Événements

Soutenance de thèse de Sylvie Nguedam-Deumeni

Du discours à la pratique des droits de la personne : pour une analyse sociologique de l'individualisme en Afrique subsaharienne. Le cas du Cameroun.

Résumé :

Cette thèse analyse, à travers le cas du Cameroun, les transformations du lien social en Afrique subsaharienne, dans un contexte où la modernité juridico-normative portée par l’universalisme  des droits de la personne transforme l’espace social qui semble désormais se moduler de façon à laisser une marge de manœuvre plus grande aux aspirations individuelles plutôt qu’aux règles communautaires. 

Elle s'appuie sur une recherche qualitative qui repose sur un travail de terrain mené dans la ville de Douala au Cameroun et qui a permis de recueillir une trentaine de récits de vie d’hommes et de femmes âgés de vingt-cinq ans et plus. L'analyse du contenu de ces biographies permet de constater la complexité des recompositions des modes de vie où, avec l’avènement des droits de la personne, les individus proposent des formes d’individualisations originales et très différentes de l'autonomie et de la déliaison que l’idéologie des droits confère à la notion d'individu comme abstraction, et avec elle toute une conception de la rationalité et de l’individualisme dont la pertinence universelle comme catégorie d’analyse est plus ou moins acquise. 

Cette thèse montre comment, dans les sociétés d’Afrique subsaharienne, la conscience des droits implique pour la conscience de soi une remise en question des règles communautaires et des appartenances non choisies qui ne signifie pas un rejet des cadres communautaires, mais la naissance d’un individu qui cherche à se positionner comme sujet de droit à l'intérieur d'un système communautaire hiérarchisé et contraignant. La conscience des droits induit un processus d’individualisation dans lequel l’individu en quête de ses droits et d'une identité choisie est dans un constant balancement entre le respect des règles communautaires et son épanouissement personnel. Un individu qui gagne du terrain, et qui assume de plus en plus la responsabilité de son originalité, mais aussi la coresponsabilité du devenir des relations communautaires indispensables à sa vie ; puisque ce sont ces relations qui lui apportent soutien matériel, intégration et reconnaissance sociale. L’individualisation se négocie sans rupture entre individu et société, entre tradition et modernité, entre sujet de droit et sujet communautaire dans un environnement résolument engagé dans la dynamique d’une modernité singulière.

Date et heure
Jeudi 13 novembre 2014 à 9 h

Lieu
Pavillon Casault - Local 3632