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Introduction
Au sens premier, un laboratoire est un espace physique où l’on
poursuit des expériences scientifiques et techniques. Celui-ci est plutôt un
espace mental, une attitude de travail qui pourrait se résumer en une phrase
: ici, c’est pour vrai et l'école est finie. Il s’agit de réaliser
une véritable étude professionnelle sur commande d’un client, à partir
d’un problème qui n’est pas académique mais qui se pose réellement sur
le terrain de la vie sociale.
Sur deux trimestres consécutifs, l’étudiant devient consultant,
recherchiste, ou expert-conseil et tout se déroule selon les
normes du marché du travail, à deux nuances près : 1) on est payé en
expériences, en contacts et en crédits universitaires plutôt qu’en espèces
sonnantes ; 2) vu le temps imparti et la nécessité d’apprendre sur le tas, le produit final correspondra à ce qu’on appelle dans
le métier une étude exploratoire.
Tous les types de terrains pourront être l’objet de cet
apprentissage, depuis l’enquête par observation participante, l’enquête
par entrevues individuelles ou de groupes, le sondage ou encore l’enquête
classique par questionnaires, jusqu'à l'étude d’archives ou de
statistiques. L’enquête doit répondre à la question du client : le
mandat accepté est un contrat.
Le laboratoire est réservé aux seuls étudiants inscrits en deuxième
année au baccalauréat ou à la majeure en sociologie.
Objectifs
Le cours poursuit trois objectifs:
- initiation
pratique à la recherche empirique dans un esprit de responsabilité
professionnelle ;
- expérience
du processus complet d’exécution d’une commande depuis l’étude de
l’appel d’offres jusqu’à la livraison d’un rapport de recherche ;
- plus
largement, apprentissage du métier de chercheur, consultant, analyste, bref,
de la compétence attendue d’un diplômé en sciences sociales sur le marché
du travail ou des services.
Le mandat
de recherche
Au début du trimestre, divers
organismes proposent, sous la forme d’un « appel d’offres »,
certains problèmes ou questions qui les préoccupent. Les équipes (2 ou 3 étudiants,
sauf cas très spéciaux à discuter) choisissent un sujet dans cette liste et
répondent au client-commanditaire par une offre de services. Ce document décrit
clairement les tâches que l’équipe propose d’accomplir pour exécuter le
mandat de recherche ; une fois acceptée par le client, l’offre de services
tient lieu de contrat entre les parties. Une page Web
liée au site du département (http://www.soc.ulaval.ca/)
présente quelques exemples
d’offres de services et de rapports d’enquête des années antérieures.
Les
« cahiers de charges » remis au début des sessions d’automne et
d’hiver énumèrent dans le détail les tâches à accomplir chaque semaine.
En voici un sommaire :
L’offre de service :
Septembre
- Formation
des équipes, choix d'un projet, étude de l’appel d’offre ;
- Rencontre
avec le client, développement du mandat, collecte de documentation « grise »
(organigrammes, politiques, statistiques, budgets, etc.) ;
- Entrevues
exploratoires avec experts ; identification des concepts-clés ;
identification des principales sources de données ;
-
Lectures
exploratoires empiriques ou théoriques (dictionnaires de sciences humaines,
grandes encyclopédies, bibliographies, etc.) ;
-
Début
des discussions collectives (remue-méninges) sur les divers mandats de
recherche ® en réunion d'équipe et en classe ;
- Rédaction
de l'offre de services, reprises et corrections. Dépôt final début
octobre et accord du client.
Le rapport préliminaire :
Octobre
- Poursuite
des discussions collectives (remue-méninges) sur les divers mandats de
recherche ® en réunion d'équipe et en classe ;
-
Revue
de la littérature (problématique) ;
-
Hypothèses,
indicateurs, variables, mesures, échantillon (opérationnalisation)
- Pré-enquête
(ébauche d’un instrument de collecte et entrevues exploratoires) ;
- Rédaction
de l’introduction du rapport préliminaire et de sa table des matières
telle qu’anticipée : à
remettre le 13 novembre.
