Bulletin d'information

No 27 - Novembre 2016

Mot du directeur

Par Dominique Morin

dominique morinNous nous sommes pressés de publier cette édition du Bulletin dès le retour de la semaine de lecture, parce qu’il y a beaucoup d’activités en novembre au département, sinon susceptibles d’intéresser les sociologues, où nous espérons vous rencontrer en grand nombre. Jetez un œil à la rubrique Conférences et événements, ainsi qu’à l’article sur la projection du documentaire Un monde du travail en mutation, qui sera suivie d’une table ronde à laquelle participeront notamment le président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). En outre, nous recevrons aussi en novembre trois candidats pour le poste de professeur en sociologie sur les enjeux actuels du développement. Nous leur avons demandé d’offrir une conférence qui sera ouverte aux étudiants et étudiantes qui seront les premiers à poser leurs questions à nos invités. La deuxième heure de l’entretien sera réservée au corps professoral. Les candidats présenteront leur conférence le mercredi 9 novembre à 15h30 au local DKN-3244, le mercredi 23 novembre à 15h30 au local DKN-3244 et le vendredi 25 novembre à 12h30 au local DKN-3470.

Les inscriptions pour la session d’hiver 2017 débuteront le 21 novembre. Les chroniques des directeurs des programmes présentent l’horaire des cours et des séminaires offerts, ainsi que de brèves descriptions des nouveautés.

Je vous invite aussi à lire les deux dossiers de cette édition du Bulletin. Le premier a pour objet l’expérience d’étudiants et d’étudiantes venus de l’étranger pour étudier en sociologie à l’Université Laval. Le second aide à comprendre les tenants et les aboutissants d’un processus en cours de fusion des associations étudiantes de sociologie, le RÉSUL et l’ACCES. Daniel Mercure nous a transmis un hommage au professeur de sociologie Georges Balandier (EHESS, Paris), Docteur honoris causa de l’Université Laval qui est décédé. Un portrait d’étudiant à la maîtrise, l’annonce d’une soutenance et l’indication des thèses et des mémoires en sociologie nouvellement téléchargeables donnent enfin un bel aperçu de la diversité des recherches étudiantes.

Bonne lecture !

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Hommage à Georges Balandier (1920-2016) : un chercheur à la poursuite de l'inédit et de l'incertain

Par Daniel Mercure, professeur titulaire et président d'honneur de l'AISLF

Notre collègue et collaborateur à plusieurs activités de notre département, Georges Balandier (EHESS, Paris), est décédé. Georges Balandier, ethnologue et sociologue, docteur honoris causa de l’Université Laval sous la recommandation du Département de sociologie, a participé à plusieurs colloques et séminaires au sein de notre département, notamment avec son collègue et grand ami Fernand Dumont, dont il partageait l’intérêt pour une lecture culturelle et historique du changement social. Il fut un grand ami du Québec et soutint avec conviction la présence de notre département sur la scène internationale.

georges balandierL’œuvre de Georges Balandier a grandement contribué à renouveler le champ de l’ethnologie et de la sociologie, en particulier en ce qui a trait aux études africaines et à l’analyse du sous-développement et de la situation coloniale. À la suite de sa belle monographie intitulée Sociologie des Brazzavilles noires, et aussi de son ouvrage Sociologie actuelle de l’Afrique Noire, Balandier propose une lecture novatrice des sociétés « autres », celles soumises au regard anthropologique. D’abord, en accordant une grande attention aux changements qui traversent et que produisent ces dernières, aux temps sociaux et aux temporalités qui les travaillent, aux nombreuses dynamiques « du dedans » et « du dehors », comme il aimait le dire et le répéter. Une telle lecture du social le conduira ensuite à développer une anthropologie dynamique, attentive aux changements sinueux et aux hésitations de la persistance, une ethnologie sociologique centrée sur l’agir humain, un agir qui ne saurait être entièrement subsumé sous le poids des structures, y compris celles de la longue durée, toujours mouvantes à ses yeux. Rien d’étonnant alors qu’il se soit employé, dans une phase subséquente, à développer une ethno-sociologie politique, qu’il étendra plus tard aux sociétés modernes, examinées par le détour de l’anthropologue qui étudie un nouveau terrain, celui du «continent modernité».

À l’instar de Georges Gurvitch, son maître, le renversement de perspective l’a toujours caractérisé : une sociologie des sociétés traditionnelles, une ethnologie de la modernité. Chez Balandier, changements et pouvoir s’entrecroisent, entrelacs examiné sous la forme d’essais et de formules-mères de type métaphorique dans ses derniers ouvrages, ce qui n’édulcore en rien la lucidité de son regard sur l’actuel : examen à partir des informations publiques des mises en scène du pouvoir, réflexion profonde sur le dédale de l’inédit biotechnique, regard lucide sur les sources du dépaysement contemporain, critique des imaginaires novateurs et des nouveaux pouvoirs en expansion, lesquels sont examinés sous le prisme des apparences, de l’immédiat et de la diptyque ordre et désordre. Une œuvre originale, marquée par le refus des dogmes et soucieuse, au-delà des cadres sociaux, et en deçà des multiples stratifications sociales, de comprendre l’intervention sociale de la liberté humaine.

Georges Balandier a aussi joué un rôle important à l’Association internationale des sociologues de langues française (AISLF), dont il fut l’un des plus éminents présidents (1965-1968). Je retiens deux contributions importantes de sa part. D’abord, il a grandement œuvré au rayonnement de la sociologie dans les différents espaces francophones, ainsi qu’auprès d’institutions internationales vouées à la promotion des sciences sociales. Ce faisant, il a contribué à donner une forte crédibilité à la sociologie et à l’ethnologie. Ensuite, au-delà de son rôle institutionnel, son influence fut grande sur nos manières d’examiner le social. D’une part, et peut-être est-ce un effet de l’influence de son maître Georges Gurvitch, il a toujours privilégié l’analyse globale et historique des sociétés, tout en refusant le piège de l’enferment dans un objet spécifique sous prétexte de précision technique et de rigueur méthodologique : tout objet devait participer d’une lecture globale du social et donner lieu à maintes inférences théoriques, à tout le moins de moyenne portée. D’autre part, l’étude du changement, de la société en voie de se faire et de se refaire, a toujours été pour lui la mission première du savoir sociologique. Mais il y a plus : pour Georges Balandier, l’inédit doit être pensé comme un révélateur de ce qui travaille en profondeur une société ; et les crises, comme des révélateurs de ce qu’est véritablement la société, laquelle se donne alors à voir en négatif (comme en photographie) dans toute sa complexité. L’examen des différents thèmes de la sociologie contemporaine m’incite à penser que ses analyses sont toujours hautement pertinentes.

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Chronique du 1er cycle

Par Charles Fleury

charles fleuryLa période d’inscription à l’hiver débute le 21 novembre prochain. Afin de vous guider dans vos choix, voici les nouveaux cours qui seront offerts à l’hiver 2017, ainsi que l’horaire provisoire de cours.

 

 

Lundi

Mardi

Mercredi

Jeudi

Vendredi

8h30 à 11h20

SOC-2115 / NRC 10308

Question spéciale de sociologie I : Introduction à l’étude des sociétés du Moyen-Orient

 

Zohreh Mehdizadeh-Hendekhaleh

SOC-2300 / NRC 17703

Théorie sociologique : le fonctionnalisme en sociologie

 

Dominique Morin

SOC-2600 / NRC 20558

Théorie sociologique: l’individu

 

Louis-Simon Corriveau

SOC-4101* / NRC 20027

Analyse quantitative de données

(jumelé à SOC-7101)

 

Marie-Ève Harton

 

12h30 à 15h20

SOC-2158 / NRC 25251

Médias et culture populaire

 

Élisabeth Mercier

SOC-1004 / NRC 23618

Méthodes de la recherche empirique

 

Fabrice Fernandez

SOC-4043* / NRC 19706

Résistances dans l’économie mondiale II (1975-auj.) (jumelé à SOC-7143)

 

André C. Drainville

SOC-2137 / NRC 20490

Corps, émotions, santé et sociétés

 

Fabrice Fernandez

SOC-2125 / NRC 14134

Sociologie politique

 

Magali Paquin

15h30 à 18h20

SOC-2142 / NRC 20491

Sociologie économique

 

Simon-Pierre Savard-Tremblay

SOC-4100* / NRC 20446

Méthodes qualitatives

(jumelé à SOC-7100)
Obligatoire – 2e  ou 3e année du bacc.

 

Sylvie Lacombe

 

SOC-1100 / NRC 10314

Stratification et classes sociales

 

Guy Fréchet

 

 

Parmi la liste des cours offerts l’hiver prochain, deux le sont pour la première fois : Médias et culture populaire (SOC-2158) et Introduction à l’étude des sociétés du Moyen-Orient (SOC-2115). Si le premier est susceptible d’être offert régulièrement par la nouvelle professeure Élisabeth Mercier, le second est offert de manière plus exceptionnelle. Le département bénéficie cette année de l’expertise d’une étudiante au doctorat, Zohreh Mehdizadeh-Hendekhaleh, à qui la charge de cours a été confiée.
Deux autres candidats au doctorat ont aussi été invités à offrir des cours existants dans le domaine de spécialité de leur thèse, auxquels ils vont assurément apporter une touche personnelle : Magali Paquin enseignera Sociologie politique (SOC-2125), et Simon-Pierre Savard-Tremblay, Sociologie économique (SOC-2142). Voici un bref descriptif de ces cours.

SOC-2158 Médias et culture populaire
Professeure : Élisabeth Mercier

Introduction aux principales approches qui permettent l’analyse critique des médias et de la culture populaire. Le cours aborde notamment la tradition des études culturelles (cultural studies) ainsi que les processus de production, de réception et de circulation de sens dans la société. Dans une perspective sociologique, différents phénomènes médiatiques, pratiques et produits culturels contemporains pourront être examinés : célébrité, alimentation, communautés de fans, sports, technologies numériques, sous-cultures, etc.

SOC-2115 Introduction à l’étude des sociétés du Moyen-Orient (Question spéciale de sociologie I) 
Chargée de cours :
Zohreh Mehdizadeh-Hendekhaleh

Ce cours propose une introduction à l’étude des dynamiques sociopolitiques et économiques des pays du Moyen-Orient. On analyse d’abord « l’Orientalisme », discours dominant de la représentation historique du Moyen-Orient en Occident. Le Moyen-Orient est ensuite reconsidéré comme une mosaïque de minorités et d’ethnicités ayant des spécificités socioculturelles les distinguant les unes des autres et se traduisant en expériences variées du sentiment d’appartenance et d’identité nationale. L’étude des minorités, du clivage ethnique de la région et des mouvements nationalistes conduit à l’examen des dynamiques politiques des sociétés du Moyen-Orient ayant des régimes autoritaires, démocratiques ou quasi démocratiques. La question des États pétroliers et des États rentiers est aussi importante pour comprendre comment sont organisées leurs structures économiques et de quelles manières l’économie pétrolière a affecté l’industrialisation, l’urbanisation et la modernisation de la région. La dernière partie propose une analyse critique du rapport de genre, de la structure de la famille et des droits des femmes.

