Bulletin d'information

No 23 - Février 2016

Mot du directeur

Dominique Morin, directeurPar rapport au mot du directeur du précédent Bulletin, je débute celui-ci avec un enthousiasme et une redondance typiques des annonces ministérielles répétées. Le directeur confirme d’abord que le nouveau concours pour un poste de professeur en sociologie annoncé en décembre sera finalement ouvert sous peu, avec un calendrier reporté visant une embauche au cours de l’automne pour de premiers enseignements en janvier 2017. Surveillez la parution de l’affichage très prochainement sur le site Internet du Département de sociologie et sur celui des Ressources humaines de l’Université Laval. Je vous remercie à l’avance de votre collaboration à la diffusion de l’appel pour recevoir les meilleures candidatures.

Un article de ce bulletin présente également Élisabeth Mercier, la candidate retenue par l’assemblée de sociologie pour y devenir professeure dans le domaine des études sur le genre. Elle entrera en fonction le 1er mai prochain. Les professeurs du département ont beaucoup apprécié leurs premiers échanges avec elle et l’entrevue qu’elle accorde au Bulletin nous en apprend un peu plus que son dossier de candidature et les entretiens d’un concours d’embauche. Les étudiants pourront suivre son premier enseignement l’automne prochain.

Olivier Clain, qui est en année d’étude et de recherche (AÉR), a généreusement accepté de faire part aux lecteurs du Bulletin des projets qui l’occupent et l’amènent à l’étranger dans une chronique « carte postale »… plus élaborée qu’une carte postale ordinaire. Il y présente notamment quelques aperçus d’une conférence qu’il a donnée à Berkeley et dont le thème pourrait être repris pour un séminaire à l’Université Laval dans la prochaine année. Cette édition du Bulletin comprend aussi un dossier sur les emplois d’étudiants comme auxiliaires en sociologie ; un portrait de l’étudiant Louis-Pierre Beaudry, récemment nommé au tableau d’honneur de la Faculté des études supérieures et postdoctorales à la suite du dépôt de son mémoire intitulé Dans le bois : la sylviculture dans le parcours professionnel de travailleurs immigrants ;et une présentation du magazine Photo | Société que vient de lancer Pierre Fraser, qui offrira d’ailleurs un cours de sociologie visuelle à la session d’été.

Comme le suggère le paragraphe précédent, les directeurs des programmes et moi sommes en ce moment à composer l’offre de cours et de séminaires pour l’année académique 2016-2017, et à établir les prévisions budgétaires et d’activités départementales qui l’accompagnent. Déjà, une chronique des directeurs des programmes annonce trois des enseignements à l’horaire de la session d’été. Probablement au début du mois d’avril, nous comptons proposer une rencontre d’information et de discussion avec les étudiants visant à explorer ensemble les activités qu’il serait possible et enrichissant d’organiser avec les ressources du département et éventuellement la création d’un fond d’investissement étudiant (FIÉ) en sociologie : fonds appariant aux cotisations volontaires d’étudiants des contributions de la Faculté, de l’Université Laval et de la Fondation de l’Université Laval destinées à l’achat d’équipement durable et à la réalisation de projets académiques sur proposition d’étudiants y cotisant. La création d’un FIÉ commence par une prise de décision collective des étudiants et il nous apparaît souhaitable de considérer avec eux les besoins et les souhaits des étudiants qui pourraient motiver leur décision.

Je termine ce mot en rappelant la triste nouvelle du décès d’Alfred Dumais le mois dernier. Ce professeur retraité a été très apprécié de ses collègues et de centaines d’étudiants qui ont suivi ses cours et participé à ses séminaires. Sous ce mot du directeur, je rends personnellement hommage au professeur et collègue qui m’a introduit à une approche compréhensive de la théorie sociologique.

Dominique Morin

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Hommage à Alfred Dumais (1936-2016)

Par Dominique Morin, directeur

Alfred Dumais, professeur retraité, est décédé à son domicile le 18 janvier. Nous le savions malade et il nous a quittés avec la discrétion qu’on lui connaît. Les professeurs et les étudiants qui ont bien connu et apprécié Alfred ont été surpris et très attristés d’apprendre son décès.

Alfred Dumais, professeur (1936-2016)Son enseignement aura été important pour des centaines de sociologues qu’il a introduits à la sociologie compréhensive. Nous gardons aussi de lui le souvenir d’un homme souriant, bon, généreux et d’une très agréable compagnie.

Alors que j’étais étudiant, j’ai eu le privilège de participer à son séminaire sur les méthodes interprétatives, puis de réaliser sous la direction d’Alfred un programme de lectures sur la tradition herméneutique, la sociologie compréhensive et la sociologie phénoménologique. C’était au début des années 2000. Alfred arrivait alors à l’âge habituel de la retraite. Mais il allait continuer encore longtemps d’amener de nouvelles générations d’étudiants à se laisser interpeller par les textes de grands auteurs qu’il connaissait très bien, parce qu’il les avait beaucoup fréquentés. Ses proches disent que même en vacances, il avait toujours un livre à portée de la main.  

J’ai ensuite eu l’honneur de devenir le collègue d’Alfred Dumais, douze ans plus tard. Alfred enseignait toujours. Il fut assurément l’un des plus généreux professeurs de l’histoire de l’Université Laval en nombre d’années d’enseignement. Il y a quelques semaines, il est venu me saluer dans le bureau du directeur, sans que nous nous doutions que ce serait notre dernière conversation. Il me rendait les clés de son bureau, tout en comptant bien revenir très bientôt au bureau des professeurs retraités que nous allions aménager. Homme de vocation, il était très attaché au Département de sociologie.

Au-delà du choc de la nouvelle et de la tristesse, le décès d’un proche suscite deux sentiments étroitement liés : l’incompréhension de ce qui advient et le sentiment d’une appartenance troublée. D’où le besoin de se réunir et de se recueillir pour raviver des souvenirs réconfortants.

Certains des écrits d’Alfred nous disent qu’il cherchait à inscrire sa vie dans la continuité d’une tradition dont le sens peut aider à dépasser les moments difficiles. Il concevait la foi comme ce qui devait relier le croyant à sa communauté, ainsi qu’à une histoire à poursuivre ensemble comme un projet ouvert, sensé et cohérent.

Il a consacré la majeure partie de sa vie professionnelle à l’étude et à l’enseignement de la théorie sociologique dans le même esprit. Cette activité était pour lui un prolongement d’une tradition philosophique remontant à l’Antiquité : celle d’une recherche de l’être et du sens derrière les misères et les incohérences de nos vies. Je vous cite un passage éloquent du professeur Dumais à ce propos : « La théorie est plus qu’un instrument. C’est une forme de vie. Elle poursuit des objectifs, entretient des rêves et soutient même des causes. »

Alfred communiquait cette forme de vie qu’est la théorie. Il savait le faire par le commentaire inspirant de ce qu’elle peut révéler. Il le faisait aussi par sa disponibilité de lecteur et d’interlocuteur nécessaire auprès des étudiants. C’est par eux et grâce à cette présence attentionnée du professeur que la vie de la sociologie peut continuer.

Merci Alfred! 

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Chronique des 1er, 2e et 3e cycles

Pavillon Charles-De-KoninckL’été semble peut-être encore loin, mais il prend tranquillement forme au Département de sociologie, du moins pour ce qui touche l’offre de cours estivale qui promet quelques nouveautés.



Nouveau cours en sociologie visuelle

Le Département de sociologie offrira cet été un nouveau cours de sociologie visuelle, ouvert à tous les cycles d’études.Le cours a été conçu et sera donné par Pierre Fraser, chargé de cours au département, qui a réalisé plusieurs documentaires et vient également de lancer une revue spécialisée en sociologie visuelle que nous présentons dans ce Bulletin.

Le cours aura lieu le mardi soir, de 18h30 à 21h20, parfois en classe et parfois à l’extérieur sur le terrain, pour saisir en images différentes réalités sociales et en rendre compte.

Descriptif du cours : L’image est partout. L’image prédomine. Il y a là toute une dimension visuelle et sociale qui est mise en action et qui conditionne nos vies. Le simple panneau routier et le feu de circulation régissent nos déplacements. L’architecture structure nos espaces de vie et nos relations sociales. Le panneau réclame et la publicité communiquent des façons d’être et de consommer. Dans un contexte technologique où chacun est en mesure de produire et de diffuser des images à partir de son téléphone intelligent, où la consommation d’images est inévitable, la sociologie visuelle propose de mobiliser la production d’images, fixes ou animées, pour rendre compte des différentes réalités sociales qui travaillent et traversent la société. Que faut-il pour suivre ce cours ? Un téléphone intelligent muni d’une caméra, ou bien un appareil photographique.

Au 1e cycle, le sigle sera SOC-2156 Sociologie visuelle. Pour les 2e et 3e cycles, le sigle sera SOC‑7108 Sujet spécial: Sociologie visuelle.

Si vous désirez un aperçu de la sociologie visuelle, Pierre Fraser a préparé trois vidéos sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=Ay3KxdDCKI8
https://www.youtube.com/watch?v=ZS4kA6KoY60
https://www.youtube.com/watch?v=SqARWrZMlM0

 

École d’été du Groupe interuniversitaire d’études et de recherches sur les sociétés africaines (GIERSA)

Pour une 8e édition, l’École d’été du GIERSA offrira le séminaire SOC-7139 Dynamiques des sociétés africaines, du 2 au 20 mai 2016, à l’Université Laval.

Visant à explorer les grandes transformations économiques, politiques, démographiques, sociales et culturelles de l’Afrique subsaharienne contemporaine, cette école d’été privilégie une approche pluridisciplinaire et met l’accent sur la diversité du continent africain.

