage auxquels les savoirs séculaires étaient transmis, naviguant avec précision entre Hawaii et Tahiti, enfin, réalisant le tour du monde, Hokulea annonça la résurgence hawaiienne.

La vague ainsi soulevée toucha, si je comprends bien, tous les rivages de l’archipel d’Hawaii. Les valeurs et la langue vernaculaires sortirent du domaine domestique pour être réhabilitées à l’école et dans les médias, et des notions centrales, le « aloha » par exemple, retrouvèrent une légitimité et une effectivité publique, à côté de leur interprétation coloniale et de leur usage commercial. Il en aurait été de même des autres types de savoir, les arts et les métiers : le hula, le mele, le tatouage, la culture du taro, l’élevage en viviers, et ainsi de suite… La réussite de Hokulea a démontré l’efficacité du savoir hawaiien. Elle a symbolisé sa pertinence et sa légitimité, après 150 ans de dévalorisation. La pêche n’a jamais cessé d’être pratiquée dans tout l’archipel. Partout sur les côtes agitées de Miloli’i ou de Kapa’a, l’on rencontre des pêcheurs qui jettent des lignes plombées au-delà des vagues déferlantes, ou qui scrutent la surface turquoise à la recherche du banc de poissons, puis lancent le filet qui se déploie et ramènent enfin d’abondantes captures. Les Kanaka Maoli tirent de la pêche près de 40% de leur diète. Mais ces pratiques n’avaient rien à faire dans la gestion de la pêche, gouvernée par le savoir scientifique. Il aura fallu plus de vingt ans de travaux, de représentation et de discussion pour que l’État d’Hawaii accepte de créer des zones de pêche de subsistance basée sur les connaissances de la communauté. Cette résurgence constitue la source des revendications pour la réinsertion du savoir hawaiien dans les affaires communes d’Hawaii.

Le troisième étonnement est celui ressenti en tentant de comprendre le mouvement politique hawaiien et ses velléités souverainistes. Lisant les journaux, discutant avec les collègues et les activistes croisés sur la route, écumant l’internet, j’ai été déboussolé par cette diversité, un arc-en-ciel comme ceux que je vois le matin au-dessus de l’université à Manoa.

Le récit commence par le silence, car la résistance a longtemps été étouffée dans le brouhaha américain. Les Hawaiiens ont abondamment et pacifiquement protesté contre l’occupation comme l’a montré Noenoe Silva, professeure à l’Université de Manoa, tout en adaptant les institutions exogènes susceptibles d’améliorer les conditions de vie de leurs congénères. Mais le cadre du récit étant défini par l’occupant, les protestations ne pouvaient avoir de portée : durant un siècle, la souveraineté était un sujet de chuchotement.

Puis un jour de 1976, un petit groupe Kanaka occupe Kahoolawe, île gisant au sud-ouest de Maui, réquisitionnée par l’armée américaine pour servir de cible d’entrainement après l’attaque de Pearl Harbor, trente ans plus tôt. Les manifestants réclamaient l’arrêt des bombardements, la restauration de l’île et sa rétrocession aux habitants qui en avaient été chassés. Et un jour, les deux leaders de cette résistance pacifique disparurent, sans que leur mort soit élucidée. Ce jour marqua la reconnaissance de l’expression publique des doléances Kanaka. La bataille politico-judiciaire dura vingt ans, mais la ténacité autochtone vint à bout de l’armée américaine : les bombardements cessèrent et l’île fut rétrocédée à l’État d’Hawaii.