SOC-2125 Sociologie politique
Chargée de cours : Magali Paquin

Spécificité et autonomie relative du système politique; rapport dialectique entre systèmes politiques. Analyse critique de phénomènes politiques (ex. : corruption « administrative », socialisation, culture politique, domination, hégémonie) et de la dynamique sociale et politique (violence, répression, etc.) dans la perspective des analyses structuraliste, fonctionnelle, systématique et marxiste.

SOC-2142 Sociologie économique
Chargé de cours : Simon-Pierre Savard-Tremblay

Analyse sociologique des institutions et des activités économiques. La nouvelle sociologie économique : réseaux, institutions et acteurs économiques; économie « encastrée »; économie et écologie politique. Typologie des systèmes économiques. Genèse et évolution du capitalisme. La grande entreprise : origine, évolution. Les économies émergentes : étude de cas. L'économie canadienne dans un contexte de mondialisation.

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Chronique des 2e et 3e cycles

Par Richard Marcoux

richard marcouxLes inscriptions pour les cours et séminaires à la session d’hiver 2017 débuteront le 21 novembre. Afin de vous guider dans vos choix, voici l’horaire provisoire des cours de la session d’hiver 2017, ainsi qu’un descriptif des nouveaux cours.

L’horaire provisoire s’est légèrement modifié depuis la parution du dernier bulletin. Cet horaire provisoire est celui à considérer.

 

Lundi

Mardi

Mercredi

Jeudi

Vendredi

8h30 à 11h20

 

SOC-7156 / NRC 24957

L’approche des parcours de vie en sociologie

 

 

Charles Fleury

 

SOC-7101* / NRC 23624

Analyse quantitative de données

(jumelé à SOC-4101)

 

Marie-Ève Harton

 

12h30 à 15h20

SOC-7123 / NRC 20540

Théories sociologiques générales

 

Daniel Mercure

 

 

SOC-7143* / NRC 20552

Résistances dans l’économie mondiale II (1975-aujourd’hui) (jumelé à SOC-4043)

 

André C. Drainville

SOC-7152 / NRC 22504

Sociologie et genre

 

Élisabeth Mercier

 

SOC-6101 / NRC 20541

Séminaire de maîtrise

 

Madeleine Pastinelli

 

15h30 à 18h20

 

SOC-7100* / NRC 20546

Méthodes qualitatives

(jumelé à SOC-4100)

Sylvie Lacombe

SOC-7108 / NRC 21612

Sujet spécial : Liberté, libéralisme et néolibéralisme

 

Olivier Clain

SOC-7148 / NRC 21472

Symboles et fonction symbolique

 

Olivier Clain

 

 
Voici maintenant les descriptifs des cours donnés à l’hiver, en ordre de sigle.

SOC-6101 Séminaire de maîtrise
Jeudi 12h30-15h20
Professeure : Madeleine Pastinelli
Cours obligatoire.

Discussion des projets de mémoire en cours.

SOC-7101 Analyse quantitative de données
Jeudi 8h30-11h20
Chargée de cours : Marie-Ève Harton
Ce cours ne peut être choisi par l'étudiant qui a suivi le cours de premier cycle SOC-4101.

Méthodologie de la mesure. Construction des indices. Validité et sûreté. Analyse multivariée. Analyse de régression et modèles structuraux. Analyse typologique. Analyse factorielle. Modèles en sociologie. L'étudiant devra effectuer certaines analyses de données en utilisant le progiciel SPSS.

SOC-7108 Sujet spécial : Liberté, libéralisme et néolibéralisme
Mercredi 15h30-18h20
Professeur : Olivier Clain

On discutera principalement du poids de l’idéal de liberté dans la dynamique de la modernité et de la représentation que le libéralisme a donnée de lui-même et de cette dynamique en pensant la transformation effective des pratiques comme sa réalisation. En amont, on examinera les conditions de sa naissance et les manières dont notre tradition philosophique lui a fait écho, alors qu’en aval, ce sont les spécificités de la rationalité néolibérale et les fonctions idéologiques de sa définition de la liberté comme adaptation aux règles de la compétition entre toutes les tentatives d’adaptation au marché qui retiendront notre attention. 

SOC-7123 Théories sociologiques générales
Lundi 12h30-15h20
Professeur : Daniel Mercure
Ce cours s'adresse exclusivement aux nouveaux étudiants en sociologie admis aux études supérieures.

Dans un premier temps, le cours présente les fondements de la démarche sociologique et une synthèse des contributions à la discipline des principaux auteurs classiques, notamment Durkheim, Marx et Weber. Par la suite, quatre paradigmes d'analyse sont examinés de plus près : les méthodes interprétatives, l'analyse dialectique, le fonctionnalisme et le structuralisme.

SOC-7143 Résistances dans l’économie mondiale II (1975-aujourd’hui) [auparavant : Praxis globale contemporaine]
Ce cours ne peut être choisi par l'étudiant qui a suivi le cours de premier cycle SOC-4043.
Ce cours peut être choisi par l’étudiant qui n’a pas suivi le cours Résistances dans l’économie mondiale I.
Mercredi 12h30-15h20
Professeur : André C. Drainville

Ce cours est une introduction générale aux résistances à la mise en ordre néolibérale de l'économie-monde capitaliste. La période examinée s'ouvre avec les premières émeutes contre le FMI et se termine par le récent mouvement des occupations. Sont étudiés : les résistances étudiantes, les foules globales, l'altermondialisme, la multitude, l'action directe, etc. À partir d'épisodes concrets, le cours présente comment les forces sociales s'installent sur les terrains de l'économie mondiale et ce qu'elles inventent comme manière d'être et de lutter dans le monde.

SOC-7148 Symboles et fonction symbolique
Jeudi 15h30-18h20
Professeur : Olivier Clain

On propose de distinguer de manière plus tranchée que ne l’ont fait les théories du 20e siècle les notions de signe, de symbole, de fonction et de système symboliques. En partant de l’étude d’un certain nombre d’entre elles, il s’agit de repousser la tentation de substantialiser « le symbolique », de disjoindre ce qui vient du groupe et ce qui vaudrait pour le singulier, ce qui tient lieu d’injonction du collectif à se rapporter sous un certain mode aux objets ou aux positions sociales symbolisés et ce qui manifeste toujours, de quelque manière, la résistance en chacun à celle-ci.

SOC-7152 Sociologie et genre
Mercredi 12h30-15h20
Professeure : Élisabeth Mercier

La sociologie du genre a pour objet les processus sociaux de différenciation et de hiérarchisation des femmes et des hommes, du féminin et du masculin qui sont transversaux à l’ensemble des espaces sociaux. Ce séminaire aborde des enjeux actuels touchant divers champs de la sociologie (travail, politique, éducation, etc.) en les interrogeant du point de vue du genre, des principales notions et des principaux concepts qui y sont associés (division sexuelle du travail, intersectionnalité, épistémologie du point de vue, travail de care, sexualités, hétéronormativité, etc.), dans une approche à la fois théorique, empirique et épistémologique.

SOC-7156 L’approche des parcours de vie en sociologie
Mardi 8h30-11h20
Professeur : Charles Fleury

L’approche des parcours de vie a connu un développement majeur au cours des dernières décennies, tant sur les plans théorique, conceptuel que méthodologique. L’objectif de ce séminaire est d'initier l'étudiant à cette perspective générale, qui permet de concevoir les questions de recherche de façon systématique en regroupant, dans un cadre cohérent, les nombreuses dimensions de la vie sociale. Après avoir présenté les grands principes au cœur de cette approche, le séminaire illustre la variété des champs sociologiques auxquels cette perspective de recherche peut être appliquée. Il discute également des grands défis méthodologiques posés par cette approche.

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Projection du documentaire - Un monde du travail en mutation

La société ne cesse d’évoluer et le monde du travail n’échappe pas à ses grands changements. Pour rendre compte de cette réalité, Daniel Mercure, professeur titulaire au Département de sociologie et Pierre Fraser, docteur en sociologie de l’Université Laval, ont produit un documentaire intitulé Un monde du travail en mutation. La projection aura lieu le 22 novembre prochain et sera suivie d’une table ronde avec un panel d’invités prestigieux. Le Bulletin s’est entretenu avec Monsieur Mercure qui a généreusement accepté de répondre à nos questions.

Bulletin de sociologie : Le documentaire s’intéresse aux mutations dans le monde du travail et aux nouveaux paradigmes du travail. De quelles mutations s’agit-il, et de quels nouveaux paradigmes sera-t-il question ?

Daniel Mercure : Il s’agit des mutations qui ont cours depuis une trentaine d’années, et ces mutations comportent
daniel mercureplusieurs éléments. Un des premiers éléments est en réponse à la crise des années 1970 et 1980 qui se traduit en une vaste quête de flexibilité technique et fonctionnelle de la part des organisations. Cette quête de flexibilité va conduire à des transformations de l’organisation du travail, des manières de travailler, du contenu du travail, et aussi des formes d’emploi, par exemple avec l’émergence du travail atypique. Quand cette première vague de transformations a commencé dans les années 1980, des changements techniques ont été introduits pour rendre plus souples et plus flexibles le milieu de production de biens et de dispensation de service. À cela s’est ajouté une politique de polyvalence de la main-d’œuvre. Ces changements techniques sont susceptibles d’améliorer le monde du travail. Très rapidement, on s’est demandé si ces changements conduiraient à moins de division du travail et à moins de parcellisation des tâches.

Or, cette première vague de transformations a été suivie par une deuxième vague de transformations, transformations liées à la flexibilité numérique. La flexibilité numérique est l’ajustement fait par les organisations de leur niveau de main-d’œuvre selon la demande. Ainsi, alors qu’on pensait qu’on tendait vers la fin du travail en miettes, on s’est retrouvés de plus en plus avec des miettes de travail, c’est-à-dire qu’environ 38% à 40% de la main-d’œuvre a un emploi atypique. Il s’agit d’un premier ordre de transformations liées à des changements d’ordre structurel, c’est-à-dire liés à des transformations économiques, à la mondialisation, à des changements techniques et technologiques dans les milieux de travail, à une concurrence effrénée entre les différents pays et à des délocalisations d’emploi, et qui vont donner lieu à des nouvelles formes d’organisation du travail.