Ce séminaire de 3 crédits s’adresse aux étudiants des cycles supérieurs en sciences sociales et humaines et accorde la priorité d’inscription aux personnes dont le sujet de thèse, de mémoire ou d’essai porte sur l’Afrique subsaharienne. L’édition2016 sera dirigée par le professeur Charles Moumouni, du Département d’information et de communication de l’Université Laval. Plusieurs collaborateurs et membres du GIERSA seront associés à ce séminaire dont :
Richard Marcoux, Département de sociologie de l’Université Laval
Anne Calvès, Département de sociologie de l’Université de Montréal
Mamoudou Gazibo, Département de sciences politiques de l’Université de Montréal
Bob White, Département d’anthropologie de l’Université de Montréal

Consultez le site du GIERSA pour de plus amples informations.

 

Université féministe d’été (UFÉ)

Cours de 2e et 3e cycles FEM-7003 et de 1er cycle FEM-2000

Cette année, l’Université féministe d’été se déroulera du 22 au 27 mai 2016. Sous le thème « Femmes et santé », cette semaine intensive de formation et d’échanges sera l’occasion d’examiner de façon critique et interdisciplinaire les différents enjeux liés à la santé des femmes, en compagnie de spécialistes de différents domaines. Il y sera question notamment de violence, de migration, d’accès aux soins, du rôle de soignantes, et de la santé sexuelle et maternelle.

La programmation complète sera disponible dans les prochaines semaines à  et sera présentée plus en détails dans le Bulletin de sociologie du mois de mars.

- Pour vous inscrire au colloque, consultez l'onglet « Tarif et inscription au colloque ».

- L’Université féministe d’été permet également d’obtenir 3 crédits universitaires dans le cadre de la formation en sociologie. Vous pouvez vous inscrire en cliquant sur l'onglet « Inscription 1er, 2e et 3e cycles ».

 

 

 

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Entrevue avec Élisabeth Mercier, nouvelle professeure en études sur le genre

Le Département de sociologie vient de procéder à l’embauche d’une nouvelle professeure en études sur le genre. La candidate retenue est Élisabeth Mercier, diplômée de la maîtrise en science de la communication de l’Université de Montréal et du doctorat conjoint en sciences de la communication de l’Université de Montréal, l’UQÀM et l’Université Concordia. Elle est actuellement chercheure postdoctorale affiliée à l’institut de recherches et d’études féministes de l’UQÀM et au Center for Feminist Research York University. Pour vous la présenter, le Bulletin lui a proposé de répondre à quelques questions. Mme Mercier entrera en poste le 1er mai 2016 et enseignera dès l’automne prochain.

Élisabeth Mercier, professeure adjointeBulletin de sociologie : Pouvez-vous nous décrire brièvement votre parcours académique et professionnel?
Élisabeth Mercier : L’essentiel de mon parcours s’inscrit en communication. Il faut dire que tout de suite après le cégep, j’ai eu la chance de travailler dans deux salles de spectacles mythiques à Montréal : le défunt Spectrum et le Métropolis. J’ai donc choisi d’entreprendre un baccalauréat en communication, car je pensais faire carrière dans le milieu culturel. Mais très vite, je me suis intéressée au côté théorique plutôt que pratique de la communication... contrairement à la plupart des étudiants dans le domaine! Plus spécifiquement, ma rencontre avec les cultural studies a été déterminante et m’a amenée à vouloir poursuivre mes études aux cycles supérieurs. Des auteurs comme Raymond Williams et Stuart Hall m’apprenaient que les objets de la culture populaire et les pratiques du quotidien qui m’intéressaient étaient des objets de recherche valides et valables. Ils m’apprenaient surtout que la culture, au même titre que le travail intellectuel lui-même, n’est pas coupée du reste de la société ni des rapports de pouvoir qui y ont cours.

C’est ainsi que je me suis inscrite à la maîtrise en science de la communication à l’Université de Montréal, et c’est là que j’ai découvert un autre auteur déterminant dans mon parcours : Michel Foucault. Le premier tome de son Histoire de la sexualité (1976) en particulier m’a fait réaliser le rôle incontournable du discours dans la production de savoirs, notamment en matière sexuelle et dans l’exercice du pouvoir. Mon mémoire cherchait à comprendre comment la chirurgie esthétique est devenue une pratique non seulement légitime mais également populaire, voire banalisée, en Amérique du Nord et ailleurs. Il conceptualisait la chirurgie esthétique comme étant à la fois un produit de consommation et une pratique culturelle faisant l’objet d’une mise en marché et d’une mise en discours spécifiques et supportées par différents mécanismes de gouvernementalité.

Par la suite, j’ai entrepris des études doctorales au programme de doctorat conjoint en communication des universités de Montréal, Concordia et UQÀM. Ça a été pour moi une expérience très enrichissante grâce à laquelle j’ai été mise en contact avec les différentes traditions de recherche propres aux trois universités. Entre autres, j’ai pu me familiariser avec les approches queer et postcoloniales qui sont bien représentées à Concordia. J’y ai découvert une auteure comme Gayle Rubin, par exemple, qui invite à se défaire d’une conception non seulement essentialiste, mais également morale de la sexualité, à la considérer comme étant politique au même titre que la race ou la classe sociale.

Ma thèse fait l’analyse des discours sur l’hypersexualisation des jeunes et ceux qui concernent le port du voile au Québec en mettant en lumière les tensions et les enjeux de pouvoir, de normalisation et de moralisation notamment, qui sont au cœur de ces discours. De façon plus spécifique, je montre comment l’hypersexualisation et le port du voile sont apparus comme des problèmes concomitants, au cœur des préoccupations publiques, féministes et médiatiques actuelles. Des problèmes qui cristallisent et qui engendrent bon nombre de craintes et de débats contemporains ainsi que la proposition ou la mise en place d’interventions, de règlements et de politiques publiques comme autant de «solutions» à ces problèmes.

En outre, pendant mes études doctorales, j’ai eu la chance d’enseigner différents cours, notamment en méthodologie de la recherche, sur les approches du genre et de la sexualité en sciences sociales ainsi que sur les théories des médias et de la culture populaire.

BdS : Qu'est-ce qui vous a attiré en sociologie?
ÉM : C’est un changement de discipline auquel j’étais prête et qui s’est fait tout naturellement. D’ailleurs, il y a de nombreuses parentés entre la communication et la sociologie. Ces deux disciplines sont en quelque sorte les fruits des transformations du monde moderne : révolution industrielle, urbanisation, essor des médias de masse. Mais l’un des principaux points de convergence entre les deux disciplines réside à mon avis dans l’acte de rupture similaire qu’elles supposent. En effet, les phénomènes communicationnels, médiatiques et culturels tout comme les enjeux de société en général sont bien souvent appréhendés par le biais du sens commun, de l’opinion. Le premier acte de la démarche de recherche revient alors à effectuer une rupture d’avec ces « évidences », à remettre précisément en question ce sens commun pour la construction l’objet de recherche.

L’inscription de mon travail au sein des études de genre fait également le pont entre les deux disciplines. Le genre est une catégorie d’analyse critique et complexe qui sert à penser toute une série d’enjeux au-delà de « l’évidence » de la distinction sexuelle. Penser en termes de genre sert notamment à interroger les façons par lesquelles cette distinction sexuelle est produite, à remettre en question sa naturalité ainsi qu’à révéler ce que cette naturalisation fait faire. Il s’agit donc d’une posture de problématisation qui est tout à fait cohérente avec la démarche sociologique.

Enfin, je tiens à souligner que j’ai trouvé ici, au Département de sociologie, une qualité d’écoute remarquable et une grande réceptivité à l’égard de mon travail. Je suis moi-même très intéressée par les travaux de mes nouveaux collègues et nous ne manquerons certainement pas de trouver des occasions de collaborer. Je suis aussi impatiente de commencer à travailler avec les étudiants, que ce soit à travers la supervision de leurs projets ou dans le cadre de mes propres recherches. Bref, c’est un département réputé avec une vie intellectuelle dynamique et stimulante à laquelle j’ai très hâte de participer!

BdS : Quels sont vos principaux intérêts de recherche et pourquoi?
ÉM : Mes intérêts de recherche s’articulent globalement autour des questions de genre, de pouvoir et de culture. En fait, je dirais même que c’est la question du pouvoir qui est au cœur de mon travail de recherche. Je m’intéresse au pouvoir en particulier lorsqu’il passe pour naturel, normal, allant de soi. Et à mon sens, le genre et la sexualité sont à la fois des terrains et des outils conceptuels privilégiés pour révéler et interroger les dynamiques du pouvoir. De même que le pouvoir est indispensable pour penser les enjeux de genre et de sexualité. Je m’intéresse également à la culture comme un lieu de luttes de pouvoir pour la production de sens et de valeurs hégémoniques, pour la formation d’identités et d’appartenances, pour la naturalisation de pratiques, de catégories et de positions sociales.

Cet axe pouvoir-genre-culture m’amène à développer des problématiques de recherche particulières et à m’intéresser à différents objets qui peuplent le quotidien : les discours et les problèmes publics, les médias et la culture populaire, les mouvements sociaux, l’espace public. Si j’avais à résumer mes recherches en une phrase, je dirais que je m’intéresse aux enjeux culturels et politiques (ou de pouvoir) du genre et de la sexualité au prisme des différents rapports sociaux desquels ils participent et tels qu’ils circulent dans une grande variété de lieux.

Ce qui motive l’ensemble de mes projets de recherche est la volonté de « penser autrement », pour reprendre une formule de Michel Foucault, des enjeux et des phénomènes d’actualité en interrogeant les évidences et les « pris pour acquis » sur lesquels ils reposent, en examinant les mécanismes et les relations par lesquels le sens est produit et reproduit socialement, en révélant le travail des normes. Cela est d’autant plus important lorsqu’on travaille, comme moi, sur des questions liées au genre et à la sexualité qui font bien souvent appel aux idées reçues, aux valeurs et aux jugements moraux.

BdS : Quels sont vos projets de recherches en cours ou à venir?
ÉM : Le projet de recherche que je mène présentement porte sur des formes contemporaines et controversées de militantisme féministe : les SlutWalks, la dénonciation en ligne du harcèlement de rue et les actions dénudées du groupe FEMEN. Il contextualise l’émergence de ces formes d’activisme et interroge leurs modes particuliers de réception et de représentation dans les médias grand public et dans la blogosphère féministe. Il faut dire que ces mouvements et leurs tactiques de réappropriation du langage, celle de l’insulte « salope » par exemple, de dénuement militant et de mise en scène de la vulnérabilité sexuelle des femmes sur la rue et ailleurs suscitent de nombreuses critiques, en particulier au sein des mouvements féministes.