Kahoolawe fit plus que cela. La victoire devint un symbole, celui de la sagesse et de la légitimité des revendications des Kanaka Maoli, celui de leur capacité à maitriser leur destin, enfin celui de l’efficacité de la non-violence. Elle fit une brèche dans le système autoréférentiel américain et démontra que l’histoire peut être changée par l’usage de la parole légitime. La victoire de Kahoolawe, additionnée à la réussite de l’Hokulea, puis à toutes celles qui suivirent jusqu’à maintenant, élucide un tant soit peu cette fierté hawaiienne qui m’a étonné. Ensemble, elles permirent l’expression d’un renouveau dans tous les domaines, porté par une nouvelle génération de leaders. La dénomination de « Native Hawaiian » fut contestée comme raciste et imposée par la puissance coloniale, et on voulut lui substituer l’expression vernaculaire de Kanaka Maoli, parmi d’autres. Il devint légitime de faire de la recherche sur le coup d’État de 1893, qui devint aussi objet de littérature, et (afin?) d’en démontrer l’illégalité; la résistance hawaiienne à l’annexion fut documentée, elle qui avait été négligée par l’historiographie; des excuses officielles furent offertes au peuple hawaiien. Aujourd’hui, plusieurs organisations militent pour la cause hawaiienne, que chacune définit à sa manière. Le spectre des objectifs politiques comprend, entre autres, la recherche de l’indépendance totale et le rétablissement de la monarchie. Dans cette joute idéologique, les organisations représentant les Kanaka Maoli se seraient entendues sur des objectifs communs : leur reconnaissance comme peuple autochtone, la reconnaissance et l’exercice de leur droit à l’autodétermination, la réparation des pertes subies et la restitution de leur terre. La fierté des accomplissements passés nourrira la ténacité dont ils devront faire preuve pour réaliser leurs objectifs. Mais déjà, il serait possible et utile d’en tirer les leçons pour éclairer la destinée des peuples autochtones.  

Je repars d’Hawaii en emportant mon dernier étonnement, que je n’ai pu résoudre aussi bien que je l’aurais voulu. Il s’agit de l’éclipse hawaiienne. Le système social des Ahupua’a ‘Ohana, a déjà été décrit : en s’installant dans les multiples vallées forgées par l’érosion des cônes volcaniques, chaque groupe menait des activités qui, intégrées de la montagne à la mer, assuraient la reproduction matérielle du groupe et fondaient l’intégrité symbolique du monde. Mais ce système ne pouvait survivre à la spoliation des terres organisée par les grands planteurs, à leur profit, et grâce à leur influence auprès des souverains qu’ils finirent du reste par détrôner sous la menace des armes. C’est la petite collection « Images of America » qui a provoqué mon étonnement. Dans ces courtes monographies, reproduisant par des dessins et photos d’époque l’histoire de chacune des communautés visées, la structure est, grosso modo, toujours la même : quelques dessins illustrent des aspects du mode de vie à l’arrivée de Cook, dépeignent l’unification de l’archipel, l’établissement de la monarchie sur le modèle institutionnel et culturel de l’Angleterre, et l’arrivée des plantations. Et puis, il n’est plus possible de repérer la présence des Kanaka Maoli : à l’exclusion des images de carte postale, ils deviennent des sujets invisibles. Qu’étaient-ils devenus? Quels furent les processus de leur disparition? Et disparurent-ils véritablement, ou bien furent-ils ignorés?

J’ai trouvé des indices éparpillés. J’ai posé la question aux remarquables collègues placés sur ma route dans les collèges universitaires à Kahului ou à Lihue, et j’ai glané des hypothèses plus que des réponses. Je crois que le formidable déclin démographique, qui se serait renversé au début du XXe siècle, ne peut tout expliquer. Ils auraient été forcés de se replier dans les endroits sans valeur pour les planteurs; mais il leur aurait été de plus en plus difficile de maintenir les pratiques coutumières, à cause de la dispersion, et de l’accès toujours plus restreint à la terre, à l’eau d’irrigation détournée vers les plantations, et à la mer. Pour gagner de l’argent, ils auraient travaillé dans les plantations, les ranchs, à la construction des routes et des ponts. Et tandis qu’à la campagne apparaissait ainsi la pauvreté, cette proche voisine de la monétisation de l’économie, ceux qui le pouvaient auraient migré en ville; ou encore, quitté Hawaii pour former cette importante diaspora.

L’invisibilité a été soulignée par Elizabeth Kapu‘uwailani Lindsey Buyers dans son film Then There Were None; “ The war brought soldiers and sailors by tens of thousand. It also brought prosperity, and it brought photographers, writers, reporters, and filmmakers. Suddenly the entire world knew where Hawaii was. But we, the Hawaiian people, were not in the stories of photos or films. It was as though we were invisible, except as hula dancers and ukulele players to entertain the troops on leave.” 

