Bulletin d'information

No 20 - Septembre 2015

Mot du directeur

Dominique Morin, directeur du Département de sociologieLe semestre d’automne 2015 commence avec d’heureuses nouvelles pour le Département de sociologie.

La première est que nos nouvelles inscriptions sont en croissance aux trois cycles d’étude par rapport à l’an dernier. Qui plus est, le nombre de nos étudiants à la maîtrise vient d’atteindre un niveau inégalé depuis le début des années 2000. Cela n’est pas sans agrandir les cercles de participants aux séminaires offerts en sociologie. Mes collègues y accueillent comme un beau problème le fait de composer avec une grande affluence aux rencontres qu’ils animent.

Par ailleurs, l’appel lancé le printemps dernier à nous référer les meilleurs candidates et candidats pour un poste de professeur en sociologie dans le domaine des études sur le genre a été bien entendu au Québec, dans le reste du Canada et à l’étranger. Le comité de sélection examine les dossiers de 48 candidates et candidats qui nous ont manifesté leur intérêt.

Une entrevue dans ce Bulletin vous présente Fabrice Fernandez, un nouveau professeur de sociologie bien content d’être arrivé à Québec (et nous pareillement!). Il offre cet automne un séminaire sur les problèmes sociaux (SOC-7155) et il enseignera l’hiver prochain la sociologie de la santé (SOC-2137) et les méthodes de la recherche empirique (SOC-1004) au premier cycle. Nous recevons cet automne comme professeur invité Alexis Martig, chercheur rattaché au CÉLAT. Celui-ci a accepté la responsabilité d’un séminaire très couru en sociologie du développement (SOC-7114). Soulignons aussi que Simon Langlois, nouvellement retraité depuis le début du mois, mais toujours bien actif en recherche, reste avec nous encore deux sessions pour donner le cours sur la société québécoise (SOC-1003) et en préparer une version à distance.

Le « pot de la rentrée » du 10 septembre fut bien apprécié de la soixantaine de personnes qui y étaient : une estimation de foule grossière, mais plausible en regard du compte des bouteilles de vin (!!). Ce grand rendez-vous décontracté tenu dans le hall de la Faculté était agrémenté d’un savoureux buffet préparé et servi avec le concours d’étudiants. Le « pot de la rentrée » est l’occasion d’accueillir les nouveaux étudiants des trois cycles, de revoir nos plus anciens et de faire connaître les professeurs et les autres enseignants, les directeurs des programmes, les responsables de nos revues et les représentants élus des associations étudiantes. J’annonce tout de suite qu’il y aura une nouvelle édition de ce rendez-vous en janvier.

D’ici-là, nous traverserons la saison des demandes de subvention de recherche pour les professeurs et des demandes de bourses d’excellence pour les candidats à la maîtrise, au doctorat et au post-doctorat. La rubrique « Dates importantes » de ce Bulletin donne les dates et les liens vers la présentation de différents programmes de bourse d’excellence. Les bourses du CRSH et du FRQ-SC, en particulier, apportent des sommes consistantes pour avoir le loisir de se consacrer pleinement à ses études supérieures, outre l’honneur que cela représente d’être sélectionné parmi les meilleurs candidats du Canada et du Québec. Chaque année, des étudiants de notre département participent à ces concours et obtiennent quelques-unes de ces bourses. Ces concours s’adressent à nos meilleurs étudiants en troisième année du baccalauréat, au début ou à la fin de leur maîtrise, et au début ou à la fin du doctorat. Une part des points au classement est attribuée en regard du relevé de notes, mais la qualité et l’intérêt des projets de recherche présentés comptent également. L’appel est lancé aux volontaires admissibles et à ceux qui pourraient vouloir en savoir plus en prévision du moment où ils pourraient présenter leur candidature.

Devant négocier avec les compressions budgétaires imposées aux universités, nous voulons éviter que la rigueur administrative nuise au dynamisme de notre vie départementale et au renouvellement de l’intérêt pour la sociologie. Le Département de sociologie bénéficie déjà du soutien de donateurs réguliers contribuant à trois fonds dédiés à la recherche, à l’enseignement, à l’aide aux réalisations étudiantes et à la publication scientifique. Nous leur en sommes très reconnaissants.