Parmi les différentes pistes de questionnement qui sont soulevées par ce projet de recherche et que j’entends continuer à explorer se trouve celle de l’activisme et de la prise de parole féministe non seulement sur la rue mais également en ligne, dans l’espace public numérique. Ainsi, mon prochain projet de recherche portera sur les rapports de genre dans les cultures numériques. Plus spécifiquement, je vais m’intéresser à la culture de l’humiliation en ligne et au cas de la « pornographie revancharde » afin de saisir, notamment, les façons par lesquelles la honte et l’humiliation servent à surveiller, discipliner et punir tant la sexualité que la simple présence en ligne des femmes mais aussi d’autres minorités sexuelles et de genre.

BdS : Pouvez-vous déjà nous parler des cours que vous enseignerez à votre entrée en poste ?
ÉM : Étant donné que j’ai été recrutée comme spécialiste des études sur le genre, j’enseignerai les cours et séminaires SOC-4153/SOC-7153 Genre et société à l’automne et SOC-7152 Sociologie et genre à l’hiver. Tel que je les conçois, le premier s’efforcera de penser le genre d’abord et le second de penser avec le genre. En effet, le cours Genre et société présentera les grandes approches théoriques du sexe/genre et quelques-uns des principaux outils conceptuels pour penser le genre. Il s’agira donc d’aborder le genre comme catégorie ou plutôt comme forme de catégorisation sociale, comme objet sociologique, et comme catégorie d’analyse au fort potentiel critique. Le cours Sociologie et genre abordera quant à lui différents problèmes en sociologie du point de vue du genre et de ses dimensions sociales (travail, politique, éducation, espace public, nationalités, etc.). Ce séminaire offert aux cycles supérieurs accordera une place importante aux projets des étudiants et il pourra servir à se familiariser avec les enjeux épistémologiques et méthodologiques liés au concept de genre et à ses usages en sociologie.

Par ailleurs, j’ai le souhait de développer un cours autour de la sociologie des médias et de la culture populaire. Ce cours présenterait différentes traditions « critiques » qui ont abordé ces questions et qui permettent d’étudier, dans une perspective sociologique, des phénomènes médiatiques, des pratiques et des produits culturels contemporains (célébrité, fans, téléréalité, jeux vidéo, sous-cultures et autres). Bien entendu, un tel cours représenterait un espace privilégié pour aborder des questions liées au genre!

BdS : À quoi s'attendre de vous comme professeure?
ÉM : Les deux qualificatifs qui reviennent le plus souvent dans mes évaluations d’enseignement sont « dynamique » et « passionnée ». C’est vrai que j’aime beaucoup enseigner et j’essaie de transmettre aux étudiants mon enthousiasme pour la matière.

Je présente toujours beaucoup d’exemples tirés de l’actualité pour illustrer la matière enseignée mais aussi pour montrer comment la théorie vue en classe résonne avec la vie pratique de tous les jours. Par exemple, comment les enjeux de genre que nous abordons en classe par le biais de leurs principales théorisations font aussi partie du quotidien de chacun de nous, qu’ils informent la réalité sociale.

J’encourage également la participation des étudiants via des discussions et des débats en classe. Cela m’apparaît nécessaire afin que les étudiants puissent non seulement comprendre mais aussi s’approprier la théorie et les concepts enseignés. Évidemment, je m’assure que le climat de la classe soit propice à des échanges ouverts, inclusifs et respectueux. Un tel climat est indispensable, surtout lorsqu’on aborde des sujets sensibles et potentiellement conflictuels tels que ceux liés au genre et à la sexualité.

Par ailleurs, la volonté de « penser autrement » qui anime mon travail de recherche colore également mon enseignement. Mon objectif pédagogique premier est toujours d’amener les étudiants à développer leur esprit critique ce qui suppose, à mon sens, d’apprendre à poser des questions avant de chercher des réponses. De ce fait, j’accorde beaucoup d’importance à la méthodologie et spécialement au processus de problématisation : construire un objet de recherche, développer un questionnement pertinent, faire des choix cohérents quant aux concepts et aux méthodes employés, etc.

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Le département dans les médias

Dans cette rubrique, vous trouverez une compilation des plus récentes apparitions médiatiques des membres du Département de sociologie.
Pour nous faire part de votre passage dans les médias écrits ou électroniques, merci d’écrire à bulletin@soc.ulaval.ca

Gérard Duhaime, dans Le Soleil sur la situation des enseignants au Nunavik
Gérard DuhaimeLe professeur de sociologie et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la
condition autochtone comparée, Gérard Duhaime, est cité dans un article du quotidien Le Soleil au sujet des chocs culturels vécus par les enseignants et travailleurs blancs qui oeuvrent dans le Nord québécois et auprès des différentes communautés autochtones. Ce texte fait suite à la sortie publique d’un jeune entraîneur de hockey, Michaël Cloutier, qui a suscité de nombreuses et vives réactions, alors qu’il a affirmé avoir connu un véritable enfer lors de son séjour dans un village du Nunavik.

Dominique Morin sur les banlieues à l’émission C’est fou…
Le 30 janvier dernier, le directeur du département, Dominique Morin, a été invité à discuter des banlieues et de leur avenir à l’émission C’est fou…, animée par l’anthropologue Serge Bouchard et par un diplômé de sociologie à l’Université Laval, Jean-Philippe Pleau, sur les ondes de ICI Radio-Canada Première. Le thème des banlieues a été abordé en deux parties, lors d’émissions diffusées respectivement les 23 et 30 janvier, et qui sont disponibles en ligne et en baladodiffusion.  

Gilles Gagné sur le parti Option nationale dans Le Devoir
Le professeur retraité Gilles Gagné a publié le texte « Réveiller le courage ! » dans la rubrique « Idées » du quotidien Le Devoir du mercredi 3 février. Il y fait part de sa réflexion critique sur le projet du parti Option nationale de « réveiller le courage » des Québécois, après avoir assisté à leur plus récent congrès.

Valérie Harvey à la table ronde des Humanistes, à Médium Large
La doctorante en sociologie Valérie Harvey participe depuis novembre à l’émission radiophonique Médium Large, à titre de sociologue en résidence de la table des Humanistes. Elle collabore bimensuellement à l'émission de ICI Radio-Canada Première aux côtés d'une psychologue et d'un historien. Vous pouvez écouter ses interventions des dernières semaines, dont celle du 3 février dernier, en ligne ou l’écouter dès 9 h, le 17 février prochain.

Simon-Pierre Tremblay-Savard sur le partenariat transpacifique dans Le Devoir
Simon-Pierre Tremblay-Savard, étudiant au doctorat en sociologie, a publié un texte sur le partenariat transpacifique dans la rubrique « Idées» du quotidien Le Devoir, le 18 janvier dernier. 

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Carte postale d'année d'étude et de recherche: Olivier Clain

Olivier Clain, professeurLe professeur Olivier Clain est présentement en année d’étude et de recherche (AÉR). Le Bulletin a voulu faire connaître ses projets de recherche et les activités qui l’occuperont pour les prochains mois, sous la forme d’une nouvelle rubrique « Carte postale d’un professeur en AÉR ».

Bulletin de sociologie : Comment occuperez-vous votre année d'étude et de recherche, quels sont vos projets?
Olivier Clain : Je me suis donné pour tâche de réaliser deux projets à partir du 1er septembre 2015. Le premier, qui est en même temps le principal, consiste à poursuivre mon travail sur le symbolisme et l’échange que je mène depuis cinq ans avec Roger Ferreri. Plutôt que de saisir l’échange de paroles au titre d'expression de structures inconscientes stables et susceptibles d'une formalisation intemporelle, il s'agit de le concevoir comme la mise en œuvre d'une stratégie qui compose une reconduction des propositions collectives et une résistance au fait que, par la médiation des symboles en lesquels ces propositions collectives s’incarnent, elles font taire la singularité de chacun. Nous supposons ainsi que la parole et le symptôme qui usent de ces symboles expriment avant tout leur « mise en question » et nous appelons « fonction symbolique » ce qui pousse chacun au partage avec l’autre de ce qui en eux fait question pour lui, tandis que nous réservons la notion de « système symbolique » pour désigner l’offre de déplacement entre positions et de mise en équivalence mentale de ces parcours faite à celui qui parle. Autrement dit, notre recherche théorique passe par une distinction tranchée des concepts de symbole, de système symbolique et de fonction symbolique. Le second projet, qui est aussi secondaire en regard du précédent, porte sur un point spécifique de l’œuvre dite « économique » de Marx, à savoir son traitement de « la transformation » de la valeur en prix de production dans les brouillons du Livre III du Capital. Ce thème a donné lieu à la plus longue controverse dans l’histoire du marxisme. Dans les dernières années, j’ai publié sur la question de la loi de la valeur et celle de la baisse tendancielle du taux de profit. Je veux aborder le dernier grand sujet de controverse de la théorie économique de Marx avec la même volonté de clarification qui m’a guidé précédemment.

