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Conférence de Pierre-Michel Menger, Collège de France

GRATIFICATIONS ET RÉMUNÉRATIONS DANS LES ARTS ET DANS LES PROFESSIONS ACADÉMIQUES - inégalités et tolérance aux inégalités

Description de la conférence – mot du conférencier
Le motif principal du rapprochement que je propose entre les professions artistiques et les professions académiques tient à la combinaison de tâches et de rôles qui y est généralement observée.

Partant de la théorie de la stratification fonctionnelle des emplois, mais aussi de l’analyse des métiers comme des assemblages de tâches routinières et non routinières, je localise les activités et tâches qui sont porteuses des plus fortes inégalités de performance et de réalisation et dont l’exercice soumet les individus à plus d’incertitude sur les chances de réussite, mais procure aussi des gratifications monétaires et/ou non monétaires plus élevées, liées à la variabilité non routinière du travail accompli.

Je montre que ces activités sont généralement couplées à des activités dans lesquelles la réussite est plus certaine et dans lesquelles les performances individuelles plus normalement distribuées. Le mécanisme de couplage peut définir l’architecture d’une profession, telle que celle d’enseignant-chercheur. Il peut définir aussi une technique de gestion personnelle du risque professionnel, comme le montre le portefeuille d’activités et de ressources diversifiées que doivent se composer la plupart des artistes.

Les inégalités, souvent considérables, sont localisées principalement dans l’exercice des activités faiblement routinières et dans l’exercice desquelles une supériorité même minime d’un individu lui vaut d’attirer une attention, une demande et des chances de développement de son activité plus que proportionnelles à la distribution sous-jacente des qualités qui le distinguent de ses collègues ou concurrents.

La tolérance à l’égard de ces inégalités est, dans les mondes académiques et artistiques, liée d’abord au fait que les évaluations sont le produit d’empilements d’épreuves concurrentielles de comparaison relative, et que la hiérarchie réputationnelle qui en émerge ne se rigidifie, au point de se convertir en rente, que dans le cas particulier de stratification statutaire des emplois.

Le fait de conserver à l’épreuve d’incertitude sa dynamique dans la conduite d’une carrière peut constituer, dans les mondes professionnels concernés, un ciment de solidarité et d’identification à une communauté professionnelle, tout en étant associé à une forte concurrence interindividuelle. L’acceptabilité des inégalités que déclenchent ces mécanismes particuliers de concurrence professionnelle diminue considérablement si le couplage des activités risquées et non risquées se transforme en une spécialisation statutaire des rôles, en reportant ouvertement sur une partie des professionnels l’exercice des tâches ordinaires et en permettant à une minorité de se réserver les tâches moins routinières et dotées d’un potentiel formateur et de gratifications beaucoup plus élevés. Le cas récent de la séparation croissante des rôles dans l’activité d’enseignant-chercheur en fournit une illustration. 

Date et heure
Mardi 7 octobre 2014 à 13 h 30

Lieu
Salle 3470 du pavillon De Koninck