D’ici la fin d’octobre, nos diplômés seront contactés par téléphone, par courriel ou par courrier, dans le cadre d’une grande campagne de sollicitation initiée par Simon Langlois. L’objectif de cette campagne est de recueillir 300 000 $ dans les trois fonds rattachés au département. Respectueux des situations et des moyens de donner de chacun, nous considérons que c’est la mise en commun de nos générosités qui fera la différence pour la sociologie. Financer la création d’une chaire de recherche en sociologie consacrée aux questions relatives à la langue est au nombre des projets proposés dans cette campagne. À court terme, nous souhaitons aussi offrir plus de bourses, d’activités et de soutien à la réussite des étudiants. Nous présentons en détail les vocations des trois fonds du Département dans la lettre de sollicitation qui sera envoyée.

Je termine ce mot en saluant le travail de Marianne Saint-Pierre, étudiante rédactrice de ce Bulletin qui vous y présente de nouvelles chroniques, et en remerciant tous ceux qui ont accepté ses invitations à collaborer à l’élaboration de son contenu.

Bonne lecture et bonne rentrée!

Dominique Morin

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Chronique du 1er cycle

 

Charles Fleury, Directeur des programmes de 1er cycle en sociologiePar Charles Fleury
Directeur des programmes de 1er cycle en sociologie

 Le programme de baccalauréat en sociologie a connu quelques modifications au cours de la dernière année et qui seront effectives à partir de l’automne 2015.

Deux nouveaux cours obligatoires
Deux nouveaux cours obligatoires sont inscrits au cursus des étudiants qui débutent leur programme de baccalauréat cet automne : Méthodes du travail intellectuel en sciences sociales SOC-1005 et Méthodologie de la recherche empirique. Le premier cours, offert cet automne par la professeure Pascale Bédard, vise à former les étudiants aux rudiments du travail intellectuel. Les étudiants y apprendront notamment à faire de la recherche documentaire et à prendre des notes de lecture, à mettre en forme une bibliographie et à citer des documents, à distinguer différents types de travaux (le compte rendu, l’essai, la synthèse, le rapport de recherche, l’article scientifique), à construire une problématique de recherche, à utiliser de la théorie, à définir des concepts et à formuler une question et des objectifs de recherche. Le second cours sera donné à l’hiver par notre nouveau collègue, le professeur Fabrice Fernandez. Il y enseignera l’art de formuler une question de recherche empirique et définir des objectifs et des hypothèses, opérationnaliser des concepts, élaborer une stratégie d’enquête, construire, tester et administrer des outils de collecte de données quantitatives et qualitatives. Ce cours initiera également l’étudiant aux perspectives critiques sur différents types de démarche d’enquête de même qu’aux questions d’éthique de la recherche et à leurs aspects administratifs et juridiques. Ces deux nouveaux cours sont réservés aux étudiants admis à l’automne 2015; les étudiants admis antérieurement n’ont pas à suivre ces cours. 

Le laboratoire de recherche devient optionnel
Avec l’ajout de ces deux nouveaux cours, les cours Laboratoire de recherche I (SOC-2002) et Laboratoire de recherche II (SOC-2003) deviennent des cours optionnels pour les étudiants admis à partir de l’automne 2015. En outre, le nombre de crédits alloués au Laboratoire de recherche I est réduit à 3 crédits, en conséquence de l’ajout des deux cours obligatoires décrits plus haut. Nous encourageons les étudiants à continuer de s’y inscrire, ces deux cours permettant de vivre concrètement l’expérience du travail de recherche et d’acquérir une première expérience professionnelle. À cet égard, ils font partie du profil « recherche » que le Département de sociologie entend développer au cours de la prochaine année.