Mais entre le moment où un professeur présente son projet de recherche pour son AÉR et le moment où celle-ci débute effectivement, il peut s’écouler onze mois, parfois davantage. Notre convention collective rend possible des modifications à une AÉR en cours de réalisation. C’est ce qui arrive à celle que je mène actuellement. Ceci dit, c’est la première fois qu’une de mes AÉR est à ce point redessinée par des sollicitations imprévues. Je m’en réjouis car j’apprécie ce que je n’attends pas, mais qui est susceptible de piquer ma curiosité et fixer mon intérêt. Pour en témoigner, je vais entrer quelque peu dans la petite histoire. À l’été 2015, j’ai lu la thèse de Jan Marsalek, jeune philosophe et sociologue tchèque que je connais depuis plusieurs années. Rédigée en français, elle traite de la dégradation de la « méthode analytique » qui était à l’œuvre dans les philosophies du contrat social de Hobbes et de Rousseau et de sa recomposition en trajectoire argumentative typique de l’analyse sociologique chez Spencer et Durkheim. L’argument m’a plu. Nous en avons discuté par Skype au cours de l’été. Très vite, nous avons conclu qu’on pouvait sans doute généraliser à l’ensemble des histoires des disciplines l’idée d’une perte/dégradation/recomposition des objets scientifiques, mais aussi de ce que nous appelons les « objets épistémiques », qui incluent non seulement la méthode, mais les critères de validation d’une théorie, les instruments et les dispositifs expérimentaux, etc. Nous avons d’abord convenu de tenir une journée d’étude sur ce thème, à Prague, à la fin d’octobre 2015. Le changement d’objet à l’intérieur d’une discipline constitue bien sûr un thème classique de l’histoire des sciences. En outre, il a déjà été abordé en philosophie des sciences par Canguilhem, Kuhn, ou Hacking. Seulement, on a coutume de porter une attention particulière à la production d’un nouvel objet de savoir. Pour notre part, nous avons choisi de discuter de ce que devient l’ancien. De nos contributions respectives, nous avons tiré un texte qui cerne la problématique d’un colloque en philosophie et histoire des sciences. Il se tiendra à Prague les 14 et 15 juin 2016. Ont déjà accepté d’y participer, de réputés historiens et philosophes des sciences en provenance d’Allemagne, de Grèce, de France et de la République tchèque évidemment. Je me réjouis d’avoir pu collaborer à la conception de l’évènement. Je me réjouis tout autant d’y participer à titre de conférencier. Ceci dit, si ce colloque va pouvoir avoir lieu si rapidement, c’est bien entendu grâce au fait que la lourde tâche d’organisation a été entièrement prise en charge par Jan Marsalek et que l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences de la République tchèque a accepté de financer sa tenue.

Deux autres réalisations impromptues ont d’ores et déjà eu lieu. En septembre 2015, j’ai été invité par un groupe de recherche de l’Université de Californie à San Diego à présenter une communication sur un aspect de mon travail en cours. Dans la communication intitulée Symbol and symbolization in Aristotle, Kant and Hegel, donnée le 5 février 2016 devant les membres du groupe Politics, Ethics, Ontology: An Inquiry into the Ontologies of Nature, j’ai repris les résultats de ma recherche menée les cinq dernières années et jeté un regard rétrospectif sur la manière dont trois grands philosophes avaient traité du symbole et du symbolisme. J’ai commencé par évoquer Aristote. J’ai soutenu que même s’il a incontestablement produit une théorie du signe en général et s’il a fait faire un bond à la compréhension du langage en usant de la notion de symbolon pour souligner le caractère conventionnel du signe linguistique, de ses formes sonores ou écrites, il n’a nulle part élaboré de théorie spécifique du symbole et du symbolisme. J’ai affirmé que dès qu’il usait de la notion, il reconduisait en fait les significations typiques qu’elle possédait dans la culture de son temps, parmi lesquelles figurait aussi bien le symbolon comme point de contact entre réalités naturelles différentes et médiation de la transformation de l’une en l’autre. C’est ainsi que dans son fameux traité De la génération et la corruption, il fait de la qualité naturelle -le sec, l’humide, le chaud, le froid- un symbolon qui médiatise les transformations l’un dans l’autre des quatre éléments fondamentaux- la terre, l’eau, le feu, l’air. J’ai avancé que c’est seulement avec Kant que nous assistons à un tournant dans la manière de comprendre les symboles et qu’il était le premier d’une certaine manière à penser ce qu’avec Ferreri nous appelons « la fonction symbolique ». Avec lui le symbole n’est plus un type de signe, naturel, conventionnel ou formel, distinguable des autres signes par des caractères objectifs ou empiriques, mais bien le produit d’une activité subjective de symbolisation. Pour Kant, nous produisons des symboles pour compenser l’impossibilité à représenter directement les contenus des Idées de la Raison, dont pourtant nous usons nécessairement dans notre communication avec les autres. Faute de temps, je n’ai pu déployer convenablement le point comme je l’aurais voulu, mais mon propos visait à souligner le fait que même si chacun d’eux a pu demeurer dans l’ignorance de la chose, « l’impossibilité de représenter » théorisée par Kant aura bien constitué un thème central des grandes théories du symbolisme du 20e siècle de Freud, Durkheim, Lévi-Strauss et Lacan. Pour Freud, c’est bien l’impossibilité de représenter qu’est le refoulement qui force le travail de symbolisation du rêve ou encore la symbolisation à l’œuvre dans le symptôme hystérique. Pour Durkheim, c’est l’impossibilité de se représenter la puissance de la contrainte que le groupe exerce sur la conscience de chacun qui pousse à la symboliser par le principe totémique et l’impossibilité de représenter la totalité sociale qui pousse à la symbolisation du principe lui-même sous la forme du totem. L’impossibilité de représenter est encore ce qui pousse à la symbolisation chez Lévi-Strauss. Tout mythe est selon lui élaboré pour répondre aux « questions » qu’une société éprouve dans son rapport à l’environnement, à elle-même ou aux autres groupes. Les formules de l’analyse du mythe qu’il nous propose, celle de l’analyse standard comme la formule canonique, comportent d’ailleurs chacune un point de résistance à la mise en équivalence parfaite des relations entre groupes de mythèmes, ou entre élément et fonction, de sorte qu’on peut soutenir, comme je l’ai fait à San Diego, que chaque mythe symbolise lui-même l’impossibilité à la symbolisation intégrale des relations imaginaires entre mythèmes. Enfin, chez Lacan, c’est encore l’irreprésentable de l’objet perdu qui pousse à la métonymie du désir; ou l’irreprésentable pour chacun du désir de l’autre et l’absence de son expérience au cœur de la nôtre propre qui pousse à la symbolisation dans la parole de cet irreprésentable et de cette absence. J’ai à peine eu le temps de parler de Hegel et de sa théorie du caractère inconscient de la symbolisation collective. Voilà pour le premier impromptu. Mais il se trouve aussi qu’en octobre 2015, au moment même où je séjournais à Prague, je recevais une invitation du Program of Critical Theory de l’Université de Californie à Berkeley pour prononcer une conférence sur un thème dont j’avais traité à San Diego en 2015. Intitulée The Ideal of Freedom in Modern Times and Beyond. On Liberalism and Neoliberalism, je l’ai livrée le 28 Janvier 2016. Bien entendu, les deux conférences de Californie m’ont demandé un important travail de rédaction et de révision que je n’avais nullement prévu il y a 15 mois, comme cela sera le cas pour celle qui sera donnée à Prague en juin. J’ai donc repoussé à l’été 2016 la mise en œuvre du projet secondaire que je comptais réaliser à l’automne 2015. Mais je vais essayer de maintenir intégralement le plan du travail à mener dans le cadre du projet principal.

BdS : Vous avez présenté une conférence, portant sur la liberté, le libéralisme et le néolibéralisme, pouvez-vous nous en parler?
OC : Oui, vous avez raison, je n’en n’ai rien dit. Je vais commencer par situer son contenu relativement à ceux de deux conférences précédentes qui portaient sur le même thème général. La première, donnée à Montréal en novembre 2014, dans le cadre d’un colloque sur l’Abîme de la liberté, organisé en hommage à Michel Freitag, soutenait que dans sa reconstruction de l’histoire de la modernité ce dernier déployait deux lignes d’argumentation distinctes. La première consiste à partir de l’idéal de liberté individuelle pour en saisir la réalisation progressive dans les pratiques par la médiation de son incarnation dans des institutions comme celles de la propriété, du travail, du droit et du pouvoir, tandis que la seconde partait plutôt des pratiques et des relations réelles qu’elles entretiennent pour saisir l’émergence de l’idéal au titre de rationalisation idéologique de leur institutionnalisation. J’ai soutenu que si la première était sans doute incontournable, c’était cependant la seconde qui méritait d’être privilégiée dans la reconstruction sociologique, car seules sont effectives des incarnations déterminées de l’idéal de liberté qui sont à chaque fois fonction des formes actuelles de la domination et des transformations des pratiques attachées à la propriété, au travail, au droit et au pouvoir. Lors de la seconde conférence, donnée en mars 2015 à l’Université de Californie à San Diego, tout en reprenant une partie de l’argumentation antérieure, j’ai insisté sur l’apport des leçons de Foucault au collège de France de 1977-78 et 1978-79, publiées sous le titre Sécurité, Territoire, Population et Naissance de la Biopolitique, dans l’analyse de ce qui sépare le libéralisme et le néolibéralisme. J’ai pointé qu’il traitait du libéralisme comme d’un discours sur la limitation du gouvernement des hommes qui invente le caractère naturel du marché en transférant la rationalité politique antérieure, celle de l’âge classique, à la réalité nouvelle de l’économie, alors que le néolibéralisme abandonne définitivement tout naturalisme pour faire de la production du marché un objectif politique central de l’action continue de l’État. Mais j’ai surtout proposé une typologie originale des manières dont la liberté fait question pour les hommes et développé sur cette base une déconstruction de la manière dont Hayek définissait la liberté qui me permettait de soutenir que sa définition conjoignait de façon résolument « anachronique » l’opposition statutaire archaïque de l’homme libre et de l’esclave à l’injonction d’obéir aux règles qui assurent la compétition permanente de toutes les tentatives d’adaptation au marché. Je soutenais qu’elle fonctionnait alors comme une rationalisation idéologique qui avait précisément pour fonction de voiler les déterminants effectifs de notre destin collectif contemporain, à savoir la dépendance mutuelle croissante de toutes les actions sur le monde et les nouvelles formes de domination globale. Dans la conférence de Berkeley, j’ai conservé et recomposé l’ensemble de ces arguments en mettant au centre de toute ma perspective la tension du rapport entre « l’idéal de liberté » et la « liberté réellement existante » qui est rapidement évoquée par Foucault sans jamais faire l’objet d’un examen systématique. Je me suis appuyé sur les résultats d’une recherche historique concernant la manière dont s’était constitué l’idéal de liberté en Grèce que nous devons au travail magistral de Kurt Raaflaub. Ce dernier nous a montré comment l’idéal de liberté, et le substantif lui-même qui signe l’apparition de la notion abstraite et générale, n’étaient vraisemblablement apparus qu’au début du 5e siècle avant J.-C., au moment même où, confrontées à la menace Perse, les élites grecques ressentirent au plus haut point l’angoisse de perdre ce qu’elles possédaient déjà mais qu’elles n’avaient jamais su nommer, à savoir « la liberté », eleutheria, alors qu’elles ne disposaient jusque-là que de l’adjectif, eleutheros, et de son usage nominal pour dire « le libre » par opposition à « l’esclave ». Je me suis surtout arrêté à la façon dont l’idéal renaîtra à la fin du Moyen-Âge, grâce cette fois aux formules du droit canon, qui donne aux résistances à la domination des pouvoirs féodaux, et à celle de l’Église elle-même, l’opportunité de s’exprimer dans le langage des « droits subjectifs » avant que les philosophies du contrat ne tentent de faire de la liberté l’essence de la socialité et qu’à partir de la seconde moitié du 18e siècle le libéralisme ne déplace le lieu de sa réalisation, de la manière dont on l’a dit.