Avec le thatchérisme et le reaganisme, il y a eu aussi une dérèglementation, et progressivement une financiarisation accrue du monde du travail avec des exigences d’intensité au travail beaucoup plus élevées. Ces transformations vont par la suite se traduire par de nouvelles pratiques managériales qui visent à accroitre l’implication subjective au travail. Il s’agit là du cœur des nouvelles pratiques managériales. Une série de programmes, soutenus par de nouvelles pratiques de gestion humaine, vont développer d’abord une individualisation de la relation au travail – ce qui va ébranler les syndicats – et ensuite une personnalisation des modes de gestions de la main-d’œuvre. Les individus connaissent donc un isolement par rapport au collectif du travail.

Quand on regarde les transformations du travail, il ne faut pas seulement, me semble-t-il, regarder uniquement la transformation de la place du travail dans la société. Il faut aussi regarder celle de la société dans le travail. Il y a là des changements culturels importants, et dans le documentaire on aborde cela, c’est-à-dire les nouvelles attitudes et les nouvelles valeurs de la main-d’œuvre qui s’expriment par des attentes et des aspirations nouvelles, lesquelles sont de plus en plus captées et instrumentalisées par les nouvelles pratiques de management pour accroitre la performance au travail. Voilà un tableau de fond des principaux changements qui sont de l’ordre de changements structurels, de l’organisation du travail, des nouvelles formes de flexibilité et des changements dans les pratiques managériales et dans les pratiques de gestion.

BdS : D’où est venue l’idée de produire ce documentaire ?

projection documentaireDM : Il faut voir que le documentaire présente les transformations du travail, et que mon objectif était d’aller chercher la lecture du monde syndical de ces transformations en s’intéressant à comment il voit, réagit et s’ajuste à ces transformations. Le parti pris du documentaire, ce n’est pas d’aller chercher l’opinion de chefs d’entreprises, d’employés ou de représentants syndicaux à tel ou tel endroit. Il s’agissait plutôt d’aller chercher la lecture d’ensemble que font deux personnes-clé dans le monde du travail et dans le monde syndical aujourd’hui, à savoir le président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), et la présidente de la Centrale syndicale du Québec (CSQ), en leur demandant quelle est leur lecture des changements, comment ils vivent et s’adaptent à ces changements, et quels en sont les défis. Par exemple, la présidente de la CSQ souligne que la surcharge de travail et la précarité de l’emploi sont deux grands objectifs en ce moment, ce qui signifie que ce sont deux choses difficilement vécues dans l’univers du travail.

À cette dynamique des changements s’ajoute une autre dynamique, celles des transformations de la main-d’œuvre. Nous avons demandé aux deux présidents syndicaux s’ils constataient des changements dans les valeurs et les attitudes de la main-d’œuvre, et comment ils s’y ajustaient. On ne s’intéresse donc pas seulement à l’organisation du travail ou à ce qui est vécu dans le monde du travail, mais aussi aux transformations de la main-d’œuvre, de ses attentes, de ses aspirations, tout en essayant de saisir comment le monde syndical se positionne par rapport à ces changements. S’ajoute ensuite la question des grands changements sociaux. Pour eux, ces changements sont surtout des changements autour du monde du travail. Leur vision d’ensemble des changements nous intéresse pour comprendre le rôle que les syndicats se donnent aujourd’hui et leurs manières de se positionner face aux changements, face aux attitudes et aux nouvelles valeurs des travailleurs. Et puis, troisième autre élément, le management. Nous leur avons demandé comment ils perçoivent les pratiques du management aujourd’hui, s’ils considèrent qu’il y a des changements dans leurs manières de faire, dans leurs pratiques, et comment ils se positionnent à ce sujet.

Enfin, c’est cette lecture du social qu’on voulait aller chercher, parce que comme sociologue, ce qui m’intéresse, c’est de voir comment eux ils voient les changements dans notre société et particulièrement dans le monde du travail, et comment ils se positionnent à l’intérieur de ça. Le documentaire est donc plus près d’une lecture sociologique que d’un simple positionnement sur les relations de travail vécues ici et maintenant, vécues dans un tel milieu.

BdS : Pourquoi jugiez-vous important d’accorder une attention particulière au point de vue syndical dans le documentaire ?

DM : Parce que ça ne s’est pas beaucoup fait. Ce qui se fait généralement, c’est d’aller chercher l’opinion de quelques employés, hommes ou femmes d’affaires et quelques personnes vivant des expériences de travail ici et là, de sorte qu’il n’y a pas une lecture d’ensemble. Je ne voulais pas rester en surface et, à mon avis, c’eut été le cas si on avait multiplié les intervenants. D’autres documentaires présentent les transformations du monde du travail à partir du discours des chefs d’entreprises. Il me semble que peu avait était fait afin de donner cette lecture du monde syndical.

Ce qui ressort de ce documentaire, c’est vraiment une vision pondérée du positionnement des grandes centrales syndicales par rapport aux changements. Je trouve important d’avoir cette lecture parce qu’il y a un discours qui stigmatise les syndicats. On nous dit d’un côté que les syndicats sont là pour défendre la sécurité d’emploi, ce qui est vrai, mais il y a aussi autre chose. Et en même temps, on dit : « les syndicats font fermer les entreprises », alors qu’un travailleur dans un syndicat, la dernière chose qu’il veut, c’est de perdre son travail. Alors il y a beaucoup de clichés, beaucoup de stéréotypes. Une manière d’évaluer la situation, c’est de s’adresser à deux personnes qui sont au sommet des centrales et de voir comment ils se positionnent. On voit dans le documentaire que c’est souvent très nuancé et que les syndicats ne sont pas contre les changements techniques, la formation d’autres associations ou encore la professionnalisation d’anciens syndiqués.

Ce n’est pas tout le monde qui a la chance d’assister aux différents colloques qu’organisent les syndicats. Il y a donc une fausse image qui est véhiculée au sujet des syndicats. Ils n’ont pas envie de tout casser et de détruire leur emploi : ils veulent l’améliorer. Ils ont envie d’être respectés et d’avoir une juste part des profits des entreprises. Vous allez ressentir ce caractère pondéré en écoutant le documentaire.

À partir du moment où on leur demande de soulever les principaux problèmes, il y a une chose qui ressort assez fréquemment, soit l’inadéquation croissante entre l’ensemble des lois du travail et les nouvelles pratiques à travers par exemple, les agences d’emploi. La question des lois du travail, notamment par rapport au travail précaire, est une question centrale. Dans une société comme la nôtre, au Québec, les syndicats ont joué un rôle très important. Les mesures sociales, l’éducation, la santé, la santé-sécurité au travail, sont un ensemble de mesures qui ont été soutenues et stimulées et souvent initialement mises de l’avant par les syndicats. Par contre, notre manque de connaissance historique fait souvent qu’on oublie cet autre rôle des syndicats qui est celui d’œuvrer dans la société pour créer un peu plus de justice sociale, sans nécessairement s’enliser dans une dynamique qui vise à tout casser. Il y a de la maturité dans les syndicats, et vous allez le sentir dans le documentaire.

BdS : Pouvez-vous présenter brièvement les panélistes qui participeront à la table ronde à la suite de la projection du documentaire ?

DM : Il y aura moi, sociologue du travail depuis une trentaine d’années, qui a travaillé surtout sur la flexibilité et plus récemment sur l’éthos du travail, c’est-à-dire les attitudes, les valeurs et les croyances qui conduisent à une manière de vivre le travail. Il y a ensuite Jean Bernier, professeur émérite, à la retraite, et spécialiste du droit du travail. Jean Bernier est l’auteur d’un rapport qu’on appelle le rapport Bernier, un rapport très important sur l’emploi atypique et les lois du travail. Il me semblait très pertinent qu’il soit là. Ensuite, il y a Louise Chabot, la présidente de la CSQ, qui regroupe surtout les gens dans le domaine de l’enseignement, mais pas que ça. C’est une présidente de centrale qui est élue démocratiquement, par l’ensemble des membres des syndicats, des fédérations de ces syndicats. On a affaire à quelqu’un de très important, qui est à un niveau stratégique, et c’était ça l’idée. L’autre panéliste, Jacques Létourneau, est le président de la CSN, qui est l’une des plus anciennes centrales syndicales au Québec. La CSN regroupe à peu près tous les secteurs, aussi bien dans le privé que dans le public, allant du domaine de la santé au secteur du bâtiment et de la construction.

Enfin, il est rare qu’on parvienne à réunir deux présidents de centrales syndicales, représentant environ un quart de million de travailleurs. Après la présentation du documentaire, il y aura un débat avec le public pendant environ une heure et les principaux intervenants seront les deux présidents qui pourront répondre à toutes les questions.

Rendez-vous le mardi 22 novembre à 19h30, à l’Amphithéâtre Hydro-Québec du Pavillon Alphonse-Desjardins. L’entrée est libre.

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Conférences et événements

Conférence de Paola Tubaro
«Le phénomène "pro ana" : Troubles alimentaires et réseaux sociaux »

Mardi 8 novembre 2016, 11h30
Pavillon Charles-de Koninck - local 5172

Depuis désormais quinze ans, une panique morale s’est instaurée autour des sites internet accusés de prôner l’anorexie («pro-ana») et d’inspirer à la maigreur extrême («thinspiration»). Mais pendant longtemps, le manque de données de qualité sur la fréquentation de ces sites avait laissé dans l’ombre les motivations, les comportements et le ressenti de leurs usagers. La recherche que je vais présenter vise à sortir de cette impasse en appliquant une perspective de sociologie des réseaux sociaux à l’étude de ces communautés web. Elle pourfend plusieurs idées reçues, en montrant que les liens qui se tissent en ligne créent des modes de socialisation inédits pour des personnes autrement marginalisées, qui compensent en partie les lacunes perçues dans les services de soins, mais qui ne se traduisent pas pour autant en un rejet généralisé des normes médicales. Le «pro-ana» ne se présente plus alors comme un dérapage de la liberté de parole en ligne, ni comme un phénomène de niche. Il apparaît plutôt comme un symptôme des transformations, plus profondes et plus vastes, qui investissent aujourd’hui la santé, tout en dégageant de nouvelles pistes de ré exion, notamment sur le potentiel des ressources numériques pour véhiculer du soutien social et contribuer à améliorer la prestation des services de santé publique. 

Paola Tubaro est sociologue et chargée de recherche au CNRS à Paris-Saclay. Elle s’intéresse aux réseaux sociaux et organisationnels, et aux transformations socio-économiques liées aux technologies numériques.

