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Les trois dimensions de l'enseignement et de la recherche

a)   La théorie et les méthodes sociologiques. Dans un département disciplinaire qui travaille, aux trois cycles, à former des sociologues pour servir les communautés universitaire et scientifique ainsi que la société, l'étudiant se doit de participer au champ universel de la théorie sociologique - la théorie générale de l'ordre sociétal ou des théories particulières propre aux domaines autonomes de la pratique sociale. Les étudiants de maîtrise et de doctorat deviennent sociologues par l'assomption d'une tradition théorique, et tout enseignement ou tout encadrement de ce niveau oriente les candidats sociologues dans les développements contemporains de l'un ou l'autre de ses paradigmes. La tradition méthodologique n'est pas en reste tant du point de vue de l'appréhension et de la construction de l'objet que des méthodes (qualitatives et quantitatives) propres à l'analyse sociologique. Nul professeur qui entend contribuer à la formation de sociologues ne peut éviter de se situer aussi dans cette dimension de la pratique sociologique.

b)   L'étude empirique des transformations sociales. Par opposition à la longue transformation qui s'amorce à la fin du Moyen Âge (la modernité), le XXe siècle a été celui des modernisations, parfois tardives, aussi bien dans les sociétés développées que dans les sociétés en voie de développement. Les tendances objectives où prennent forme ces grands processus sociaux sont autant d'objets de la sociologie, comprise cette fois comme étude méthodique du changement social. Ces changements sont abordés dans les sociologies qui consacrent l'autonomie objective des grandes instances des sociétés modernes -sociologie politique, sociologie économique, sociologie de la culture- mais aussi de toutes les recherches dans divers champs de la sociologie: sociologie de la famille, du travail, de l'éducation, des religions, de l'art, de la science, de la technique, etc.. Ce sont là autant d'explorations particulières du processus global de la modernisation du XXe siècle, autant de manières d'éclairer de l'intérieur le cadre général de la vie sociale contemporaine et de le faire par la saisie empirique des phénomènes qui s'y inscrivent.

c)   La connaissance synthétique de sociétés particulières. Parce que les changements sociaux ne se déploient pas dans l'horizon d'un système social homogène et unifié, leur saisie par le sociologue implique toujours la reconnaissance de totalités historiques concrètes où ils se présentent en se combinant, à chaque fois de manière relativement originale. Les sociétés, en tant qu'elles sont dotées de structures d'organisation qui leur sont propres, d'une identité et d'un degré de réflexivité, sont les lieux de toute saisie comparative des phénomènes sociaux, aussi bien entre des secteurs, des groupes ou des régions d'une même société que lorsqu'elle met en jeu des sociétés différentes. Étant entendu que ceci n'exclut pas l'étude de totalités sociales plus larges (mais généralement de moindre degré de réflexivité et de moindre consistance objective), le sociologue ne saurait éviter de contribuer au développement d'une telle connaissance synthétique de sociétés particulières.