BdS : Le thème de cette conférence pourrait donner lieu à la création d'un nouveau séminaire offert aux 2e et 3e cycles, pouvez-vous nous en dire davantage?
OC: C’est l’assemblée des professeurs qui est seule juge des charges de chacun. Mais le directeur va effectivement proposer qu’à l’hiver 2017 je donne un séminaire spécial (SOC-7108 Sujet spécial) destiné aux étudiants des 2e et 3e cycles sur ce même thème général Libertés, libéralisme et néolibéralisme. Il s’agit là d’une politique rationnelle en matière d’AÉR. Il est plus que pertinent que la recherche menée durant l’année sabbatique d’un professeur se convertisse en enseignement. Or, non seulement durant ma sabbatique, mais depuis février 2014 en fait, j’ai consacré beaucoup, beaucoup de temps, à travailler sur ce thème. Je dispose d’une quantité appréciable de matériel et j’ai encore le désir d’en traiter publiquement. Je me réjouirai de donner un tel séminaire à l’hiver 2017. Et de son éventuel succès dépendra le fait que je le redonne les années suivantes.

BdS : Où se dérouleront la plupart de vos activités, au Québec, dans d'autres universités outre-mer?
OC: En fait, en dépit des déplacements liés au fait de donner des conférences à l’étranger, l’essentiel de ma recherche et du travail d’écriture se passe au Québec. Ainsi, à la fin de l’AÉR, j’aurai passé un peu plus de trois mois à l’étranger. Le séjour principal aura lieu à partir du début mars. Je partirai pour Paris où je demeurerai pendant deux mois. Mon séjour sera centré autour du travail que j’y mène avec Roger Ferreri. Il dirige un service de pédopsychiatrie et je ne serai donc pas rattaché à une université. Ce sont nos rencontres régulières et l’enregistrement de nos échanges qui forment le seul matériel à partir duquel je rédige. Je prononcerai deux conférences mais devant un public bien différent de celui que j’ai rencontré jusqu’ici, puisqu’il s’agira soit de jeunes psychiatres en formation, soit de psychiatres qui ont déjà derrière eux une réflexion sur les thèmes dont je traite et une longue pratique clinique. Je serai donc bien moins en contact avec le milieu universitaire que je ne l’ai été à Prague ou en Californie.

 

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Dossier - Travailler et étudier en sociologie: les auxiliaires

Chaque année, le Département de sociologie emploie plusieurs étudiants dans des fonctions d’auxiliaires administratifs, d’enseignement ou encore de recherche. Au-delà du simple boulot étudiant, ces différents postes sont autant d’occasions de perfectionner sa formation en sociologie, d’acquérir de l’expérience pratique pour son curriculum vitae et parfois même de se découvrir des talents et des intérêts jusque-là insoupçonnés. Le Bulletin s’est entretenu avec trois étudiants à la maîtrise au sujet de leurs expériences des différents postes d’auxiliaires qu’ils ont occupés aux 1er et 2e cycles.

On pense parfois que les postes d’auxiliaires sont réservés aux candidats à la maîtrise et aux doctorants, mais certains emplois sont offerts dès le baccalauréat, notamment les postes de tutorat, où des étudiants au 1er cycle qui se démarquent par l’excellence de leurs notes se voient confier la tâche d’aider d’autres étudiants. C’est le cas d’Andrée-Anne Boucher, maintenant à la maîtrise en sociologie, qui a été tuteure pour le cours Formation et développement du Québec contemporain (SOC-1003) dès sa deuxième année du baccalauréat. Sa principale tâche consistait alors à conseiller et à aider dans la rédaction de travaux.

Des expériences concrètes
Par la suite, après avoir suivi le cours Laboratoire de recherche en sociologie, Andrée-Anne Boucher a été embauchée comme auxiliaire de recherche par Dominique Morin. « Je travaillais avec des statistiques, j'aidais à faire des PowerPoint et d’autres tâches », explique-t-elle, ajoutant que le Laboratoire peut faciliter l’obtention de contrats, puisqu’il permet aux professeurs de connaître les aptitudes en recherche des laborantins.

Andrée-Anne Boucher, étudiante à la maîtriseCette expérience a de plus permis à l’étudiante de présenter ses premières communications scientifiques, en compagnie du professeur, aux congrès de l'ACFAS et à l'ACSALF. « J'ai trouvé cela vraiment formateur comme expérience, qu'un emploi étudiant permette de faire une présentation à un congrès, c'est un peu intimidant, mais… wow! », s’exclame-t-elle.

Dans le cadre de son emploi, David Gaudreault, étudiant à la maîtrise et auxiliaire de recherche depuis trois ans, a pour sa part collaboré avec le professeur Simon Langlois à la rédaction d’un rapport de recherche déposé au Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC). « Ce projet fut pour moi très formateur. En plus du traitement des données, j’ai activement contribué à l’interprétation des résultats et à la rédaction du rapport. Cela m’a permis de peaufiner mes compétences en rédaction et d’avoir une vue privilégiée sur ce qu’est concrètement le travail de chercheur ».

Découvrir sa voie
Ces expériences d’assistanat peuvent aussi être révélatrices et orienter le parcours des auxiliaires. Ainsi, Andrée-Anne, s’est découvert des talents de pédagogue lorsque, toujours étudiante au baccalauréat, elle a travaillé comme auxiliaire d'enseignement pour les cours Analyse de données I et II avec le professeur Charles Fleury. Elle y aidait les étudiants dans leurs travaux pratiques et assistait le professeur dans la correction. « On a tout de suite un lien pédagogique avec quelqu'un, ce qui m'a donné une meilleure idée de ce que pouvait être l’enseignement de la sociologie et moi, ça m'a confirmé que j'étais plus attirée par l'enseignement plutôt que par la recherche. J'ai préféré superviser le monde, les aider », admet-elle.

David Gaudreault, pour sa part, a eu l’occasion de travailler avec une grande variété de données quantitatives sur de nombreuses enquêtes. « De la création de bases de données à l’analyse et l’interprétation des résultats, en passant par la manipulation des données, mon travail d’auxiliaire m’a permis de me familiariser avec l’ensemble des étapes qui composent une recherche empirique quantitative », détaille-t-il, ajoutant que ce travail lui a permis de perfectionner considérablement ses connaissances et ses compétences pour la recherche empirique en général et les méthodes quantitatives en particulier. « Ce travail m’a beaucoup appris sur le travail de chercheur et m’a fait découvrir le plaisir intellectuel que cela pouvait procurer », exprime-t-il.

Bien qu’il ait préféré s’orienter vers l’analyse de contenu et de discours pour son mémoire, David Gaudreault se réjouit de maîtriser l’analyse de données quantitatives et ses outils. « En tant qu’étudiants, mais aussi comme citoyens, nous sommes tous les jours confrontés à des données quantitatives et statistiques, des tableaux, graphDavid Gaudreault, étudiant à la maîtriseiques, etc. La connaissance de ces méthodes favorise la vigilance et le regard critique à l’égard de ces informations qui ne sont pas suffisamment questionnées », souligne l’étudiant.

Travailler comme auxiliaire permet aussi de se perfectionner sur tous les plans. « Je considère que ce travail m’a beaucoup appris, bien au-delà des tâches particulières que je peux y effectuer, affirme David Gaudreault. Par exemple, j’y ai développé mon esprit de synthèse, ma réflexion logique et le goût du travail méthodique et rigoureux ».

Conciliation
La répartition des heures allouées à chaque contrat se fait en fonction du nombre d’étudiants inscrits aux cours ou de l’ampleur de la tâche de recherche à accomplir, mais en considérant également la réalité des auxiliaires qui doivent normalement être inscrits à temps plein pour être admissibles au programme études-travail subventionnant plusieurs contrats. Malgré tout, il peut arriver que ces contrats demandent une plus grande disponibilité de l’étudiant engagé.

Andrée-Anne, qui est aujourd’hui auxiliaire d’enseignement pour le cours Laboratoire de recherche en sociologie, estime n’avoir jamais dépassé le nombre d’heures prévues au contrat. « Ça se faisait bien », dit-elle au sujet de ses contrats précédents. « Mais ça dépend, pour le tutorat, ça varie selon les besoins des étudiants », nuance-t-elle, en ajoutant que le Laboratoire est un cas différent. « Ce sont des « rush », des périodes plus intenses où l’on fait beaucoup d’heures, mais à un moment de la session, ça devient plus tranquille ».

Étienne Cantin, qui a enchaîné les tâches de corrections, notamment pour Emiliano Scanu et Olivier Clain, depuis son entrée à la maîtrise, souligne que la conciliation travail-études n’est pas toujours facile et demande une grande discipline. « La correction exige du temps. Il faut être très organisé et parfois y consacrer une semaine entière », avoue-t-il.