Conférence-midi du CRAD
« Autour de la ville : aspects des périphéries dans les aires métropolitaines italiennes »

Conférencière : Antida GAZZOLA, professeure à la Faculté d'architecture, Université de Gênes
Jeudi 10 novembre 2016, 12h
Pavillon Félix-Antoine-Savard – local 1613
Entrée libre

Dans la plupart des pays européens, les banlieues ont été depuis quelques décennies l’objet de craintes, d’intérêts, d’analyses et de réflexions de la part de citoyens des villes et de métropoles, des élus, de la presse et des experts de différentes disciplines, mais aussi de la part des habitants des banlieues. On présentera le résultat de plusieurs enquêtes réalisées en Italie dans dix grandes villes avec le but d’étudier le rapport entre le malaise social et la dégradation urbaine.  

Conférence de Frédérique Garnier
« Gestion et vieillissement : les organisations du savoir au défi »

Mardi 15 novembre 2016, 12h30 à 15h30
Pavillon Charles-De Koninck - local  3470

Dans le cadre du séminaire doctoral Les transformations du rapport au travail animé par le professeur Daniel Mercure, Frédérique Garnier, vice-présidente conseil de CGI, offre une conférence ouverte au public.

Le vieillissement global de la population qui s’observe dans la plupart des organisations par l’augmentation de l'âgefrédérique_garnier médian des salariés et en particulier des gestionnaires ainsi que l’enjeu lié à l'attraction et à la rétention des jeunes talents constituent un double défi exigeant de la part des organisations certains ajustements. Ce double défi s’ajoute à la quête essentielle de productivité et de compétitivité. Comment les organisations peuvent-elles, à travers leurs gestionnaires, s'adapter à cette nouvelle réalité ? Quels sont les défis auxquels les gestionnaires sont confrontés et comment ces défis teintent-ils leur rapport au travail ? Après une présentation du contexte de gestion et une sensibilisation aux différentes facettes du vieillissement, madame Garnier présente sa réflexion sur la gestion adaptative dans le contexte d’organisations apprenantes.

Madame Garnier est cadre supérieure chez CGI, le plus grand fournisseur de services en technologies de l’information (TI) au Canada opérant partout dans le monde. Sa pratique actuelle de gestion est centrée sur les enjeux des organisations au regard du vieillissement de leurs cadres. Elle s’intéresse également aux impacts de la prestation électronique de services sur l'organisation publique, sur l'organisation du travail ainsi que sur la gouvernance des services publics. Depuis juin 2016, Madame Garnier siège au Comité national d’éthique sur le vieillissement.

Conférence de Dominique Guillo
« Les sciences sociales et les animaux : nouvelles perspectives, nouveaux débats »

 Mardi 15 novembre 2016, 14 h
Pavillon Charles-De Koninck - local 3244

dominique_guilloDepuis une dizaine d’années, le regard porté par les sciences sociales sur les animaux s’est considérablement modifié. Certains chercheurs considèrent même qu’il faut leur reconnaitre une forme d’agentivité. Ces recherches récentes ont conduit en retour à renouveler les questionnements et les vifs débats théoriques autour des fondements de la sociabilité humaine, de la culture et de la place de l’homme dans l’environnement naturel.

Dominique Guillo est sociologue et directeur de recherche au CNRS (GEMASS, CNRS-Paris Sorbonne)

Conférence-midi du CRAD
« Une 'lutte des places'? Recompositions et trajectoires socioéconomiques de villes petites et moyennes dans le concert de la mondialisation »

Conférencier : Josselin TALLEC, Laboratoire interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires, Université Toulouse – Jean Jaurès
Jeudi 17 novembre 2016, 12h
Pavillon Félix-Antoine-Savard - local 1613
Entrée libre

Les travaux contemporains portant sur les formes et dynamiques territoriales du développement économique soulignent le rôle structurant des grandes villes et métropoles dans la croissance et la création de richesse. Seules entités urbaines à même de faire face à la recomposition des échelles territoriales de l’activité économique dans le contexte de la mondialisation, le devenir des équilibres socio-économiques des territoires imposerait un recours permanent à une «innovation», ici entendue sous l’angle d’initiatives entrepreneuriales tournées vers la valorisation de résultats scientifiques. Par effet induit, ces démarches et initiatives renforceraient la compétitivité et l’attractivité de ces mêmes territoires. Dès lors, la promotion et la diffusion de ces objectifs dans les différents champs de l’aménagement et du développement territorial semblent peu adaptées aux contextes des villes petites et moyennes françaises. L’étude des conditions de l’émergence de ces nouvelles formes d’activités illustrent des territoires intégrés au concert d’une «économie de la connaissance» mondialisée. 

Conférence sur les arts martiaux
« Les arts martiaux : une question médiatique et de culture populaire ».

Jeudi 1er décembre, 14h
Pavillon Charles-De Koninck - local 1245

Deux documentaires de sociologie visuelle ouvriront la conférence afin de plonger les participants  dans la réalité sociale des arts martiaux. Le premier conférencier, Yann Ramirez, qui viendra directement de France, traitera de la crise que vivent les arts martiaux traditionnels en lien avec le rôle des médias. Par la suite, Olivier Bernard illustrera l'importance sociale des arts martiaux à travers l'étude de l'univers culturel du cinéma. Enfin, Pierre Fraser abordera les arts martiaux par l'oeil de la caméra et de la sociologie visuelle. La conférence se conclura par une période de questions.

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Le Département dans les médias

Dans cette rubrique, vous trouverez une compilation des plus récentes apparitions médiatiques des membres du Département de sociologie.

Dominique Morin dans un reportage sur les places éphémères

La journaliste Carolane Paquet a invité Dominique Morin à participer à un reportage télévisuel sur les places éphémères qui se multiplient dans les quartiers centraux. Ils y discutent de la dynamique de la création et de l’appropriation d’un espace de vie de quartier. Ce reportage est le premier de l’édition du 4 octobre de l’émission Mise à jour Québec.

Raphaël Létourneau sur les ondes de CKIA

Étudiant à la maitrise avec mémoire, Raphaël Létourneau était de passage le 7 octobre dernier à Québec Réveille sur les ondes de CKIA 88.3. Il critiquait l’interdiction par le SPVQ de la manifestation du 30 septembre revendiquant le salaire minimum à 15 $, ainsi que l'attitude du maire Labeaume lorsqu’il a été questionné à cet effet au conseil municipal. Pour entendre son entrevue, allez à la minute 31 du podcast.

Pascal Dominique-Legault dans Le Devoir

Candidat au doctorat en sociologie à l’Université Laval, Pascal Dominique-Legault a publié le 4 novembre dernier une lettre d’opinion dans Le Devoir. Cette lettre propose que la Commission publique d'enquête annoncée par la ville de Québec pour traiter de la surveillance policière des journalistes soit élargie au mandat d'enquêter sur l'Affaire GAMMA. Pascal Dominique-Legault souligne également l’importance d’enclencher une discussion sur la surveillance indépendante et continue des opérations policières et des corps policiers québécois.

Parallèlement à cette lettre, un article de Sarah Champagne dans Le Devoir traite du cautionnement du profilage politique au niveau de la haute direction du SPVM. L’article se fonde entre autres sur certains documents que Pascal Dominique-Legault a obtenus dans le cadre de sa recherche doctorale.

Pour nous informer de vos interventions dans les médias, écrivez à bulletin@soc.ulaval.ca.

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Dossier - Portraits d'étudiants étrangers

Le Département de sociologie accueille chaque année des étudiants étrangers. Cette année, ce sont quarante-et-un étudiants étrangers* qui sont inscrits au Département. Le Bulletin s’est entretenu avec quatre d’entre eux afin d’en connaitre davantage sur leur expérience de mobilité.

Certains étudiants viennent dans le cadre d’un séjour d’études à l’étranger, alors que d’autres accomplissent l’intégralité de leurs études ici, au département. C’est le cas de Lise, native de Vendée en France, qui accomplit sa maitrise en sociologie avec stage. Simin vient de Téhéran en Iran, et elle fait son doctorat en sociologie tout comme Baptiste, qui est pour sa part originaire de Strasbourg en France. Claire d’Assise Nduwamariya, arrivée de Kigali au Rwanda, fait une maitrise avec stage. Ces quatre étudiants ont accepté notre invitation à discuter de leur expérience.

Motivations à venir étudier à l’Université Laval

Chez les étudiantes et étudiant interrogé(e)s, c’est d’abord le désir d’acquérir une nouvelle expérience à l’étranger qui les a poussé(e)s à venir étudier à l’Université Laval. Certains n’avaient jamais mis le pied en terre québécoise avant de s’engager dans leurs études supérieures, alors que pour d’autres, il s’agissait d’un retour dans les universités canadiennes.

lise poisblaudDans le cadre de sa licence en psychologie et en sociologie à l’Université Pierre Mendès France de Grenoble, Lise a étudié une année à l’Université d’Ottawa. Afin de se replonger dans une forme d’enseignement qu’elle a aimée, Lise désirait poursuivre ses études supérieures « de l’autre côté de l’Atlantique ». Si elle avait d’abord envisagé retourner à l’Université d’Ottawa, cette idée de départ s’est modifiée lorsqu’elle a pris connaissance des programmes offerts par les universités québécoises : « La renommée de l’Université Laval, le programme offert et les professeurs du département de sociologie m’ont motivée à venir étudier ici », précise-t-elle.

Faire le doctorat en sociologie à l’Université Laval s’est présenté en quelque sorte comme une évidence pour Baptiste, qui était déjà familier avec le département. Baptiste a accompli sa dernière année de licence (équivalent du baccalauréat) ici au département. De retour à Strasbourg, Baptiste entame un master en démographie, et réalise le temps d’un semestre son travail de recherche à l’ODSEF, ici à l’Université Laval. Au terme de sa maitrise, Baptiste a travaillé pendant un an en tant que statisticien-démographe à l'Institut de Recherche pour le Développement de Dakar, au Sénégal. Le parcours de Baptiste était presque tracé pour qu’il poursuive au doctorat avec Richard Marcoux : « Mon parcours en démographie et mon année à Dakar ont ensuite renforcé nos intérêts à travailler ensemble », souligne-t-il.

Pour Simin et pour Claire d’Assise, leur première visite au Canada concorde avec le début de leurs études. C’est l’envie d’étudier dans une nouvelle université et de se mêler à de nouvelles manières de faire et de penser la sociologie qui les a motivées à venir étudier à l’Université Laval. Selon elles, il est important pour tout étudiant en sciences sociales de varier les lieux de formation afin d’élargir ses horizons de compréhension. Simin, pour sa part, a été séduite par le programme de doctorat en sociologie principalement en raison des affinités qu’elle a reconnues entre ses intérêts de recherche pour la famille, la nuptialité et les méthodes quantitatives, et celles de Richard Marcoux, son directeur de thèse.