Novembre
-
Poursuite
de la revue de littérature (problématique) ;
-
Poursuite
de la pré-enquête et pré-test ;
-
Rédaction
des chapitres du rapport préliminaire (10 pages par semaine).
Décembre
-
Fin
de la rédaction du rapport préliminaire ;
-
Reprises,
corrections, révisions et mise en forme graphique du rapport préliminaire ;
-
Identification
des points saillants (executive summary
en début de rapport) ;
- Remise
du rapport préliminaire au client au plus tard le 20 décembre.
Le rapport final :
Janvier
-
Collecte
de données : observation, entrevues, questionnaires, archives,
statistiques, livres, etc. ;
-
Enregistrement,
classement et traitement continu des matériaux théoriques et empiriques
recueillis (fiches de travail, tableaux, graphiques, coefficients, schémas,
cartes, etc.).
Février/mars
-
Poursuite
de la collecte et du traitement des matériaux ;
-
Discussions
collectives (remue-méninges) sur les résultats préliminaires des différentes
enquêtes : en réunion d'équipe et en classe ;
- Plan
du rapport final (table des matières anticipée) ;
- Rédaction
du rapport final. Dépôt de la
première version au plus tard mercredi le 26 mars 2003.
Avril
-
Réécritures,
corrections, révisions et mise en forme graphique du rapport final ;
-
Identification
des points saillants du rapport (executive
summary, dans les premières pages) ;
-
Préparation
et pratique de la présentation orale (4 minutes) des points saillants de
l’enquête lors de la cérémonie de dépôt des rapports de recherche ;
-
Dépôt
du rapport final auprès du
client lors d’une cérémonie officielle, le mercredi le 23 avril 2003 ;
-
Sur
demande, discussion
orale plus détaillée des résultats de l’enquête dans les bureaux de
l’organisme commanditaire.
Toutes
les activités sont directement axées sur les projets de recherche. Les équipes
sont accompagnées toute l'année par un professeur titulaire et rencontrent
chaque semaine un coordonnateur ou une coordonnatrice, étudiants à la maîtrise
ou au doctorat. En début de session et au besoin par la suite, il y a
rencontre hebdomadaire en salle de classe pour des conférences magistrales et
des ateliers de réflexion collective (remue-méninges)
où chaque équipe présente ses travaux au reste du groupe et le consulte
pour recevoir ses critiques, ses commentaires et ses suggestions. Toutes les
activités en classe sont annoncées au cahier de charges.
Les inscrits (personne n’est conscrit
dans ce cours) sont supposés avoir déjà acquis les éléments de base en méthodologie,
tant pour ce qui est des techniques de cueillette de données que des méthodes
d’analyse. Mais chaque équipe devra avoir en main un des deux manuels suggérés
en référence, ci-après (emprunt ou achat). Des textes photocopiés seront
distribués en classe, ce qui imposera des frais de quelques dollars. À la
première rencontre en classe, chaque participant versera 5$ dans une cagnotte
commune de photocopie ; quand elle sera vidée, on passera de nouveau le
chapeau. Les équipes assument aussi les frais d’impression et de reliure de
leurs travaux écrits, l’achat de leurs fiches de travail, leurs
fournitures, leurs déplacements, etc. En tout et partout, prévoir environ 75
$ sur l’année scolaire (l’équivalent d’une sortie en ville, n’est-ce
pas?)
Comme disait Boileau ; « Ce qui
se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément
». On ne sait pas vraiment ce qu’on pense tant qu’on ne l’a pas écrit.
Un test de français est donc prévu lors de la première rencontre en classe.
Les gens qui ont intérêt à développer leur compétence grammaticale (nous
leur soulignerons : ça se voit tout de suite quand on est habitué à lire)
devront s’engager à suivre assidûment les ateliers de français
offerts par la faculté des Sciences sociales sous la direction du professeur
Mackelberghe (son enseignement est très efficace ; tout le monde en ressort
plus fort).
