Événements

Soutenance de thèse de Mélanie Bédard

« Les idéaux pédagogiques de l’instruction publique québécoise, de 1789 à 1875, et leur application législative »

RÉSUMÉ :

Un discours critique reproche aux systèmes scolaires contemporains de renoncer à l’autorité de la tradition pédagogique, d’oublier la vocation émancipatrice et réflexive de l’instruction publique, et de viser étroitement l'intégration économique et politique des individus. Réelles ou perçues, ces pratiques contrediraient des justifications que certains de ses fondateurs lui donnaient à la fin du XVIIIe siècle. Qu'en est-il de ce qui justifia la fondation de l'instruction publique québécoise au XIXe siècle? 

Inspirée de travaux de Durkheim et de Weber, cette thèse interroge le sens qu’avait l’instruction publique québécoise pour ses fondateurs. Elle compare des expressions de ses idéaux avec un idéaltype de l’idéal pédagogique moderne, reconstitué à partir de réflexions sur l’éducation de Rousseau, Condorcet et Hegel. Pour ces philosophes, l'éducation visait le développement de la raison et de la liberté chez la personne, puis dans la société politique et le devenir de l'humanité. Ils recommandaient un enseignement qui conservait de la philosophie moderne la valorisation d’une autonomie active, provenant de l'élève, et du libéralisme occidental la confiance envers les bienfaits de la liberté questionnant toute autorité abusive, à éviter par le maître. L’idéal d'une nature humaine universelle ou de la civilisation en progrès maintenait toutefois l’autorité de la tradition pédagogique comme source de sagesse et de réflexivité, les sciences et langues modernes n'écartant pas complètement les lettres classiques. 

La thèse constate qu'un des enjeux principaux de la fondation de l'instruction publique québécoise entre 1789 et 1875, répété dans des projets et des lois scolaires, des journaux, rapports et règlements d'étude, était de déterminer l'autorité pédagogique et le partage des responsabilités financières et matérielles. Puis la bi-confessionnalisation succéda à l’établissement ardu d’une autorité pédagogique supérieure : on définissait la société politique. 

Derrière cette évidence, et malgré la séparation progressive entre les catholiques francophones et les protestants anglophones que les lois scolaires contribuèrent à instituer, celles-ci enregistrèrent l’idéal de l’instruction publique commun aux libéraux francophones et anglophones, notamment en créant des passerelles entre les écoles primaires et les collèges classiques. Les vocations utilitaire et intellectuelle de l’instruction publique visaient toutes deux l’émancipation collective, dans la société politique, et vers la civilisation.

Date et heure
Mardi 29 septembre 2015 à 9 h 30

Lieu
Pav. Charles-De Koninck - local 2419