Claire d’Assise voulait absolument découvrir ce qui se faisait ailleurs. Elle raconte comment la recherche d’une université hors Rwanda pour faire ses études de deuxième cycle remplissait ses soirées et aussi celles de ses ami(e)s. Enfin, c’est le côté bilingue du Canada et le programme de stage avec maitrise qui ont attiré son attention : « Je dirais que c’est vraiment un programme unique. Quand j’ai vu ça, ça a attiré mon attention, et je me suis dit : ‘c’est vraiment ce que je veux faire !’ ».

La question de l’intégration

Tous les étudiants rencontrés ont affirmé toujours maintenir le contact avec leur famille et leurs amis dans leur paysbaptiste beck d’origine, même s’il s’agit parfois d’une tâche difficile en raison de la distance qui les sépare. C’est pourquoi les visites de la famille et, si possible, les retours dans le pays d’origine sont souvent souhaités : « Je tente de retourner chaque année en Iran pour visiter mes parents, ma sœur et mes amis », témoigne Simin. Les parents de Simin sont d’ailleurs venus la visiter cet été pour la première fois. Baptiste a également reçu la visite de sa famille et de ses meilleurs amis. Dans le cadre d’un doctorat qui s’étale sur plusieurs années, Baptiste compte rentrer « à l’occasion » à Strasbourg. Claire d’Assise n’est pas retournée au Rwanda depuis son arrivée au Québec, et sa famille n’est toujours pas venue la visiter. Par contre, les diverses technologies lui permettent de rester en contact avec sa famille et ses ami(e)s. Pour sa part, Lise confie que la vie en France ne lui manque pas, puisqu’elle s’est recréé un cercle social ici à Québec : « Ma vie pour le moment est à Québec et je m’y suis bien adaptée. Je ne suis pas retournée en France depuis mon arrivée et n’ai pas encore prévu y retourner ».

Lise s’est particulièrement bien intégrée au Québec, en particulier grâce à son implication dans les comités exécutifs d’ACCÈS - elle est maintenant représentante des affaires académiques - et de la revue Aspects sociologiques, où elle est au poste des communications. Lise témoigne que s’impliquer de la sorte dans la vie départementale était un défi qu’elle a aimé surmonter : « M’investir dans vie départementale était quelque chose de méconnu. Il faut dire qu’en France, les associations étudiantes ne sont pas autant développées, et quand je suis arrivée ici j’ai eu l’impression inverse, ce qui m’a motivé à m’y investir. Je me suis dit que de m’y impliquer était un bon moyen d’apprendre et d’enrichir mes compétences ».

Pour Baptiste, ce sont les activités hors de l’Université qui lui ont permis de créer des liens : « Avec les étudiants québécois il peut s'avérer difficile de dépasser la relation d'étudiant à étudiant. Les activités hors université m'ont beaucoup aidé à m'intégrer ». Simin souligne également les difficultés qu’elle a rencontrées, et plus spécifiquement vis-à-vis la société québécoise qu’elle trouve plus ou moins tolérante face aux immigrants. À ce jour, Simin témoigne que son cercle d’amis est exclusivement constitué d’Iraniens. Arriver au Québec a été en quelque sorte un choc pour elle, qui ne s’attendait pas à étudier dans une université offrant des cours seulement en français. Simin remercie des professeurs qui lui ont permis lors des séminaires, de faire ses interventions et de rédiger ses essais en anglais. Malgré le fait que Simin comprenne très bien le français, elle a fait le choix de rédiger sa thèse en anglais.

Claire d’Assise NduwamariyaPour Claire d’Assise, la langue a été aussi un défi pour elle à ses tout débuts. Malgré des études primaires et secondaires en français, Claire d’Assise avait complété son baccalauréat et avait travaillé le temps d’une année dans un institut de recherche en anglais. Accomplir sa maitrise en français était donc un défi pour elle : « Quand le professeur parlait, lui, je le comprenais, mais je ne comprenais pas les étudiants. Au début c’était vraiment difficile, mais après je me suis adaptée ». Claire d’Assise mentionne également que si, au début, ses amis étaient principalement d’origine africaine, son réseau s’est tranquillement élargi grâce aux rencontres qu’elle a pu faire entre autres dans le cadre des séminaires.

Des différences dans les modes d’enseignement

Unanimement, les étudiants rencontrés témoignent qu’il y a une grande différence entre les manières d’enseigner la sociologie ici et celles dans leur pays d’origine. Pour Simin et pour Lise, il semble que la relation entre professeurs et étudiants soit complètement différente. Il serait possible de créer davantage de liens avec les professeurs d’ici. Simin confie qu’elle apprécie grandement le climat très amical qui règne au département. Lise, quant à elle, apprécie le soutien des professeurs : « Le soutien et la disponibilité des professeurs sont des avantages non négligeables et quimalheureusement sont moins présents en France. Ce qui m’a le plus marqué est que les professeurs ont à cœur la réussite des étudiants ». Claire d’Assise souligne qu’au Rwanda, il y a une confusion entre « sociologie » et « travail social ». Venir au Québec a été un moyen pour elle de s’engager dans des études qui lui permettraient de se rapprocher de ce qu’elle aime réellement, c’est-à-dire la recherche de terrain en sociologie.

En raison de ces différences dans les manières d’enseigner la sociologie, les étudiants ont dû se confronter à desimin shafiefar nouvelles manières de faire et de penser, ce qui fait opérer un changement en soi, tel que Claire d’Assise l’exprime : « Les étudiants étrangers, on a vraiment une grande expérience parce qu’on découvre ce qui se fait ailleurs. On découvre non seulement du point de vue des études, mais aussi au niveau de la vie quotidienne. Ça change la manière de penser et d’agir ». Lise souligne comment la diversité culturelle peut enrichir l’expérience de tous dans le cadre des études, des stages ou de l’emploi : « L’apport essentiel d’un étudiant étranger serait son ouverture d’esprit, sa vision et son expérience qui peuvent être différentes des individus de la société d’accueil ». Les étudiants venus d’ailleurs peuvent apporter leur touche d’originalité enrichissant la vie départementale.

Et pour la suite ?

Les étudiants rencontrés sont tous animés par le désir d’apprendre. Pas surprenant que cette curiosité intellectuelle les anime dans la poursuite de leurs études. Claire d’Assise et Lise envisagent les études doctorales, alors que Simin et Baptiste, tous deux au doctorat, sont encore bien motivés par leurs études.

*Pour l’année 2016-2017, douze étudiants viennent dans le cadre d’un séjour d’études à l’étranger, alors que le reste, soit vingt-neuf d’entre eux, sont inscrits en tant qu’étudiants réguliers.

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Dossier - La fusion d'ACCES avec le RÉSUL

La fusion entre les associations étudiantes de premier cycle (RÉSUL) et des cycles supérieurs (ACCES) est en voie de s’officialiser. Le 27 octobre dernier, ACCES s’est positionnée : les cotisations des membres d’ACCES seront désormais versées au RÉSUL, faisant d’ACCES un membre du RÉSUL. Le Bulletin s’est entretenu avec deux membres de l’exécutif du RÉSUL et d’ACCES, respectivement Charlotte Desplat et Louis-Pierre Beaudry, afin de saisir les enjeux autour de cette fusion.

Les associations étudiantes

Le RÉSUL et ACCES sont deux associations étudiantes de sociologie qui fonctionnent de manière séparée, quoiqu’elles soient dotées de mandats similaires. D’une part, le RÉSUL est le Regroupement des étudiantes et étudiants en sociologie de l’Université Laval. C’est une association de premier cycle qui regroupe tout(e)s les étudiant(e)s qui sont inscrit(e)s à au moins un cours de premier cycle en sociologie et qui paient leur cotisation. ACCES est, pour sa part, l’Association des chercheuses et chercheurs étudiants en sociologie. Cette association regroupe tous les étudiants de 2e et de 3e cycle. Dans les deux cas, l’exécutif des associations est élu à la session d'automne pour une durée d'un an.

Une fusion qui se prépare depuis longtemps

La fusion de ces associations se prépare depuis longtemps : « C'est ma troisième année en sociologie à l'université et j'en entends parler depuis que je suis arrivée », mentionne Charlotte. Louis-Pierre souligne que cette question est depuis longtemps sur la table et qu’elle a connu depuis lors des avancées, mais aussi certains reculs. Par contre, depuis deux ans, le projet semble de plus en plus concret : « Un comité a été créé afin d'écrire une charte commune aux associations dans l'objectif de lancer le processus de fusion des associations. Cette charte est maintenant écrite et est en voie d'être entérinée par les associations lors d'assemblées générales ». Si l’ACCES s’est fusionnée au RÉSUL, la charte commune au nouveau RÉSUL n’est toujours pas officiellement entérinée. En effet, cette charte sera discutée, voire remaniée, lors d’une assemblée générale commune avec les membres du RÉSUL et de l’ancien ACCES.

Pourquoi fusionner ?

Les motivations derrière la fusion concernent principalement la possibilité de diminuer le dédoublement des tâches : « En diminuant le nombre totaux d'exécutant(e)s et en augmentant la masse d'étudiant(e)s, et en conséquence les sources de financement, plusieurs étudiant(e)s croient que nous pourrons améliorer considérablement le dynamisme de la nouvelle association », souligne Louis-Pierre. Charlotte, pour sa part, rappelle le gain à faire quant aux liens et les échanges qui peuvent se créer entre étudiants de premier cycle et des cycles supérieurs, qui partagent d’ailleurs déjà le même local : « La fusion permettrait d'apprendre toujours plus les uns des autres. Je pense que des échanges intercycles peuvent être très intéressants et que l’association est un lieu favorisant des échanges d'idées florissants ».

Il semblerait également y avoir une disparité « entre l’énergie et les moyens financiers des associations », rapporte Louis-Pierre. Le RÉSUL est actif dans l’organisation d’événements, mais limité financièrement, ce qui contraste avec ACCES, qui se trouve dans la situation inverse : « ACCES vote en assemblée générale des budgets généreux pour l'organisation des activités, mais la plus faible mobilisation des étudiant(e)s des cycles supérieurs fait en sorte que ces fonds stagnent et demeurent pour la plupart inutilisés », poursuit Louis-Pierre. C’est d’ailleurs un point qui est souligné par Charlotte, qui voit la complémentarité des deux associations, animées par un réel esprit de « camaraderie » : « Les membres d'ACCES sont invités aux activités du RÉSUL et plusieurs y participent, et ACCES est présente lorsqu'il s'agit d'aider le RÉSUL à combler le déficit que pouvait entraîner la réalisation de certains projets ». Ainsi, fusionner les associations permettrait de joindre des forces respectives, soit d’une part les moyens financiers d’ACCES et, d’autre part, la capacité de mobilisation du RÉSUL. Le but serait « d’augmenter notre pouvoir d’action et d’organisation », témoigne Louis-Pierre.