D'un côté, le projet de recherche à exécuter est bien réel
; d'un autre côté, le cadre demeure partiellement « académique »
et les étudiants ne sont pas encore des professionnels diplômés. L'évaluation
des travaux doit donc combiner deux échelles de jugement : universitaire et
professionnelle.
1)
Universitaire : compte-tenu du point où en sont les
apprentis-chercheurs dans leur formation, et relativement à leurs pairs
scolaires, que vaut l'effort accompli ?
2)
Professionnelle : le résultat de la recherche est-il conforme aux
attentes généralement partagées par les gens qui embauchent des chercheurs
diplômés en sciences sociales ?
D'autre
part, parce que le travail se fait en groupe, l'évaluation doit aussi
combiner un suivi à deux dimensions : individuelle et collective.
1)
Individuelle : « fiches de travail » déposées à chaque
semaine.
2)
Collective :
au premier semestre : « offre de services » et « rapport
préliminaire » ;
au deuxième semestre : « rapport final ».
À
la fin de chaque trimestre, la note finale versée aux dossiers personnels des
étudiants-chercheurs combinera donc ces quatre dimensions.
Au
premier trimestre, l'offre de services compte pour 25% des points, le rapport
d'étape pour 50%, et les fiches ou notes personnelles de travail pour 25%. Au
second trimestre, 100% pour une évaluation globale du rapport final de
recherche et de sa présentation lors de la remise officielle. Les ébauches rédigées
en cours de route (voir les cahiers de charges) seront commentées, corrigées,
révisées, afin de les améliorer, mais ne feront pas l’objet d’une évaluation
académique.
Une chaise réussie à 75% par un ébéniste
(siège un peu percé, dossier un peu inconfortable, pattes un peu
croches ou inégales) ne tient simplement pas debout et n’est pas vendable.
Une chaise n’est une chaise qu’à 100%.
Il en va de même des enquêtes scientifiques sur une question donnée :
on ne peut pas les achever à moitié. Ou bien ça se tient, ou bien ça se
tient pas. Puisque la recherche est ici « pour vrai », que les résultats
sont signés personnellement par leurs auteurs et remis publiquement à des
clients-commanditaires, la réputation future de chaque signataire est en jeu
(un certain nombre d’étudiants du Labo ont d’ailleurs trouvé plus tard
un sujet de maîtrise ou un emploi, dans la suite de cette expérience).
Aussi, les ébauches successives seront-elles examinées dans leurs moindres détails
; les équipes devront continuellement les remettre sur le métier en
s’acharnant, à l’intérieur des délais, jusqu’à ce qu’elles soient
sereinement fières du travail accompli. Préparez-vous à une sorte de
« corrections » comme vous n’en avez jamais subies dans les écoles.
Elles ne signifieront pas que vous êtes mauvais, mais que votre chaise
n’est pas à point, qu’elle ne tient pas encore debout. Les copies
scribouillées par le professeur et les coordonnateurs, rougies de
commentaires, de critiques et de suggestions, n’ont pas pour objectif de
vexer ou de fustiger les apprentis-chercheurs, mais plutôt de leur pointer
les possibilités de faire mieux. Le diable est dans les détails, quand on
veut bien travailler pour de vrai. Dieu aussi, précisait le grand architecte
Mies Van der Rohe.
Dès le début, s’impliquer totalement. Deuxièmement, garder le
contact avec le client, lire continuellement (concepts, études pertinentes),
plonger immédiatement sur le terrain et dans les données : en pratique,
une démarche scientifique n’est pas linéaire, elle combine à tout moment
les éléments de conceptualisation et la collecte empirique, documentaire ou
de terrain. Troisièmement, consigner assidûment toute information pertinente
sur des fiches de travail. Quatrièmement, toujours viser la rigueur, ce qui
veut dire clarté, pertinence, cohérence et faisabilité. On aura
naturellement compris que l’assiduité la plus entière est la première
exigence d’un ouvrage professionnel. Le Laboratoire vaut 12 crédits, l’équivalent
de quatre cours ordinaires ; c’est très prenant, très sérieux : prévoir
une vingtaine d’heures de travail par semaine. Comme on disait, l’école
est finie.
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