David Gaudreault, quant à lui, a apprécié le fait que les postes d’auxiliaire de recherche offrent aux étudiants un travail lié à leur domaine d’études. « Cela m’a encouragé à me concentrer sur mes études tout en m’évitant de déployer temps et énergie pour un travail rémunéré à l’extérieur du campus, le plus souvent sans aucun lien avec la sociologie». Ainsi, la conciliation ne lui a pas semblé problématique. « J’ai toujours été libre de gérer mon temps comme je l’entendais, ce qui me permettait d’ajuster mes heures de travail en fonction des « rush » de fin de session ».

Comment obtenir un poste ?
Les postes d’auxiliaires sont la plupart du temps attribués après la publication d’une offre d’emploi sur le site du Service de placement de l’Université Laval (SPLA) ou du département. Dans certains cas, avant de postuler, il est nécessaire de remplir d’abord un formulaire d’admissibilité au programme études-travail sur le site du Bureau des Bourses et de l’Aide Financière (BBAF). Cette exigence, qui vise à prioriser les étudiants bénéficiant des prêts et bourses qui éprouvent des difficultés financières, est habituellement précisée dans les descriptifs d’emplois offerts. Ensuite, les candidatures reçues sont évaluées par les professeurs qui embauchent. Signaler aux professeurs un intérêt à travailler avec eux peut aussi favoriser l’obtention d’un premier contrat.

Étienne Cantin estime qu’il n’a pas été difficile d’obtenir ses différents contrats d’auxiliaire d’enseignement même si, en étant diplômé au baccalauréat en philosophie, il n’avait pas eu l’avantage de se faire connaître auparavant des professeurs de sociologie.
Les expériences et formations passées qui s’éloignent de la sociologie peuvent même parfois devenir des atouts. C’est le cas de l’auteure de ces lignes et de plusieurs autres étudiants et étudiantes. Mes précédentes années d’expériences en tant que journaliste dans un quotidien ne sont pas inutiles et sans lien avec mon travail de rédactrice de ce bulletin.

David Gaudreault se considère chanceux que son premier contrat d’auxiliaire de recherche pour Simon Langlois soit renouvelé chaque session depuis trois ans, une stabilité d’emploi appréciable dans un contexte de postes à durée déterminée.

Toutefois, dans certains cas, il faut aussi savoir foncer. Pour son contrat de recherche auprès de Dominique Morin, Andrée-Anne Boucher avait elle-même fait les démarches. «Il travaillait sur Rimouski, d’où je viens, et sur la famille, le sujet qui m’intéressait. Donc, en voyant un ami travailler pour ce professeur, j’ai roulé mes manches et j’ai osé aller lui demander de m’engager », explique-t-elle, encore étonnée de sa propre audace.

Penser à l’avenir
À la fois gagne-pain et complément à la formation de sociologue, un emploi d’auxiliaire d’enseignement ou de recherche peut également être un atout sur le marché de l’emploi à la fin des études.
Andrée-Anne Boucher voit dans ces expériences de travail une façon idéale de se démarquer. « Les cours, tout le monde va les faire. Les notes, c’est important pour les bourses, mais ce qui est vraiment reconnu, c’est ton travail, ce que tu es capable de rendre !», affirme-t-elle. « Avoir des expériences diversifiées, des contrats à chaque session, ça peut sembler précaire, mais il faut le faire pour l’expérience, pas pour l’argent », conclut-elle.

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Portrait d'étudiant: Louis-Pierre Beaudry

Louis-Pierre Beaudry a récemment déposé son mémoire de maîtrise intitulé Dans le bois : la sylviculture dans le parcours professionnel de travailleurs immigrants, sous la direction de Daniel Mercure et Danièle Bélanger. Sa recherche lui a valu une mention au tableau d’honneur de la Faculté des études supérieures et postdoctorales. Également récipiendaire d’une Bourse d’études supérieures du Canada Vanier, Louis-Pierre Beaudry poursuit actuellement ses études au doctorat en sociologie. Il a généreusement accepté de parler de son parcours académique et de ses intérêts de recherche au Bulletin.

Louis-Pierre Beaudry, étudiant au doctorat« En arrivant à l'Université Laval pour ma maîtrise, j'avais l'intention de traiter de la question des travailleurs étrangers et de leur rôle dans notre économie. L'idée d’étudier les immigrants en foresterie, plutôt qu'en agriculture —sujet déjà amplement étudié—, m'a été suggérée par Danièle Bélanger, une professeure spécialiste des migrations au Département de géographie de l’Université Laval. Elle m'avait été référée par Richard Marcoux, qui la connaissait par leurs études en démographie à l'Université de Montréal.

Le cas des travailleurs immigrants de la sylviculture m’apparaissait constituer un sujet de recherche original, ayant été très peu étudié par le passé. Il s’agit en effet d’un secteur économique très particulier, avec sa saisonnalité, l’éloignement de ses chantiers, sa rémunération à la productivité et ses liens symboliques forts avec l’histoire des Canadiens français.

Bien que nous ne connaissions toujours pas avec précision l'ampleur du phénomène, faute de statistiques disponibles, les informations issues des acteurs du milieu (employeurs, organisations sectorielles, etc.) témoignent qu'un nombre considérable d'immigrants ont intégré le secteur sylvicole québécois comme ouvriers depuis le début des années 2000. Par exemple, quelques entreprises embauchent aujourd'hui plusieurs dizaines d'immigrants. En me basant sur un corpus d’entretiens effectués auprès de 16 de ces travailleurs, j’ai analysé le rôle que joue la sylviculture dans la mobilité et l’intégration socioprofessionnelles de ces immigrants ainsi que les motifs de leur parcours. Cette analyse a été construite autour de quatre phases de ce que j'appelle le « passage sylvicole » de leur parcours : la recherche, l’obtention, l’occupation et la sortie de l’emploi sylvicole. Par cette analyse, j'ai pu faire ressortir des obstacles structurels à l'intégration et des stratégies individuelles utilisées pour les contourner qui trouvent écho dans la littérature existante, tout en identifiant des enjeux propres à la sylviculture. En somme, cette étude portait sur un secteur d’emploi rural et marginal dans lequel les participants rencontrés ont traversé un processus tout à fait «normal» d’intégration socioprofessionnelle de personnes immigrantes.

Dès le départ, j'ai voulu effectuer cette recherche en collaboration avec des acteurs du milieu, notamment le Comité sectoriel de la main-d'oeuvre en aménagement forestier (CSMOAF), et des organismes représentants d'entreprises. Tout au long de l'étude, ces relations entretenues avec le milieu m'ont fourni des pistes importantes de réflexion, que je leur ai partagées par la voie de présentations publiques ou privées. Au-delà de l'objectif académique du projet, qui était principalement axé sur l'intégration socioprofessionnelle des immigrants, je m'étais également donné comme mandat de mieux faire connaître à l'industrie ses travailleurs immigrants, leur parcours, leurs besoins et leurs aspirations.

Les études en sociologie à l'Université Laval ont été pour moi un grand saut dans de nouvelles eaux. Après un baccalauréat en science politique et philosophie à l'Université de Montréal, quitter le confort de mes réseaux bien établis dans la métropole et mes postulats et croyances disparates pour un nouveau département dans une université dont je connaissais très peu de choses a exigé une période d'adaptation qui se poursuit encore aujourd'hui. Je considère que la sociologie est ma terre d'adoption, mais je resterai toujours un migrant disciplinaire assis entre deux ou trois chaises. Le département, ici à l'Université Laval, m'a séduit par les relations à la fois chaleureuses et stimulantes que ses membres entretiennent. C'est pourquoi j'ai décidé d'y poursuivre mes études doctorales, qui porteront sur la situation des éco-villages québécois (et autres communautés intentionnelles similaires) dans la trame communautaire et territoriale environnante. Si vous me croisez, nous pouvons en discuter avec plaisir.

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Lancement de Photo | Société, revue de sociologie visuelle

Pierre Fraser, diplômé au doctorat en sociologie et chargé de cours au département a récemment lancé une toute nouvelle revue consacrée à la sociologie visuelle. Pour nous présenter cette publication inédite, Pierre Fraser a bien voulu répondre à quelques questions pour le Bulletin. De plus, vous trouverez à la suite de cet entretien un appel à contribution et les thèmes prévus pour les numéros à paraître en mai et septembre 2016.

Revue Photo | Société, sociologie visuelleBulletin de sociologie : Pourquoi une revue en sociologie articulée autour de l’image ?
Pierre Fraser :  D’une part, la sociologie s’est tout d’abord construite comme une discipline de mots ou de lettres, sous la forme d’argumentations écrites formulées dans une langue plus ou moins associée aux témoignages ou à l’usage des données chiffrées à la formalisation permise par le langage mathématique. D’autre part, l’image est partout, l’image prédomine. Notre environnement de vie est truffé d’objets visuels : depuis le simple panneau routier et le feu de circulation qui régissent nos déplacements, en passant par l’architecture qui conditionne nos espaces de vie et nos relations sociales, jusqu’à la publicité qui communique des façons d’être et de consommer, c’est toute une dimension visuelle et sociale qui est mise en action. De plus, dans un contexte technologique où chacun est en mesure de produire et de diffuser des images à partir de son téléphone intelligent, où la consommation d’images est inévitable, la sociologie visuelle propose de mobiliser l’image, fixe ou animée, pour rendre compte des différentes réalités sociales.

BdS : Comment l’image rend-elle compte de réalités sociales ?
PF : La revue « Photo | Société » est au croisement des pratiques qualitatives de la sociologie. La lentille de nos caméras peu définitivement devenir sociologique. Peu importe ce que nous visons, ce que nous cadrons, ce que nous photographions, nous pouvons saisir et rendre représentables des réalités sociales complexes. Il suffit de regarder des photos d’une autre époque pour apprécier l’ampleur du phénomène. Et c’est en ce sens que j’ai mis sur pied cette revue. Cette revue, que vous pouvez lire à l’écran ou la télécharger en format PDF.  Lancée le 4 janvier 2016 en format électronique et en format papier, en l’espace de deux semaines, le contenu du premier numéro a été visualisé à l’écran plus de 531 fois (52 % du contenu en moyenne a été vu), et la version PDF a été téléchargée 647 fois. Il y a peut-être là l’idée que la revue correspond à un besoin.