Un RÉSUL qui s’élargit

Le RÉSUL s’élargira en englobant désormais les étudiants de deuxième et de troisième cycle. En payant leurs cotisations au RÉSUL et non plus à l’ACCES, les membres d’ACCES deviendront officiellement membres du RÉSUL. En conséquence, les cotisations des étudiants de 2e et de 3e cycle passeront de 5,00 $ à 17,50 $ dès la session d’hiver 2017. Or, cette cotisation serait provisoire, puisqu’elle sera probablement renégociée lors d’une assemblée générale ultérieure avec tous les membres du nouveau RÉSUL. De plus, si la fusion des associations a été votée en assemblée, la dissolution d’ACCES n’a pas encore eu lieu. Cette dissolution aura peut-être lieu à la fin de la session d’automne 2017. De manière analogue, le RÉSUL tel qu’il se présente maintenant, c’est-à-dire l’association des étudiants de premier cycle en sociologie, devra se prononcer par rapport à la nouvelle charte lors d’une assemblée générale ultérieure.

Vous avez des questions concernant le fonctionnement de votre association ? Vous désirez vous impliquer ou en connaitre davantage sur les assemblées générales ultérieures ? Écrivez à resul@asso.ulaval.ca et/ou à acces@asso.ulaval.ca.

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Portrait d'étudiant - Hubert Armstrong

Hubert Armstrong est étudiant à la maitrise en sociologie avec mémoire. Son mémoire s’intéresse à l’entrée dans la parentalité et au cheminement des parents d’un ou de plusieurs enfants. Impliqué dans plusieurs projets, Hubert est également auxiliaire de recherche et d’enseignement, employé au ministère de la Famille du Québec, rédacteur d’un numéro d’Aspects sociologiques en préparation et est papa depuis un an. Il a généreusement accepté de s’entretenir avec le Bulletin.

Bulletin de sociologie : Où en êtes-vous dans votre parcours académique ?

hubert armstrongHubert Armstrong : J’ai débuté mon baccalauréat en sociologie, ici à l’Université Laval, à l’automne 2011, pour, une session plus tard, le laisser sur la glace en raison d’une grève – historique – dont plusieurs se rappellent, j’en suis certain. J’ai complété mon baccalauréat à l’automne 2014 pour ensuite, dès l’hiver, sauter vers la maitrise, à laquelle je suis toujours inscrit. J’ai eu la chance de travailler comme auxiliaire de recherche et d’enseignement, de réaliser un laboratoire de recherche des plus formateurs, de faire des rencontres mémorables et de créer des amitiés qui resteront, j’en suis convaincu.

BdS : Pourriez-vous présenter votre sujet de mémoire et votre intérêt pour celui-ci ? Quels constats s’en dégagent jusqu’ici ?

HA : Mon mémoire porte principalement sur le chemin qui mène à la parentalité, que j’étudie jusqu’à la venue du dernier enfant chez les parents qui ont plus d’un enfant. Autrement dit, je m’intéresse à la période de la vie qui précède l’entrée dans la parentalité autant qu’au cheminement individuel et la plupart du temps conjugal entre la venue du premier et du dernier enfant. L’intérêt que je porte à ce sujet était d’abord surtout lié à une idée répandue dans l’espace public et au constat empirique que l’âge du parent à la naissance du premier enfant ne cesse d’augmenter et que le taux de natalité est en baisse. Je voyais là un objet de recherche pertinent pour comprendre la signification que donnent les parents au fait d’avoir eu un ou des enfants, et de quelle manière ces derniers s’inscrivent dans leur parcours de vie. Bien que le terrain ne soit pas encore tout à fait terminé, les principaux constats qui ressortent des entrevues sont que les rapports à la parentalité se différencient beaucoup. Chez certains, le fait de devenir parent était comme une fatalité, en ce sens qu’ils savaient qu’un jour ils seraient parent, sans toutefois en connaitre le moment exact. D’autres laissent mûrir l’idée très longtemps et attendent « le bon moment » qui nécessite la réalisation de plusieurs étapes dans leur vie : scolarité terminée, emploi stable, maison, conjoint stable, etc. Enfin, d’autres ont pu passer dix, quinze voire même vingt ans en affirmant ne pas vouloir d’enfant pour ensuite arriver à un moment « charnière » de leur vie où la venue d’un enfant devait être là ou jamais. Il y a plusieurs chemins qui mènent à la parentalité et il est très intéressant de comparer les expériences et aventures qui façonnent les parcours de chacun pour mieux les comprendre.

BdS : Vous préparez un numéro d’Aspects Sociologiques sur la famille. Pourriez-vous élaborer sur vos motivations dans la préparation de ce numéro ainsi que sur son processus d’élaboration ?

HA : Un peu dans la lignée de mon mémoire de maîtrise qui porte sur la « fondation d’une famille », l’idée de diriger un numéro sur la famille m’est venue naturellement avec ma complice Valérie Harvey. Ayant chacun un intérêt de recherche pour la famille et comme nous nous impliquions tous les deux dans la Revue Aspects sociologiques, nous avons décidé de préparer un numéro portant sur la famille et les diverses formes et dynamiques qu'elle englobe : l’entrée dans la parentalité, la grand-parentalité et les solidarités intergénérationnelles, le rôle des proches-aidants, les rapports entre parents et leurs enfants devenus parents, etc. Petit « scoop » : le lancement du numéro devrait avoir lieu en septembre 2017, idéalement à la rentrée universitaire.

BdS : Pourriez-vous décrire en quoi consiste votre emploi au ministère de la Famille ? Y a-t-il des rapprochements à faire avec votre sujet de mémoire ?

HA : Je travaille depuis mai dernier au ministère de la Famille, principalement sur les parents qui doivent combiner études et vie familiale. Axé principalement sur les besoins de garde des étudiants-parents, le projet de recherche m’a amené à fouiller la littérature et les statistiques sur le sujet. Ce rapport devrait sortir l’année prochaine, tout comme un bulletin Quelle famille? dont la responsabilité m’a été confiée et qui dresse un portrait statistique des étudiants-parents au Québec. Ce bulletin devrait également paraitre au cours de l'année 2017.

On peut aussi voir dans ce projet des liens avec mon mémoire de recherche, puisque l’entrée dans la parentalité ne suit plus une séquence linéaire entre scolarité, marché du travail et fondation d’une famille. De nos jours, plusieurs poursuivent leurs études tout en fondant une famille et plusieurs autres effectuent un retour aux études tout en étant déjà parents. Dans les deux cas, on se retrouve dans la même réalité d’une articulation entre vie familiale et études – et pour une grande majorité, un travail salarié vient s’ajouter à l’équation.

BdS : Vous êtes également père de famille, comment se vit la conciliation travail-études-famille ?

HA : Si vous trouviez que le concept de famille revenait un peu trop souvent à votre goût dans le portrait de l’étudiant, eh bien que je sois moi-même devenu papa à l’automne 2015 d’une merveilleuse petite fille, n’y est pas une donnée sans importance. Consacrer du temps pour la famille, du temps pour les études et du temps pour le travail demande une organisation plus importante qu’auparavant, comme je m’y attendais. Cependant, une fois qu’on a réussi à tout articuler ensemble, on éprouve un sentiment de satisfaction qui nous motive à continuer.

BdS : Quels sont vos projets pour la suite ?

HA : Justement, cette motivation à continuer à faire de la recherche en sociologie reste toujours très présente. J’ai adoré mon expérience académique jusqu’à présent et je n’ai pas envie de m’arrêter là. Laissant toujours la porte ouverte à d’autres opportunités d’emplois, j’ai l’intention de m’inscrire au doctorat l’automne prochain. Et oui! Continuer de chercher, continuer d’apprendre… On y prend goût avec les années. Comme le dit si bien Fred Pellerin dans une de ses chansons : « L’important c’est pas de savoir, mais de jamais arrêter de chercher, pour ceux qui viendront après toé! ». 

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Soutenance de thèse

Soutenance de thèse de Bruno Bourliaguet.

Le 18 novembre 2016, 14 h- DKN-3470 (salle du conseil de la FSS)

Titre : Le conseil scientifique à la Maison-Blanche. Acteurs, fonctions, pouvoirs.
Direction de recherche : Olivier Clain

Résumé de la thèse : La question du développement et de l’institutionnalisation du conseil scientifique de la présidence américaine constitue le coeur de cette thèse. Elle se situe au croisement de la sociologie de la science et de la sociologie politique, tout en débordant sur celles des élites, des organisations, de l’innovation et du développement durable. Elle commence par écrire l’histoire de cette institution depuis la Seconde Guerre mondiale en suivant à la fois les réorganisations administratives dont elle a été l’objet et les enjeux politiques qu’elle a cristallisés. Elle le fait en l’intégrant à l’histoire plus générale des transformations marquantes de la société américaine. Cette mise en perspective permet de justifier une périodisation qui se synchronise en grande partie aux mutations qui affectent la première économie mondiale et qui divisent l’histoire du conseil scientifique à la Maison-Blanche en trois grandes époques : de 1933 à 1974, de 1974 à 1989 et de 1989 à 2016. Dans un second temps, la thèse propose une sociographie des conseillers qui travaillent au sein du bureau exécutif du président. En privilégiant l’analyse comparative entre les première et dernière périodes, cette étude révèle une modification sensible du recrutement en matière d’âge, de reconnaissance académique, de réalisation professionnelle et de représentation disciplinaire. Elle permet surtout de repérer l’apparition d’un nouveau type de conseiller, à savoir le scientifique qui a réussi une carrière d’entrepreneur en valorisant une innovation technologique. L’analyse suggère que cette évolution, comme celle des conditions formelles et informelles de l’exercice du conseil, traduit l’apparition d’un nouveau type d’intégration de la science, de la technologie et de l’économie guidée par la priorisation de la croissance et du développement.