Création de cinq concentrations
Depuis cet automne, nous offrons la possibilité aux étudiants du baccalauréat en sociologie de s’inscrire à l’une des cinq concentrations nouvellement créées. Le but visé par ces concentrations est d’offrir aux étudiants une structure pour organiser leur choix de cours de façon cohérente, selon leurs intérêts. Les cinq concentrations proposées sont les suivantes :

1)     Cultures et modes de vie
Cette concentration vise l’acquisition de connaissances sur différentes dimensions de la culture et des modes de vie, abordée dans une perspective sociologique, notamment le quotidien, la diversité et les inégalités sociales, la consommation, la mode et les styles de vie, les identités et appartenances, les médias, les productions culturelles et esthétiques et les enjeux de la migration.

2)     Espaces et sociétés
Cette concentration comprend des cours qui abordent des questions ou des phénomènes qui sont à la croisée de la sociologie et de la géographie, mais aussi de l’anthropologie, des études urbaines et de l’aménagement.

3)     Fondements théoriques
Cette concentration s’adresse à ceux qui s’intéressent particulièrement à l’histoire intellectuelle et aux théories les plus importantes en sciences sociales – notamment celles qui traversent les frontières disciplinaires – et à leurs fondements philosophiques.

4)     Population et tendances sociales
Cette concentration vise l’acquisition de connaissances dans l’étude et la mesure de phénomènes démographiques et de tendances sociales, notamment celles liées à la pauvreté et aux inégalités sociales.

5)     Travail et organisations
Cette concentration réunit des enseignements sur le monde du travail et les organisations de même que sur leurs transformations.

L’inscription à une concentration est facultative. La mention de la concentration apparaitra sur le relevé de notes des étudiants, mais leur diplôme n’en fera pas mention. Dans tous les cas, l’étudiant inscrit à une concentration devra, pour obtenir son diplôme, se conformer aux règles et exigences du programme de baccalauréat en sociologie, ce qui signifie qu’il devra réussir, en plus d’un à trois cours de langue et de ses cours obligatoires, un total de 24 à 36 crédits de cours à option de sociologie et de 12 à 21 crédits de cours complémentaires qui se font à l’extérieur du département. À moins d’indication contraire, tous les cours proposés pour les concentrations sont offerts sans préalables et sont accessibles à nos étudiants.

L’inscription à une concentration est offerte à tous les étudiants du baccalauréat en sociologie. L’inscription tardive à une concentration est possible. Les étudiants inscrits au profil international peuvent également s’inscrire à une concentration. Les étudiants intéressés par une concentration et ceux qui souhaitent plus d’informations à leur sujet peuvent consulter la section Études – Programme de 1er cycle sur le site du Département de sociologie ou communiquer directement avec moi à charles.fleury@soc.ulaval.ca.

Bonne rentrée!

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Chronique des 2e et 3e cycles


Richard marcoux, Directeur des programmes de 2e et 3e cyclesLa rentrée 2015 se fait sous le signe de la nouveauté aux deuxième et troisième cycles.

Notons d’abord le nouveau microprogramme de deuxième cycle en Études du genre, qui accueille cet automne sa première cohorte d’étudiantes et d’étudiants. Au moment d’écrire ces lignes, près d’une dizaine de personnes avaient demandé des informations et s’intéressaient à ce nouveau programme. Pour Richard Marcoux, directeur des programmes de 2e et 3e cycles au Département de sociologie, cet engouement est encourageant : « La réponse est très bonne, nous avons eu des échos positifs ».

En lien avec ce nouveau programme, le cours Genre et société, normalement un cours d’initiation réservé au premier cycle, est désormais offert en formule multicycles. « On se rendait compte qu'il y avait une demande de nos étudiants de 2e et 3e cycles, qui souvent n'ont pas suivi de cours sur les questions de genre et qui souhaitaient traiter ces aspects », explique M. Marcoux. Les chiffres lui donnent raison, avec près d'une vingtaine d'étudiants des cycles supérieurs et plus d’une quarantaine du premier cycle inscrits à ce cours cet automne.

Nouveaux cours
Qui dit nouveaux professeurs, dit aussi offre de cours renouvelée! Avec l’arrivée récente de M. Fabrice Fernandez (voir autre texte pour sa présentation), la grille horaire s’enrichit d’un nouveau séminaire intitulé Sociologie des problèmes sociaux (SOC-7155).