BdS : Quel est le public cible de la revue ?
PF : Ce magazine vise à la fois un public de sociologues, d’anthropologues, de géographes, d’architectes et de spécialistes en aménagement du territoire, de photographes, de vidéastes, de communicateurs et de photojournalistes, qui veulent, d’une part, mener une réflexion sur l’inscription sociale de l’image, et d’autre part, transcrire et traduire la réalité sociale à travers l’image. La tâche est plus qu’intéressante. Elle s’inscrit dans un vaste chantier visant à élaborer une théorie et une méthodologie de l’objet visuel. Pour ce premier numéro, auquel j’ai réussi à convier quelques collaborateurs, j’ai rédigé deux articles afin de donner le ton et d’inciter plusieurs d’entre vous à collaborer. Investi depuis plus de deux ans déjà dans le domaine de la sociologie visuelle, j’ai pensé qu’il serait tout à fait approprié d’amorcer le mouvement et de vous inviter à une réflexion engageante et stimulante.

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La revue « Photo | Société » fait un appel à contribution pour ses numéros de mai et de septembre 2016.

► Télécharger la revue « Photo | Société » (vol. 1, n° 1)

Qui peut rédiger un article ?
Sociologue, anthropologue, spécialiste de la communication et/ou du marketing, géographe, architecte, spécialiste en aménagement du territoire, photographe, photojournaliste. En somme, toute personne en mesure de rendre compte de différentes réalités sociales à travers l’image.

Spécifications techniques pour la soumission d’un article
• Article : entre 5 à 10 pages (format A4 ou Lettre)
• Police et fonte : Garamond 11
• Photos : résolution minimale à 300 dpi

Soumettre un article
• Expédier le texte et les photos à l’adresse suivante : sociocamera@gmail.com.
• L’auteur accorde une licence non exclusive à la revue « Photo | Société » et conserve sa propriété intellectuelle.
• Chaque article est soumis à un comité de rédaction qui indiquera à l’auteur si son article est accepté dans les 30 jours suivant sa réception.

Mai 2016
Date limite : 31 mars 2016 

Numéro de mai 2016: le corps et ses attitudesThème : Les postures du corps et ses attitudesLe corps, dans ses multiples postures et attitudes, dans sa corporéité, dans ses vêtements, dans les endroits qu’il fréquente, dans ce qu’il ingère comme nourriture, dans ce qu’il occupe comme emploi, dans ce qu’il fait comme activité physique, renvoie inévitablement à un corps socialement inscrit dans une classe qui lui est propre. Le prochain numéro de « Photo | Société » veut montrer comment le corps affiche ses appartenances et comment il les traduit dans sa façon d’être.



Septembre 2016
Date limite : 15 juillet 2016

Numéro de septembre 2016: la villeThème : La ville et ses contrastes
La géographie des villes est aussi géographie sociale. D’une part, il y a le réseau visible de la ville et de ses transports, de ses bâtiments, de ses rues et de ses boulevards, de sa signalisation et de ses feux de circulation, de ses quartiers et de ses citoyens actifs. D’autre part, il y a le réseau invisible, sous-jacent, en épaisseur, comme une sorte de ville parallèle, un monde à la marge repérable par un œil exercé, le réseau social en quelque sorte qui, avec ses repères, ses parcours et ses territoires, détermine des façons d’être. Ce numéro de « Photo | Société » veut montrer comment la topographie des villes inscrit des enclaves sociales, comment elle suggère des comportements et des attitudes, comment elle régule le flux du transport, comment elle distribue l’énergie, comment elle consomme, comment elle se divertit, comment elle construit des réseaux d’entraide.

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Appels à communications

13e Colloque de la Relève VRM, La ville en mouvement

La 13e édition du Colloque de la Relève VRM est organisée par le réseau Villes Régions Monde (VRM) et se tiendra à Montréal, les 26 et 27 mai 2016. Le thème de cette année, « La ville en mouvement », permet d’aborder autant les transformations sociales, économiques et morphologiques de la ville, que les trajectoires, les interactions, les déplacements et les relations au centre desquels la ville se retrouve. Cet événement à vocation multidisciplinaire donne aux chercheurs en émergence la possibilité de présenter leurs résultats de recherche devant un public intéressé par les enjeux urbains. Cette activité permet également aux participants de soulever des questions et de débattre d’enjeux à partir d’études de cas et d’exemples comparatifs. Finalement, ce colloque est une occasion pour les étudiants de cycles supérieurs d’aborder des questions méthodologiques, entre autres choses, par rapport à l’incontournable question du choix de l’échelle d’analyse.
Date limite pour la réception des propositions : 29 février 2016
Consultez l’appel complet en pdf et les normes de présentation pour plus d'information. 


Colloque étudiant du CIEQ - « Le Québec souterrain »

Le 22e colloque étudiant du Centre Interuniversitaire d’Études Québécoises (CIEQ), tenu sous le thème « Le Québec souterrain », aura lieu les 5 et 6 mai 2016 au Musée de l’Îlot des Palais, à Québec. Cette thématique est une invitation à présenter vos travaux de recherche en portant une attention particulière aux aspects méconnus, cachés, ensevelis (physiquement comme socialement) ou controversés du Québec. Toutes les propositions hors thème seront également considérées.
Les propositions de communication doivent être acheminées, par voie électronique, au plus tard le mardi 1er mars 2016 à l’adresse suivante : comite.etudiant@cieq.ulaval.ca
Consultez l'appel à communications complet pour plus d'information.


Colloque « Réseaux alimentaires alternatifs au Québec. Perspectives comparatives »

Le 13 mai prochain, dans le cadre du 84e congrès de l’ACFAS, à l’UQÀM, aura lieu le colloque « Réseaux alimentaires alternatifs au Québec - Perspectives comparatives ».
Les chercheurs et étudiants gradués qui souhaitent soumettre une proposition de communications entrant dans ces thématiques sont invités à le faire avant le vendredi 19 février 2016, par courriel, aux deux organisateurs du colloque: Manon Boulianne (Manon.Boulianne@ant.ulaval.ca) et Patrick Mundler (patrick.mundler.1@ulaval.ca).

 

Colloque international et interdisciplinaire 2016 pour étudiants et nouveaux chercheurs - Immigration, diversité ethnoculturelle et citoyenneté

L’édition 2016 du Colloque international et interdisciplinaire organisé par le Centre de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté (CRIEC), se tiendra le vendredi 22 avril, à l’UQÀM. Les étudiants des cycles supérieurs, ainsi que les chercheurs en début de carrière sont invités à y participer et à soumettre leurs propositions de communications sur des questions liées à l’immigration, la diversité ethnoculturelle ou la citoyenneté. La priorité sera donnée aux propositions qui s’inscrivent dans un des principaux champs d’intérêt du Centre. Le formulaire doit être retourné par voie électronique à l’adresse suivante : criec@uqam.ca au plus tard le 11 mars 2016, 17h.

 

Appel de textes pour le journal L'intErDiSciplinaire

Le journal L'intErDiSciplinaire lance un appel de textes aux étudiants de tous les cycles et domaines d’études, qui désirent partager leurs recherches, analyses ou opinions sur l’environnement et le développement durable au Québec et ailleurs. L’intErDiSciplinaire est publié deux fois par année à plus de 1000 exemplaires papier, distribués sur le campus et dans la ville de Québec. Il est aussi largement diffusé en ligne, au Québec et au Canada par Gaïapresse et dans tous les pays francophones par Mediaterre. Il s’agit donc d’une occasion unique de contribuer, à une échelle internationale, à la compréhension des enjeux du développement durable.

Vous avez effectué ou effectuez présentement des recherches touchant au développement durable et à ses différentes facettes (environnement, économie, société) et vous souhaitez partager vos résultats finaux ou préliminaires? Ou vous désirez diffuser votre analyse ou opinion sur un sujet d’actualité en relation avec l’une de ces orientations? Faites parvenir votre texte d’ici le mardi 1er mars 2016, à l’attention de Anne Vianin, éditrice en chef du journal étudiant L’intErDiSciplinaire à l’adresse suivante : journal.linterdisciplinaire@ihqeds.ulaval.ca
Pour connaître les détails concernant les consignes de rédaction, ainsi que pour en savoir plus sur cette publication, rendez vous sur la page Web du journal.

Appel à textes

La Revue canadienne des études supérieures en sociologie et criminologie (RCESSC) est une revue ouverte et bilingue, dont les articles sont évalués par des pairs. Cette revue en ligne hébergée par l’Université de Waterloo est publiée deux fois par année.
La RCESSC sollicite des articles des étudiants des cycles supérieurs qui participent à des recherches dans diverses disciplines qui peuvent être reliées à la sociologie et à la criminologie.
Les participants sont invités à ouvrir une session sur le site Web de la revue pour examiner l’énoncé de mission et les lignes directrices pour la soumission d’articles.
Date limite : 31 mars 2016

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Conférences et événements

18 février, 10h30, à Montréal
Fabrice Fernandez, professeurLe professeur Fabrice Fernandez présentera une conférence intitulée «Évaluer, juger et traiter la dangerosité.  Les usages moraux de la psychiatrie dans les tribunaux correctionnels en France», dans le cadre du Colloque interdisciplinaire «Dérives sécuritaires et profilages», organisé par l’Observatoire sur les profilages, à l'Université de Montréal, les 18 et 19 février prochains.
Consultez la programmation complète du colloque pour en savoir davantage. 

 

Cycles de conférences sur les migrations internationales du CIÉQ, à l’Université Laval

23 février, 12h
L’immigration au-delà de l’intégration : cohabiter et gérer la diversité dans la ville
Conférence d'Annick Germain (INRS-UCS). Local : FAS-1613

15 mars, 12h
Mouvements et politiques migratoires dans l’espace post-soviétique
Conférence de Cécile Lefebvre (Université Paris Descartes). Local : DKN-3470

5 avril, 12h
La frontière-réseau : penser l’articulation mobilité et immobilité dans les contrôles aux frontières
Conférence d'Andrea Rea (Université libre de Bruxelles). Pavillon G.-H. Kruger, salle 2320.