Pour mieux comprendre cette intégration, la thèse étudie ensuite les fonctions manifestes du conseil scientifique et celles que l’analyse peut reconstruire. Dégagées de leur contingence, on verra que ces dernières changent peu sur l’ensemble de la période. Le conseil de la présidence sert de façon régulière à légitimer, crédibiliser et faire performer les politiques suivies par l’exécutif américain, mais surtout à officialiser des politiques pour les élever au titre de référence. Ce faisant, en même temps qu’il traduit la nouvelle fonction de la technoscience dans les domaines militaire et économique, le conseil scientifique qui s’exerce au sein de l’exécutif de la première puissance mondiale participe d’un élargissement décisif de la réflexion sur l’exercice du pouvoir, d'un élargissement de cet exercice, de la circulation de cet exercice qui accompagne sa rationalisation dans les temps modernes et qui depuis le XVIIIe siècle se cantonnait pour l’essentiel à un détour par la science de l’économie politique. Se pose alors avec acuité la question de l’étendue des pouvoirs de ces conseillers au sein du gouvernement, une question qui est traitée ici au croisement de différentes théories proposées par les politistes, les philosophes et les sociologues, de Mintzberg à Foucault en passant par Bourdieu. Même si elle conclut à la relative inaptitude du pouvoir technocratique à se cristalliser en se personnalisant, la thèse n’entend nullement minimiser sa réalité ni le pouvoir plus spécifique qu’exercent les conseillers. Elle tend en effet à reconnaître une forme particulière de pouvoir technocratique, délégué et institué par le pouvoir politique, celui des conseillers, qu’elle qualifie de « pouvoir d’influence ». Elle précise les conditions d’affirmation de cette influence, circonscrit son périmètre d’expression et discute de sa nature. De manière concrète, elle offre d’éclairer sous un jour différent les politiques actuelles de la présidence Obama conduites par des technocrates que cette administration a abondamment recrutés, comme celle d’une transition énergétique jugée vitale pour freiner le réchauffement climatique. En fait, elle dévoile les ambiguïtés de la fonction de la science dans le développement économique dit « durable ». Elle tend encore à montrer que loin de constituer un exercice moral de la démocratie, mais loin aussi de représenter une atteinte irrémédiable à ses valeurs, les biais de gouvernance découverts par l’analyse relèvent surtout de la pratique « normale » du gouvernement. Finalement, la thèse suggère de considérer les transformations qui affectent le recrutement, les fonctions et les pouvoirs des conseillers scientifiques de la Maison-Blanche comme révélatrices des mutations de la production technoscientifique et des adaptations de la stratification de la communauté scientifique américaine, phénomènes à la source de conflits en gestation.

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Mémoires et thèses électroniques

Voici les mémoires et thèses électroniques qui se sont ajoutés à la collection depuis la dernière parution du Bulletin de sociologie.

Mémoires de maitrise

Marie-Pier Aubuchon
Perspectives d’avenir chez les jeunes atikamekws d’Opitciwan
Direction de recherche : Gérard Duhaime

Ce projet de recherche en sociologie porte sur les aspirations des jeunes atikamekws d’Opitciwan dans le Haut-Saint-Maurice et leur attitude face à l’école et l’emploi. Dans un premier temps, nous dresserons un bref portrait de la situation socioéconomique, historique et politique de la communauté. Ensuite, nous examinerons les données de l’Enquête Nationale auprès des Ménages d’Opitciwan en 2011. Nous retiendrons les données sur la situation socioéconomique de la communauté, en particulier celles portant sur la relation entre l’éducation, l’emploi et le revenu total. Cela permettra de connaître leur dynamique. Dans un deuxième temps, nous tenterons d’identifier les aspirations des jeunes d’Opitciwan à l’aide d’entrevues semi-dirigées. Nous examinerons les fondements de leurs aspirations, c’est-à-dire les représentations que se font les jeunes des possibilités d’avenir, et des moyens de les rendre effectivement atteignables. Afin d’illustrer les résultats différemment, nous dresserons un portrait des jeunes participants en créant des socio-types. Les quatre socio-types seront l’ambitieux, le réaliste consciencieux, l’insécure et le passif. Finalement, nous comparerons les deux analyses afin d’identifier les cohérences et les divergences et d’élucider celles-ci. L’étude permettra de mieux comprendre l’attitude des jeunes atikamekws et de l’ensemble de la population face à l’éducation et l’emploi. Elle permettra aussi de découvrir les besoins de la communauté.

Gabrielle Doucet-Simard
Entre liberté et contrainte : les praticiens de l'art face au métier d'artiste
Direction de recherche : Madeleine Pastinelli
Codirection de recherche : Guy Bellavance

Ce mémoire trouve son origine dans le questionnement que nous avons posé par rapport à nos propres représentations concernant la pratique de l’art lorsque nous avons pris connaissance du plan d’action Québec horizon culture et en particulier du programme de mentorat qu’il offre aux artistes et qui consistent à les jumeler avec des gens d’affaires. Dans ce mémoire, nous avons cherché à comprendre comment les individus qui aspirent à faire de l’art subissent les injonctions du milieu artistique et les valeurs qu’il véhicule, de même que les exigences à propos de l’art véhiculées plus généralement dans la société. Notre intérêt s’est porté sur les représentations endossées par les artistes en lien avec la façon de subvenir à leurs besoins matériels. Plus particulièrement, nous avons cherché à savoir comment les programmes de mentorat auxquels prennent part des artistes participent de cet agencement et si les artistes qui manifestent de l’intérêt pour ces programmes ont une façon différente des autres d’envisager cet agencement. Pour répondre à ce questionnement, nous avons interrogé par des entretiens semi-dirigés des praticiens de l’art mentorés et non mentorés provenant de différents milieux artistiques. Il résulte de notre enquête qu’ils n’accordent pas tous la même place à l’activité artistique dans leur vie et que seulement certains cherchent à subvenir à leurs besoins matériels par l’activité artistique. De ces deux dimensions de la pratique artistique, nous avons conclu que le sens de la pratique artistique varie d’un répondant à l’autre. Nous avons finalement dégagé quatre types de finalité de la pratique artistique : intégrée, récréative, désintéressée et instrumentale.

Jean-Daniel Glazer-Allard
Les représentations du travail des jeunes salariés d'agence de location de personnel
Direction de recherche : Daniel Mercure
Codirection de recherche : Mircea Vultur

Le travail est un phénomène social total au coeur des mécanismes de production et de reproduction de la société moderne. Les changements dans les modes de régulation et dans les représentations sociales que se font les acteurs sociaux du travail font de ce dernier un objet d’étude pertinent pour comprendre les transformations que subissent les sociétés occidentales. Dans ce contexte, les agences de location de personnel deviennent des agents régulateurs adaptés aux logiques du monde du travail postfordiste. L’objectif de ce mémoire est de dégager les formes que peut revêtir le rapport au travail chez les jeunes salariés employés par le biais d’agences de location de personnel. À partir d’un corpus de données empiriques discursives, l’enquête expose le rapport transactionnel que possèdent ces salariés envers les agences de placement. Les analyses plus fines dégagent quatre rapports types envers le travail en agence de placement : le rapport de l’opportuniste, le rapport de l’aspirant, le rapport du contenté et le rapport du résigné. C’est en s’intéressant à l’articulation entre les stratégies individuelles mobilisées, la centralité relative du travail et le cheminement ainsi que les perspectives d’avenir que sont dégagées les logiques inhérentes à chacun des rapports types identifiés, témoignant des multiples formes que peut prendre le rapport au travail des jeunes salariés en agence de location de personnel.

Maziar Jafary
Étude du livre de Daniel Lerner "The passing of traditional society: modernizing the Middle East" et de sa réception par la communauté scientifique
Direction de recherche : Gilles Gagné

Cette étude a pour but de mettre en contexte la thèse de la modernisation psychique de Daniel Lerner, de faire une analyse interne de l’ouvrage et d’étudier sa réception par les sociologues de l’époque. Comme démarche de recherche, dans un premier temps, nous replacerons l’ouvrage dans la situation historique des deux premières décennies de la guerre froide (les années 50 et 60). Ce faisant, nous tenterons de comprendre la logique de la politique de développement des États-Unis à l’endroit des pays en voie de développement et la place des recherches universitaires dans la politique coloniale américaine. L’approche du développement exogène a largement inspiré les politiques étrangères des pays occidentaux et leurs efforts pour lancer le développement des pays plus nécessiteux. C’est pour cela que Lerner se concentre sur l’effet des médias américains, et surtout du Voice of America, pour analyser le rôle que ceux-ci jouent dans le processus de transformation de la personnalité. Pour aborder cette étape de la recherche, nous devrons comprendre davantage le contexte de l’ouvrage et mieux analyser la relation entre les facteurs externes et les éléments internes qui ont influencé la formation de l’ouvrage. Dans un deuxième temps, nous étudierons l’ouvrage de Lerner et nous discuterons des différents aspects relatifs aux changements sociaux que l’ouvrage a examinés. Dans notre analyse de l’ouvrage, nous critiquerons divers aspects de la pensée sociologique de Lerner et sa manière d’interpréter les faits sociaux et les statistiques. Dans un troisième temps, nous réviserons la réception de l’ouvrage par la communauté scientifique de son époque pour obtenir une large vision de la place de l’oeuvre dans l’histoire de la pensée sociologique américaine du développement. Nous établirons une catégorisation des recensions de l’ouvrage portant sur l’approche sociologique de Lerner et nous mettrons ces recensions dans l’éclairage des champs de recherches universitaires américaines. Nous nous concentrerons sur la réception de cette théorie chez les sociologues de l’époque pour comprendre la dialectique entre la thèse qui y est défendue et la société. Ce faisant, nous éviterons de nous éloigner de la sociologie comme étant la discipline de l’étude des liens sociaux et des interactions symboliques et nous éviterons de réduire notre démarche sociologique à une simple étude historique des idées. En gros, nous discuterons de la vision sociologique de l’auteur, de la façon dont son ouvrage a été formé au fil du temps et comment il a été influencé par l’esprit de son époque. De plus, nous verrons comment l’écrivain s’est nourri des théories sociologiques et à quel point il a influencé la pensée sociologique de son temps. Tout cela, en parallèle à l’analyse interne de l’ouvrage, nous permettra de saisir la place de «The Passing of Traditional Society» dans la pensée sociologique américaine. Cette recherche nous aidera à mieux comprendre la vision américaine de l’empathie en tant qu’un élément modernisateur, par rapport à la question du développement dans le contexte historique de l’époque. Cette compréhension nous mènera à approfondir notre analyse des programmes de développement des États-Unis dans le monde en voie du développement. Cette étude nous amènera aussi à élargir notre vision quant aux idées construites et formées dans leur contexte historique (en général) et à découvrir comment la communauté scientifique reste toujours en parti prisonnière de son contexte historique. Cette étude nous permettra de mieux voir les idées (le texte) en relation avec la société, ce qui est vital pour ne pas tomber dans la réduction des idées seulement au texte ou seulement au contexte. En outre, elle nous aidera à comprendre davantage la façon dont la société intervient dans la formation des idées et comment en retour les idées influencent la société.