Mentionnant l’entrée en poste de plusieurs autres professeurs au cours des dernières années, comme Pascale Bédard, Charles Fleury et Dominique Morin, M. Marcoux insiste sur l’importance accordée à la variété des cours offerts aux cycles supérieurs : « Dans la répartition des tâches, comme directeur de programme, je souhaite que tous les professeurs puissent offrir au moins un cours à la maîtrise ou au doctorat par année, de façon à ce que les étudiants puissent avoir une offre de cours qui soit suffisamment élargie ».

Ainsi, Charles Fleury offre cet automne le cours L'approche des parcours de vie en sociologie (SOC‑7156). Notons aussi que le cours SOC-4157/SOC-7157 Praxis globale historique (1804-1975), avec André C. Drainville, sera scindé en deux parties, dont la seconde, à l’hiver, sera SOC-4043/SOC-7143 Praxis globale contemporaine; ces deux cours sont ouverts à tous les cycles d’études.

Les étudiants à la maîtrise et au doctorat peuvent également suivre le séminaire Sociologie du développement (SOC-7114). Ce cours, élaboré par Pascal Kapagama, professeur invité depuis trois ans, sera toutefois donné par un nouveau professeur invité, Alexis Martig. Ce dernier est chercheur post-doctoral au Centre interuniversitaire d'études sur les lettres, les arts et les traditions (CÉLAT) et s’intéresse tout particulièrement à l'Amérique latine.

Le séminaire de doctorat aura cette année pour thématique les transformations contemporaines du rapport au travail et sera donné par Daniel Mercure, « qui revient de son année d’étude et de recherche dans une forme splendide! », se réjouit Richard Marcoux.

Premier bilan de la maîtrise avec stage de recherche
Le nouveau profil de maîtrise avec stage de recherche a suscité un bel intérêt auprès des étudiants, dont quatre inscrits ont récemment terminé leurs stages et s’apprêtent à remettre leur rapport final (voir le texte suivant pour le bilan de leurs stages).

À la lumière des ces premières expériences, Richard Marcoux constate une demande récurrente de la part des stagiaires pour une formation plus pointue en matière de traitement de l’information et de données quantitatives. Ainsi, le cours  Collecte d'information et traitement des statistiques sociales (SOC‑7153) pourrait éventuellement devenir obligatoire pour la maîtrise avec stage.  Offert en classe cet automne par M. Marcoux lui-même, le syllabus de ce cours a été revu et continue d’être amélioré dans le but d’en faire prochainement une formation en ligne. « C’était l'idée de départ », précise le directeur de programmes. En conséquence, une équipe travaille présentement à la réalisation de capsules de formation.

Un encadrement solide
La maîtrise avec stage se veut une immersion concrète et stimulante dans le monde du travail de recherche. L’encadrement du stage est serré et l'étudiant doit par la suite rendre compte de ce qu'il y a fait dans son rapport final, mais aussi à travers une publication scientifique, pour un ordre professionnel ou une présentation dans le cadre d'un colloque.

Ainsi, contrairement à plusieurs diplômes de types professionnels, cette maîtrise avec stage en est vraiment une de recherche et permet le passage au doctorat. « Pour nous, un sociologue, c'est d'abord un chercheur, c'est quelqu'un qui réfléchit, insiste Richard Marcoux. Donc, c'était très important que cette maîtrise avec stage prépare à la recherche tout autant que la maîtrise avec mémoire. »

Pour ce qui est de l’offre de stages, le département est grandement appuyé par le Service de placement de l’Université Laval (le SPLA), et ce, afin de solliciter des organismes pouvant accueillir des stagiaires et offrir un atelier de formation sur la recherche d’emploi liée au domaine de la sociologie. Les étudiants peuvent aussi choisir de faire leurs propres démarches auprès d’organismes qui les intéressent, mais dans un cas comme dans l’autre, il est exigé que l’étudiant(e) débute son stage avec un mandat de recherche clair.