 

 

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Les brèves

Rencontre d’information de l’Accorderie de Québec

L’Accorderie de Québec, une coopérative de solidarité desservant la Capitale-Nationale depuis 2002, propose à ses membres d’échanger des services avec une monnaie sociale calculée en heures.
La coopérative souhaite ouvrir un point de service à l’Université et organise à cet effet deux séances d’information pour les étudiants, les enseignants et le personnel afin de sonder leur intérêt pour un point de service de l’Accorderie sur le campus.
Les deux séances d’information se tiendront le mardi 16 février à l’Amphithéâtre Hydro-Québec au Pavillon Alphonse-Desjardins. Le café sera gracieusement offert par la Coop des cafés.
• De 12h à 13h
• De 16h à 17h

Les représentants de la coopérative seront présents tout l’après-midi à l’Amphithéâtre pour répondre aux demandes individuelles.
L’Accorderie, considérée comme un modèle d’innovation sociale, a déjà fait l’objet de plusieurs recherches à l’Université Laval, dont un rapport réalisé par Catherine Bonneau et Justine Langlois qui ont reçu la bourse FARE, soulignant l’excellence d’un rapport produit par le Laboratoire de recherche en sociologie. 

 

Université d’été du CÉLAT / Musées de la civilisation

Le CÉLAT, le Centre de recherche en cultures-arts-sociétés de l’Université Laval, et les Musées de la civilisation proposent une rencontre entre le Brésil et le Québec pour leur Université d’été internationale autour de la thématique « Diversité, marginalité et mémoire sociale : expériences muséales et développement des communautés », du dimanche 22 mai au samedi 28 mai 2016 inclusivement.

Les participants échangeront avec des chercheurs et praticiens du Brésil et du Québec autour des questions de reconnaissance et valorisation des groupes marginalisés, des impacts d’initiatives muséales sur le développement des communautés, des politiques de la diversité, des interprétations de la mémoire sociale et des enjeux éthiques du travail avec ces communautés. Ils auront également l’occasion de réaliser un projet de médiation culturelle sur ces thèmes en collaboration avec un organisme communautaire de Québec, projet qui sera mis en valeur à la suite de l’édition.
Pour plus d’informations, consultez la page Internet de l’Université d'été du CÉLAT-MCQ 2016.


Emiliano Scanu à l’Université d’automne de l’EDS

Emiliano Scanu, chargé de cours au département, a participé à une table ronde intitulée « De l’environnement au développement durable : villes durables, changements climatiques, eau » dans le cadre de l’Université d’automne de l’Institut EDS sur les objectifs de développement durable qui a eu lieu le 30 octobre 2015. Sa présentation peut être visionnée en ligne.

 

Lancement d’un carnet de voyage sur l’Islande

Valérie Harvey, doctorante en sociologie, s’est rendue en Islande dans le cadre de sa recherche pour sa thèse de doctorat. De ce périple, elle a publié un carnet de voyage dont le lancement aura lieu le jeudi 3 mars, en formule 5@7 chez Sebz, au 67, boul. René-Lévesque, à Québec. Pour confirmer votre présence : mmrheault@septentrion.qc.ca

 

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Publications récentes

Pascale Bédard

BÉDARD, Pascale, « Le modèle de l’artiste dans le discours managérial : idées reçues et conséquences », Les Enjeux de l'Information et de la Communication, n°16/3B, 2015, p. 81 à 93, consulté le lundi 25 janvier 2016 , [en ligne] URL : http://lesenjeux.u-grenoble3.fr/2015-supplementB/06-Bedard/index.html.

 

Fabrice Fernandez

Fernandez F. et al.  (2015), Les réformes de l’enfermement en actes, Genève, Médecine & Hygiène, 136 pages.

Fernandez F. al. (2015), « Traiter, humaniser, judiciariser. Les transformations contemporaines de l’enfermement », Déviance et société, n°4, vol. 39, p. 371-377.

‪Fernandez F. (2015), « Lorsque la prison (se) rend justice. Le traitement contemporain de l’indiscipline carcérale », Déviance et société‪, n°4, vol. 39, p. 379-404.

 

Alexis Jonathan Martig (professeur associé)

Martig, Alexis Jonathan, « De l'esclavage comme image et métaphore. Enjeux sociaux et moraux de la lutte contre le "travail esclave" au Brésil ». Dans Francine Saillant et Jorge Santiago (dir.), 2015, Images, sons et récits des Afro-Amériques. Paris, Éditions des Archives Contemporaines, pp. 175-199.

 

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Mémoires et thèses électroniques

Doctorat

Mélanie Bédard

Les idéaux pédagogiques de l'instruction publique québécoise, de 1789 à 1875, et leur application législative

Direction de recherche: Sylvie Lacombe

Résumé : Un discours critique sur les systèmes scolaires publics contemporains dénonce la perte de vue d’idéaux pédagogiques transcendants, qui serait perceptible dans un renoncement à l’autorité de la tradition pédagogique et dans l’oubli de la vocation émancipatrice et réflexive de l’éducation. Partant des éléments de cette relation, instruction publique, autorité et idéaux pédagogiques transcendants, cette thèse interroge le sens qu’avait l’instruction publique québécoise pour ses concepteurs au moment de sa fondation. Inspirée de travaux de Durkheim et de Weber, elle compare les idéaux fondateurs de l’instruction publique québécoise avec un idéaltype de l’idéal pédagogique moderne, reconstitué à partir des réflexions sur l’éducation de Rousseau, Condorcet et Hegel. Cet idéal reprend de la philosophie moderne la valorisation d’une autonomie active, et du libéralisme occidental la confiance envers les bienfaits de la liberté questionnant toute autorité abusive. L’idéal de civilisation en progrès maintient toutefois l’autorité de la tradition pédagogique comme milieu d’accumulation de sagesse et source de réflexivité. Dans l’analyse des idéaux pédagogiques exprimés dans les projets et les lois scolaires de 1789 à 1875, et dans celle de la détermination de l’autorité pédagogique sensée les mettre en œuvre, cette comparaison avec l’idéaltype a mis en évidence la prédominance d’une préoccupation pour la société politique en formation, qui avait pour particularité la conscience de multiples attachements identitaires et de la distance aux métropoles européennes. Au fil des lois, la tolérance religieuse entre catholiques et protestants et l’acceptation des différences linguistiques entre francophones et anglophones ont été maintenues et ont abouti à une séparation étanche entre deux communautés culturelles instituée par les lois et les écoles. Malgré cette séparation progressive, ces lois enregistrèrent l’idéal de l’instruction publique commun aux libéraux francophones et anglophones en créant des écoles supérieures au niveau primaire qui contenaient des passerelles vers les collèges classiques. Cet idéal articulait les vocations utilitaire et intellectuelle universaliste de l’instruction publique, et revêtait pour les Canadiens français le sens d’une émancipation collective dans la société politique et vers la civilisation en progrès. Jusqu’à ce qu’elle soit laissée aux autorités confessionnelles, l’autorité pédagogique de l’État demeurait restreinte.

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Dates importantes

 

Mercredi 17 février

Formation EndNote de base: à votre rythme
Bibliothèque, pavillon Alexandre-Vachon, local 0022
14h - 15h30

Vendredi 19 février

Séance d'information sur les règles de présentation du mémoire et de la thèse à l’intention des étudiants en rédaction
Bibliothèque, pavillon Jean-Charles-Bonenfant, local 1343
14h - 15h

Mardi 23 février

Date limite de candidature à la Bourse RBC pour étudiants instigateurs de changement
Bourse offerte aux étudiants canadiens faisant preuve de la passion nécessaire pour susciter et inspirer des changements positifs dans leur collectivité (10 bourses de 10 000 $) 

Jeudi 25 février

Formation avancée EndNote
Bibliothèque, pavillon Jean-Charles-Bonenfant, local 1343
10h30 - 12h
 

Formation EndNote de base : suivez le guide
Bibliothèque, pavillon Alexandre-Vachon, local 0022
13h30 - 15h 

Mardi 1er mars

Date limite des demandes d'admission à la session d'automne 2016 pour les candidats québécois et canadiens hors Québec à un programme contingenté de 1er cycle 

Date cible des demandes d'admission à la session d'automne 2016 pour les candidats québécois et canadiens hors Québec à un programme non contingenté de 1er cycle

Date limite de dépôt de candidature à la Bourse postdoctorale Gérard-Dion
Aider une personne détentrice d'un doctorat désirant se perfectionner au sein d'un groupe de recherche de l'Université Laval dans le cadre d’un projet de recherche lié à la religion et au spirituel (1 bourse de 32 500 $).

 

Mercredi 2 mars

Formation avancée EndNote
Bibliothèque, pavillon Alexandre-Vachon, local 0022
10h30 - 12h

 

Vendredi 4 mars

EndNote de base: à votre rythme
Bibliothèque, pavillon Jean-Charles-Bonenfant, local 1353
9h - 11h30 

 

Vendredi 11 mars

21e Colloque étudiant pluridisciplinaire du Centre de Recherche en aménagement et développement (CRAD) de l’Université Laval
Pavillon Gene-H. Kruger, local 2320-2330

 

Jeudi 17 mars

Séance d'information sur les règles de présentation du mémoire et de la thèse à l’intention des étudiants en rédaction
Bibliothèque, pavillon Jean-Charles-Bonenfant, local 1343
14h - 15h

Lundi 21 mars

Date limite d’abandon de cours sans mention d'échec et sans remboursement des droits de scolarité et autres frais pour la session d'hiver pour les cours à horaire régulier 

Mercredi 23 mars

Début de la période d'inscription à la session d'été 2016 

Mercredi 23 et jeudi 24 mars

Colloque annuel EDS 2016
Grand Salon du pavillon Maurice-Pollack de l'Université Laval

 

 

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