Et pourtant l’éclipse s’acheva. Les victoires de Hokulea et de Kahoolawe ont signalé cette résurgence des Kanaka Maoli comme des acteurs de l’histoire. La mise en place des programmes d’études hawaiiennes, qui ne s’est pas faite sans lutte, a permis l’expression d’un savoir étouffé par le brouhaha des trains charriant la canne à sucre, des armées en alerte, de la horde des touristes. Car ce savoir survécut, comme le montre le renouveau de l’histoire hawaiienne, puisant aux archives et à l’oralité. Sa restitution permet déjà de comprendre des mécanismes que l’histoire officielle ne pouvait ni voir ni révéler, des incompréhensions fondamentales, comme les mots erronément imposés sur les réalités hawaiiennes, à la source des rapports de domination. Il y a tout à faire dans ce domaine de recherche.

Malgré les accomplissements, la marginalisation systémique des Kanaka Maoli n’a pas disparu, comme le montrent les quelques statistiques que j’ai mentionnées. Leurs conditions seraient globalement plus proches que celle des minorités ethniques de l’archipel plutôt que de celles des Haole, comme on nomme les blancs, et ces inégalités tendraient à s’accroître. La situation des sans-abri constitue, je crois, une seconde métaphore illustrant avec puissance la marginalité pérenne. Liée à la crise endémique du logement (elle remonterait au moins à 1970), logement dont la rareté et la cherté sont alimentées par la spéculation foncière, également liée à l’insuffisance des aides gouvernementales, l’itinérance frappe une proportion importante des Kanaka Maoli. Elle est liée à la spoliation des terres et à la faillite des plans successifs de redistribution depuis au-delà d’un siècle, laissant des dizaines de milliers de Kanaka Maoli survivants sur des listes d’attente. Et je ne mentionne pas les terres distribuées faites de champs de lave, comme on en voit sur l’île d’Hawaii, au pied du Kilauea. Pendant ce temps, écrit le groupe de travail sur la question « le manque de logement abordable a créé un grand nombre d’autochtones hawaiiens sans-abri, ou à risque de devenir sans-abri ». Et l’on repère tous les matins des individus isolés dormant sous les palmiers ou les frangipaniers blancs de la promenade d’Ali Wai, enveloppés par l’odeur lourde du canal balisant l’indécence de Waikiki; et les campements de bric-à-brac sous les viaducs de l’autoroute H1 surplombant le boulevard Nimitz, à deux pas de l’aéroport où transitent trois millions de touristes souriants; et d’autres campements plus imposants encore, ressemblant à des tunnels de bâches aboutées le long de la rue Iwilei, où vivotent tout près de l’imposant Costco des familles démunies.

Les accomplissements politiques et culturels de Kanaka Maoli, la recherche de l’unité vers le rétablissement de la justice, sont des atouts dont ils auront collectivement besoin pour renverser la marginalité. Si certains éléments de mon compte-rendu touchent tes intérêts, la marginalisation, la résistance, l’histoire sociale de l’éclipse précédant la résurgence, la diversité politique, ils pourront nous aider à progresser vers le choix de ton sujet d’étude. Et alors peut-être pourras-tu, mieux que je n’ai pu le faire, comprendre la condition autochtone contemporaine et participer à son amélioration. Nos collègues chercheurs, engagés comme toi et moi, accepteraient peut-être un coup de main.

Gérard

P.S.: Les règles de l’art épistolaire m’autorisent à t’épargner les détails bibliographiques, bien que je les tienne à ta disposition si tu souhaites y plonger. D’ici à ce que je te les transmette, la meilleure entrée en matière est le livre de Noelani Goodyear-Ka'opua, Ikaika Hussey et Erin Kahunawaika'al Wright (2014), A Nation Rising. Hawaiian Movements for Life, Land and Sovereignty; ensuite, celui de Noenoe Silva (2004), Aloha Betrayed. Native Hawaiian Resistance to American Colonialism. Et Jack London, encore.