 

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Bilan des premiers stages de recherche à la maîtrise

Quelques étudiant(e)s ont récemment terminé leur stage dans le cadre du nouveau profil de maîtrise avec stage de recherche en sociologie. Le Bulletin s’est entretenu avec trois d’entre eux, Annie Grégoire-Gauthier, Chloé Beernaerts et Jean-Philippe Beauregard, afin de connaître leurs premières impressions sur cette expérience.

Annie Grégoire-GauthierChez les deux étudiantes et l’étudiant interrogés, c’est d’abord le désir d’avoir une expérience concrète de travail de recherche qui les a poussé(e)s à choisir la maitrise avec stage. La possibilité de terminer dans des délais plus courts a aussi pesé dans la balance pour Annie et Jean-Philippe. « La maîtrise avec stage est, à mon avis, plus intense et plus concentrée, mais permet de terminer plus rapidement et de garder un niveau de motivation élevé tout au long de la maîtrise », explique Annie, qui a aussi grandement apprécié le fait d’être entourée d’une équipe. 

Jean-Philippe, pour sa part, avait déjà entamé une maîtrise avec mémoire dans le passé à l’UQÀM. Maintenant enseignant en sociologie au Cégep de Limoilou, il a pris un congé d’un an pour compléter ses études à l’Université Laval. La maitrise avec stage de recherche lui a donc semblé plus intéressante : « Dans le cas d’un mémoire, il m’aurait fallu tout recommencer, trouver un directeur, un nouveau sujet... Avec le stage, ça permettait de faire ça à l'intérieur du temps de ma libération ».

Expériences variées et autonomie
Leurs milieux de stage sont très variés. Jean-Philippe s’est retrouvé à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) à travailler sur un projet de recherche sur les conditions à la retraite des membres syndiqués.

De son côté, Annie Grégoire-Gauthier a pu intégrer une équipe de recherche de la Chaire Claire-Bonenfant, à l’Université Laval, où elle a travaillé sur une enquête menée auprès des femmes entrepreneures immigrantes issues de trois communautés ethniques à Québec. « Ma tâche a été de me replonger dans les entrevues, qui sont assez substantives, et de voir ce qui en ressort selon une perspective sociologique », précise Annie. Le département a été d’une grande aide dans ses recherches, puisque celui-ci et la Chaire avaient déjà de bons liens. Pour Jean-Philippe, c’est un coup de pouce de son directeur de stage qui lui a également permis d’entrer à la CSQ.

Chloé Beernaerts, quant à elle, avait déjà en tête de faire son stage au Maroc, elle a donc entrepris les démarche en ceChloé Beernaerts sens : « J'ai tout pris en main bien que le service des stages ait proposé son aide. J'ai principalement envoyé des courriels et des CV à différents centres de recherche marocains qui m'intéressaient et j'ai attendu les réponses », explique-t-elle. Elle a finalement complété son stage à l'Université de Droit Mohammed V, où elle a travaillé sous la supervision du directeur de la Chaire de l'UNESCO des Droits de l'Homme. « Mon sujet principal était les droits des femmes au Maroc à partir du 21e siècle jusqu'à aujourd'hui, décrit Chloé. J'ai réalisé cette recherche comme une thèse, c'est-à-dire que, seule, je progressais petit à petit ».  

Chacun d’entre eux a grandement apprécié son expérience de stage et tous s’accordent pour dire que cela a été très formateur. « La Chaire de recherche est une plaque centrale des études féministes à l’Université. Par conséquent, plusieurs chercheur(e)s et professeur(e)s y transitent régulièrement. […] J’ai été ainsi en contact avec des gens me permettant de constamment pousser plus loin mes réflexions », souligne Annie.

L’expérience a été d’autant plus enrichissante que les différents milieux ont tous laissé une grande autonomie aux stagiaires dans leur recherche. Un point qui peut sembler déstabilisant au départ, admettent-ils, mais qui permet de réellement s’initier à la réalité du travail de chercheur. « J'ai aimé pouvoir mener moi-même ma recherche et avoir le champ libre », avoue Chloé. Toutefois, Jean-Philippe concède qu’un étudiant ayant eu moins d’expérience que lui aurait peut-être eu besoin d’un peu plus de supervision. Annie, pour sa part, a beaucoup apprécié l’autonomie accordée, mais tenait aussi à remercier sa directrice, Sylvie Lacombe, pour le grand soutien apporté tout au long de son stage.

