Bulletin d'information

No 22 - Décembre 2015

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Portraits de diplômés - retour sur l'activité

Mike Rousseau, Émilie Raizenne, Amélie Boivert, Martin Bussières, Marie-Pier Bresse et Édith Pouliot, diplômés du Département de sociologie de l'Université Laval, ont participé à l'activité «profils de sociologues», le 7 décembre 2015.Quels débouchés s’offrent aux diplômés en sociologie au terme de leur parcours académique ? Comment leur formation peut-elle leur être utile dans le vaste monde du travail ? Pour répondre à ces quelques interrogations fréquentes, la professeure Sylvie Lacombe recevait, le 7 décembre dernier, six diplômés du département lors de l’activité « profils de sociologues », dans le cadre du cours de premier cycle « Introduction à la sociologie ».

Devant un auditoire nombreux et attentif, les six anciens étudiants aux profils bien différents ont pu présenter leurs parcours académiques et professionnels et expliquer en quoi leur formation en sociologie leur servait dans leurs activités professionnelles quotidiennes.

Choisir la sociologie
Si certains ont d’emblée choisi la sociologie en sortant du cégep, d’autres n’y sont arrivés qu’après quelques détours, comme Amélie Boivert, qui se destinait d’abord au droit, puis qui a essayé diverses choses avant de choisir le baccalauréat en sociologie. À son premier cours avec le professeur Gilles Gagné, dit-elle, elle s’est tout de suite sentie « comme un poisson qu’on remet à l’eau ». Après son baccalauréat, elle a travaillé dans le domaine de la sensibilisation environnementale avant de se retrouver, aujourd’hui, coordonnatrice de l’organisme communautaire autonome RE-FA-VIE, et de s’être engagée en politique comme candidate de Québec solidaire.

Martin Bussières, aujourd’hui enseignant en sociologie et coordonnateur du Département de sciences humaines du Cégep de Lévis Lauzon, a complété une année en philosophie avant de faire le saut vers la sociologie, où il a trouvé une discipline qui lui semblait plus ancrée dans la réalité. Dès le départ, il a su qu’il souhaitait enseigner au niveau collégial et a donc orienté son parcours académique en conséquence, du baccalauréat à la maîtrise.

Édith Pouliot, également enseignante au collégial, au Cégep de Sainte-Foy, se décrit comme ayant été une jeune élève « médiocre » qui rêvait plutôt de travailler dans le milieu équestre. C’est une allergie déclarée aux chevaux qui l’a obligée à étudier en sciences humaines, où elle a eu la piqûre de la sociologie. À l’université, elle s’est illustrée par l’excellence de son dossier académique et a commencé à enseigner la sociologie à 23 ans, alors à mi-chemin de sa maîtrise. Un coup de chance jumelé à une bonne dose d’audace, puisque c’est en remplaçant une secrétaire, à titre d’auxiliaire en été, qu’elle a répondu à l’appel du cégep de Trois-Rivières qui cherchait une personne pour enseigner la sociologie dès l’automne. Elle a spontanément répondu « moi! ».

Émilie Raizenne, qui travaille maintenant comme coordonnatrice à la formation et au service conseil au Centre d’action bénévole de Québec, avait hésité à se diriger en travail social, avant de choisir la sociologie et de compléter son baccalauréat ainsi que sa scolarité de maîtrise à l’Université Laval. Tout au long de ses études, elle a cumulé les contrats d’auxiliaire de recherche et d’enseignement en plus de participer aux travaux de centres de recherche. Depuis la fin de ses études, elle a obtenu plusieurs contrats de recherche, touchant surtout la santé et les services sociaux.

Parmi les six panélistes, Marie-Pier Bresse est la seule à être demeurée sur le campus, puisqu’elle est coordonnatrice au Centre de recherche en aménagement et développement (CRAD) de l’Université Laval depuis 2009. Diplômée au baccalauréat puis à la maîtrise en sociologie en 2010, elle a aussi cumulé plusieurs contrats de recherche pendant ses études et été auxiliaire pour le cours Laboratoire de recherche pendant deux années consécutives. Elle apprécie être demeurée dans un milieu de travail en contexte universitaire : « C’est un milieu d’idées, motivant et très riche intellectuellement ».