Deogratias Safali
Étude des retombées économiques d'une mine : cas de Voisey's Bay et du Nunatsiavut
Direction de recherche : Thierry Rodon
Codirection de recherche : Charles Fleury

L'étude porte sur les retombées économiques de la mine de Voisey's Bay sur les conditions socioéconomiques des communautés de Rigolet, Makkovik, Hopedale, Nain et de Postville. Elle adopte une approche multidimensionnelle à la fois descriptive et comparative. Les données utilisées proviennent des recensements de la population de 1991, 1996, 2001 et de 2006 conduits par Statistique Canada. Elle utilise aussi les données de l'Enquête nationale auprès des ménages de 2011. Les données internes à la mine proviennent des Rapports de responsabilités sociales de la firme VBNC qui se charge d’exploiter la mine. Nous avons également en recours aux données des rapports du Gouvernement du Nunatsiavut depuis sa mise en place en 2005. Cette étude s’inscrit dans un contexte d'exploitation des ressources naturelles. Elle montre que, contrairement à des considérations voulant que celles-ci constituent une source de richesses, leurs effets sur les conditions socioéconomiques des communautés locales restent mitigés. Les firmes minières s'acharnent à maximiser leurs profits et les conditions de vie des communautés locales n'en bénéficient que partiellement. Pour notre étude, nous faisons l'hypothèse que cette mine ait eu de nombreuses retombées directes ou indirectes (emplois, achats de biens et services, taxes minières, investissements et redevances) et que celles-ci ont modifié les conditions de vie des communautés concernées. Nous avons opté pour une méthodologie basée sur un modèle de retombées économiques de la mine de Voisey's Bay; un outil conçu avec l'inspiration de la grille d'évaluation des projets miniers, gaziers et pétroliers sur les conditions socioéconomiques de Paul Kishchuk. Ce modèle nous a permis d’analyser les effets de Voisey's Bay sur la démographie, le marché du travail, la scolarité, le revenu et le logement. Les dimensions identifiées font état d’une légère amélioration sur les conditions de vie des communautés, bien que l’effet ne puisse pas être totalement attribué à la mine, étant donné le rôle important joué par le Gouvernement du Nunatsiavut depuis sa création.

Barbara Andrade Sousa
De la clandestinité à la fierté : l'appropriation de l'espace urbain par la communauté gay
Direction de recherche: Dominique Morin

À partir de la décennie 1970, on voit surgir dans la plupart des métropoles en Occident des quartiers comprenant une grande concentration de ménages gays et d’établissements commerciaux destinés à cette clientèle. Les recherches menées sur le phénomène ont négligé de se pencher sur la façon dont la trajectoire de la communauté homosexuelle locale s’articule au parcours historique, politique et urbain de la ville où le quartier est situé. Ce travail vise à combler cette lacune et à éclairer la trajectoire qui a mené la population gay à s’approprier un espace urbain. Il dresse d’abord un panorama des quartiers étant devenus le secteur homosexuel de la ville et de la vie de ses habitants dans les métropoles de San Francisco, Paris et Montréal, à partir de sources secondaires sur l’urbanisation du quartier et sur la communauté gay locale depuis 1900 jusqu’à nos jours. Ensuite, il compare leur évolution selon une périodisation comportant deux axes principaux : l’époque où les homosexuels avaient un vécu clandestin dans la ville et la période où les gays cherchaient à vivre leur sexualité dans la sphère publique. Le résultat montre une trajectoire similaire où la sortie de la clandestinité aboutisse à un quartier ouvert, gentrifié et touristique qui passe par une formation de ghetto liée au contexte économique et politique national, mais aussi au cadre urbain de la ville. En identifiant les facteurs déterminants, il était possible de concevoir l’existence de figures types de quartier gay rendant possible la vie communautaire : le quartier gay portuaire et militant, le quartier symbole d’une culture et le quartier bastion ethnique.

Thèse de doctorat

Pierre Fraser
Les conditions d'émergence de la lutte contre l'obésité
Direction de recherche : Simon Langlois

Rendre compte des conditions d’émergence de la lutte contre l’obésité, c’est aussi rendre compte d’un corps socialement attendu. Ce corps socialement attendu, en Occident, prend racine à la Renaissance dans les discours du peintre Alberti et le corps de justes proportions, de l’éducateur Mercurialis et le corps transformable à volonté, et avec le médecin Vésale et le corps réparable : il s’agit là de trois constantes qui traverseront toutes les époques. Ce corps socialement attendu sera fédéré sous la contenance de soi et la gouvernance de soi issues de la Réforme. De là, une image sociale du corps émerge qui se doit d’être contenu et gouverné, d’où les jugements moraux de plus en plus en sévères portés sur le corps en excès de masse adipeuse. Au XVIIe siècle, dans la foulée des traités de civilités, c’est le passage de l’idée d’être un corps à celle d’avoir un corps dont l’individu est personnellement et socialement responsable, qui culminera, au milieu du XIXe siècle, avec l’introduction de l’indice de masse corporelle, du pèse-personne, du miroir et de la mode : l’individu est désormais maître et esclave de son image des pieds à la tête. Cette quantification de soi aura comme impact de confronter directement l’individu à son propre poids et à ses propres comportements, d’où la mise en place d’une batterie d’interventions à déployer sur le corps pour le maintenir dans une fourchette de poids idéal. Au milieu du XXe siècle, avec la montée du complexe agroalimentaire, de la montée de l’industrie de la restauration rapide, de la transformation profonde du tissu urbain, de l’arrivée massive de l’automobile, de la transformation des emplois de plus en plus orientées vers le secteur tertiaire, se met graduellement en place ce qu’il est convenu d’appeler l’infrastructure de la prise de poids qui entraînera dans son sillage tout un discours de la modération. Le XXIe siècle se donnera pour mission non pas de modifier l’infrastructure de la prise de poids mise en place au XXe siècle, mais de donner à l’individu les moyens de lutter contre la prise de poids à travers le discours de la saine alimentation et de la discipline personnelle. L’obèse ou la personne en simple surpoids est désormais totalement responsable de sa propre condition.

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Publications récentes

Fabrice Fernandez

‪Fernandez, Fabrice, « L’errance sous influence. Les mises en scènes de soi dans le monde de fumeurs de crack », dans Girola C., Jouve E., Pichon P. (dir.), Au temps du sans abrisme. Enquête de terrain et problème public, Saint Etienne : Presses universitaires de Saint-Etienne, 2016.

Jonathan Roberge

ROBERGE, Jonathan, « Critique and the Deliberate Professional: Framing the New and Enhanced Role of Intermediaries in Digital Culture », dans Trede, F. et McEwen, C., Educating the Deliberate Professional, London, Springer, 2016, pp. 47-58.

ROBERGE, Jonathan, « Hermeneutics and Cultural Sociology », dans Inglis, D., The Sage Handbook of Cultural Sociology, London, Sage, 2016, pp. 272-281.

SEYFERT, R. et ROBERGE, J. (eds), Algorithmic Cultures. Essays on Meaning, Performance and New Technologies, London, Routledge, 2016.

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Les brèves

Formations offertes par la Bibliothèque de l’Université Laval

De nombreuses formations pratiques sont offertes par la Bibliothèque au cours des mois de novembre et de décembre. Ces formations peuvent être très utiles pour la recherche et la rédaction de vos travaux universitaires et abordent des aspects variés tels que l’utilisation du logiciel EndNote, l’apprentissage des notions liées à la recherche documentaire, la rédaction en français, la syntaxe et l’accord des verbes.

Consultez l’agenda de la Bibliothèque ou la section Formation de leur site pour en savoir plus.

Bourses de maîtrise et de doctorat de la Fondation de BanQ

Dans le cadre du Programme de soutien à la recherche, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) offre plusieurs bourses de maîtrise et de doctorat respectivement de 9 500 $ et de 12 500 $ chacune pour promouvoir et soutenir les travaux de recherche portant sur les fonds d’archives et les collections patrimoniales de BAnQ, les sujets liés à la mission de BAnQ, ou encore sur les métadonnées des documents de BAnQ et les données produites par les activités de BAnQ. D’autres bourses de séjour (2 500 $) sont offertes pour les chercheurs de l’extérieur du Québec.
Le règlement complet des concours sera disponible au plus tard le 15 novembre. Visitez le http://www.banq.qc.ca/a_propos_banq/bourses_recherche/psr/.

Bourse d'études Yves-Chartier

La Caisse populaire Desjardins de l’Université Laval offre une bourse de 3 000 $ aux étudiants de 1er cycle de tous les programmes ayant l’intention de poursuivre leur formation au niveau de la maîtrise à l'Université Laval.
Les candidatures doivent être soumises avant le 27 janvier 2017. Pour plus d’information et pour tous les détails, veuillez consulter la fiche de cette bourse.

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Dates importantes

Novembre 2016

Mardi 1er novembre
Date limite pour les demandes d'admission à la session d'hiver 2017 pour les candidats québécois et canadiens hors Québec à un programme contingenté de 1er cycle.
Date cible pour les demandes d'admission à la session d'hiver 2017 pour les candidats québécois et canadiens hors Québec à un programme non contingenté des 1er, 2e et 3e cycles

Lundi 7 novembre
Date limite de dépôt des candidatures pour les Bourses d'études de doctorat Trudeau (15 bourses de 40 000 $)

Mardi 15 novembre
Date limite pour l’abandon de cours sans mention d'échec et sans remboursement des droits de scolarité et autres frais pour la session d'automne pour les cours à horaire régulier

Samedi 12 novembre
Journée portes ouvertes pour les futurs étudiants de l’Université Laval, de 10 h à 15 h

Vendredi 18 novembre
Date limite de candidature à la Bourse d'excellence et d'implication étudiante FSS (1 000 $)

Lundi 21 novembre
Début de la période d’inscription à la session d’hiver 2017
Date limite de dépôt des candidatures pour la Bourse d’excellence Louis-Edmond Hamelin (7 000 $) et pour la Subvention à la mobilité Louis-Edmond Hamelin (3 000 $)

 Semaine du 22 au 25 novembre
Semaine de l’éducation internationale. Série de conférences et d’activités au pavillon Charles-De Koninck et au complexe Desjardins-Pollack afin que vous connaissiez vos possibilités d'études à l'étranger et de rencontrer des étudiants ayant réalisé un séjour à l'étranger dans le cadre de leur parcours universitaire.

Décembre 2016

Jeudi 1er décembre
Date limite pour les demandes d'admission à la session d'hiver 2017 pour les candidats québécois et canadiens hors Québec à un programme non contingenté des 1er, 2e et 3e cycles
Date limite de candidature au programme de bourses d’études supérieures du Canada Joseph-Armand-Bombardier – Bourses de maîtrise du CRSH Sciences humaines et sciences sociales (plusieurs bourses de 17 500 $)

Mardi 6 décembre
Marché de Noël responsable 2016, à l’atrium du pavillon Charles-De Koninck, de 10 h à 15 h

Jeudi 8 décembre
Congé – Fête de l’Université

Lundi 19 décembre au vendredi 23 décembre inclusivement
Période réservée aux examens qui ne peuvent avoir lieu aux heures et dans les locaux prévus à l'horaire

Samedi 24 décembre au 2 janvier inclusivement
Congé des Fêtes

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