Mike Rousseau, quant à lui, a complété un baccalauréat en sociologie et est aujourd’huiconseiller en développement de politiques à la direction des politiques de lutte contre la pauvreté et de l’action communautaire du Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale. Dans le cadre de ses fonctions, il a notamment participé à mettre sur pied la vaste campagne de consultation publique sur la lutte à la pauvreté et l’exclusion sociale qui se déroule présentement.

Une formation solide qui prépare au travail
Les six participants s’accordent tous pour dire que leur formation en sociologie leur a donné tous les outils nécessaires à Étudiants assistant à l'activité «profils de sociologues», le 7 décembre 2015l’exercice de leur profession actuelle. Parmi les compétences développées, tous soulignent que les cours ont largement contribué à aiguiser leur esprit critique, leur grande capacité d’analyse, leur ouverture d’esprit et la faculté d’avoir une vision globale sur les différents phénomènes sociaux.

Ce regard global, Martin Bussières le voit comme un atout, devant travailler avec 19 enseignants issus de disciplines différentes. « La sociologie touche à tout, il y a de la sociologie-historique, socioéconomique, de la psychosocio… de sorte que, sans être un spécialiste dans ces domaines, je peux comprendre, et cette vision globale m’incite à respecter ce que font les autres professeurs, à comprendre les motivations de leurs actions », explique-t-il.
Édith Pouliot, quant à elle, considère que sa formation universitaire lui a permis de développer un fort esprit critique, qu’elle souhaite aujourd’hui transmettre à ses jeunes étudiants du collégial, en tentant d’ouvrir leurs esprits, de les inciter à faire des liens, à mieux analyser.
Dans son travail au sein d’un organisme communautaire axé sur la famille, Amélie Boivert accomplit des tâches très variées où la sociologie lui sert quotidiennement pour la compréhension des liens entre les différents acteurs et pour sa sensibilité aux dynamiques du quartier, à la vie de quartier, par exemple.

Sur le plan pratique, l’apport des cours de méthodologie, tant quantitative que qualitative, est indéniable pour ces diplômés, permettant de savoir conduire une recherche de A à Z, de résumer efficacement des rapports denses et complexes ou de bien interpréter des études et des statistiques. Émilie Raizenne confirme que la maîtrise de ces outils méthodologiques est souvent appréciée des employeurs. « Même pour les cours plus généraux, à la fin des études, on ne voit pas immédiatement que ça sert, mais maintenant, je vois à quel point ça m’est utile. »

Au sommet de la liste, les compétences acquises en rédaction sont maintes fois soulignées, notamment par Amélie Boivert qui doit remplir de nombreuses demandes de subventions, « le nerf de la guerre des organismes », affirme-t-elle, poursuivant que la qualité et la clarté de son écriture ont souvent été louangées.
Même discours du côté de Marie-Pier Bresse, pour qui la recherche de financement pour le centre de recherche occupe une grande part de son emploi du temps, à travers une multitude de tâches de communication, d’animation, de production de rapports scientifiques et de tout ce qu’il faut pour que les activités du CRAD se déroulent rondement. « La rédaction représente 80% de mon travail », estime Mme Bresse.

Si tous s’entendent pour dire que la formation générale est complète, les deux enseignants au collégial insistent particulièrement sur l’utilité de certains cours au choix plus spécialisés, comme ceux de sociologie de la santé ou de sociologie de la famille. Ces cours peuvent ouvrir des portes insoupçonnées à enseigner dans des programmes techniques tels que sciences infirmières ou travail social. « Même si un cours vous paraît un peu moins intéressant, ne jetez pas vos notes trop vite, prévient Édith Pouliot, vous ne savez jamais quand ça peut servir! ».

Le laboratoire de recherche en sociologie, un incontournable
Chacun des diplômés invités a tôt ou tard mentionné le laboratoire de recherche en sociologie comme un cours marquant dans leur formation et tous conseillent fortement aux étudiants de le suivre, puisqu’il est maintenant devenu optionnel.
Véritable coup de cœur de Mike Rousseau, le laboratoire est selon lui un incontournable dans son parcours. « Le laboratoire oblige à se lancer, à aller rencontrer des gens, à répondre à une question et à travailler en équipe, en partenariat », énumère-t-il, mentionnant l’atout non négligeable d’avoir une véritable recherche à son actif à présenter au moment d’entrer sur le marché du travail.
Amélie Boivert insiste à son tour et s’exclame: « Prenez-le, prenez-le! », soulignant à quel point ce cours lui a permis de développer une écriture fine et précise en plus de plein d’autres compétences.

Des conseils aux futurs sociologues
Hormis les deux enseignants, les autres panélistes ont décroché des emplois qui ne demandaient pas précisément des candidatures de sociologues. À ce sujet, le conseil général est de ne pas se fermer de portes, d’oser postuler malgré les appellations d’emploi et de savoir « se vendre » en tant que sociologue, en misant justement sur les nombreux acquis mentionnés tout au long de la présentation : l’esprit critique, la capacité de synthèse, d’analyse et l’aisance en rédaction, l’ouverture d’esprit et la vision globale, car la sociologie touche pratiquement à tous les domaines de la vie sociale et de l’intervention comme l’économie, la politique, la santé, etc.

De plus, toutes les expériences connexes, comme les contrats d’auxiliaire de recherche ou d’enseignement, peuvent ajouter des atouts indéniables au curriculum vitae. Martin Bussières mentionne son contrat au sein du Groupe interdisciplinaire de recherche sur les banlieues (GIRBa) où il a transcrit et codé plus de 100 entrevues, une expérience qu’il estime très formatrice. Il souligne également qu’une part cruciale de son apprentissage universitaire vient de son engagement auprès des associations étudiantes comme l’AÉSS, le RÉSUL et l’ACCES.

Émilie Raizenne considère que de varier les expériences de travail et de formation permet de mieux se faire valoir sur le marché du travail, puisque cela permet de toucher à plein de sujets, de domaines, de rencontrer des gens différents. « Mon emploi actuel est un peu comme une boîte à surprise et cela me donne la capacité de répondre à toutes les demandes », illustre-t-elle, ajoutant que cela a développé son ouverture et sa confiance. « Je n’ai plus peur d’aller vers de nouveaux défis, les employeurs sont agréablement surpris de ma capacité d’adaptation ».

Pour décrocher un emploi, un réseau professionnel est souvent utile, d’où l’importance de s’impliquer, de faire du bénévolat, d’accepter des contrats ou de fréquenter les associations et regroupements professionnels auprès de qui l’on souhaiterait travailler plus tard, ajoutent certains des panélistes. « Bref, ne restez pas dans votre coin ! », encourage Mme Raizenne.
Si l’audace d’essayer a bien servi Édith Pouliot pour l’enseignement, ça aussi été le cas de Mike Rousseau qui, voyant son contrat dans la fonction publique se terminer, a postulé pour de nombreux emplois affichés à l’interne auxquels il n’aurait normalement pas été admissible. Une démarche qui a porté fruit, manifestement.
Marie-Pier Bresse conseille pour sa part de penser aux réseaux de chercheurs et de s’abonner aux infolettres où se retrouvent souvent des offres d’emploi. Cela permet aussi de savoir qui fait quoi dans le milieu.

Enfin, avec une formation en sociologie, il faut s’entraîner à employer ses acquis, notamment théoriques, d’une manière accessible aux autres : « Il faut pouvoir transmettre nos connaissances à d’autres, explique M. Bussières, il faut traduire en fonction des personnes à qui l’on s’adresse, élus, cégépiens de 17 ans, et se rappeler que certains termes leurs seront inconnus ».