Aussi, au regard de leurs expériences de stages, leur formation antérieure en sociologie leur a semblé les avoir bien préparé(e)s au travail de recherche. Sur ce point, Annie souligne d’ailleurs l’apport qu’elle a eu dans le contexte d’une équipe multidisciplinaire : « Comme mes collègues à la Chaire n’étaient pas dans le domaine de la sociologie, ma perspective a semblé être appréciée et m’a permis de faire ma place au sein de l’équipe de recherche ».

Et pour la suite ?
Aucun des stages de ces trois étudiants n’a débouché sur un emploi directement, mais cela leur a néanmoins permis d’établir des contacts professionnels et de connaître ce qui les intéresse davantage. Ainsi, Chloé a choisi de compléter ses études par une année à l'Université Paris-Diderot pour étudier les migrations et relations interethniques. Ensuite, elle s’engagera dans une maîtrise avec stage axée sur la gestion de projets. « Ainsi, en plus de la recherche, j'aurai cette nouvelle compétence de gestion qui va m'aider à élargir mon avenir professionnel », termine-t-elle.
Annie doit pour le moment terminer sa scolarité de maîtrise, mais réfléchit à la possibilité de poursuivre au 3ecycle. Jean-Philippe, lui, a eu la piqûre pour la recherche grâce à son passage à la CSQ, au point où il entame cet automne son doctorat, poursuivant sur le thème du travail avec celui qui a aussi été son directeur de stage, Daniel Mercure.

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Le Département dans les médias

Cette nouvelle rubrique du Bulletin vise à faire connaître les différentes interventions des membres du département dans les médias écrits et électroniques à titre de sociologues, sur des sujets d’actualité traitant de questions sociales. Des articles publiés dans des quotidiens et des revues spécialisées, seront également consignés ici. 

Vous avez été invité à une émission télévisée ou radiophonique ou avez été cité dans un média? Merci de nous en faire part afin que nous puissions le mentionner dans cette rubrique en écrivant à bulletin@soc.ulaval.ca.

Daniel Mercure sur le nouveau monde du travail
Le professeur Daniel Mercure a été l’invité de Michel Désautels à son émission de radio «Désautels le dimanche», sur Ici Première, le 6 septembre dernier, afin de parler des transformations liées au monde du travail.

L’intégrale de l’entrevue est disponible à l’adresse suivante : http://ici.radio-canada.ca/emissions/desautels_le_dimanche/2015-2016/chronique.asp?idChronique=382403

Simon Langlois sur l'amphithéâtre
Le professeur Simon Langlois a été cité dans le quotidien Le Devoir du samedi 12 septembre à l'occasion de l'ouverture du nouveau Centre Vidéotron, à Québec. Pour lire l'article: http://www.ledevoir.com/politique/ville-de-quebec/449950/jour-de-fete-a-quebec

Gérard Bouchard à la radio
Gérard Bouchard, sociologue et historien à qui fut décerné un doctorat Honoris causa en juin dernier par l’Université Laval, était l’invité de l’animatrice Marie-Louise Arsenault le 16 août dernier à l’émission « Les incontournables : portrait d’auteur » sur les ondes d’Ici Première. Il y a notamment été question de son premier roman Mistouk dans lequel il s’intéresse aux mythes sociaux et aux imaginaires collectifs.

Pour écouter l’entrevue : http://ici.radio-canada.ca/emissions/les_incontournables_portraits_d_auteurs/2014-2015/index.asp

Deux bachelières dans Le Fil
Le printemps dernier, au terme du Laboratoire de sociologie, Catherine Bonneau et Justine Langlois, deux étudiantes au baccalauréat en sociologie, ont produit un rapport de recherche pour la coopérative de solidarité de la Capitale l'Accorderie, intitulé : « Besoins, construction identitaire et participation à un réseau d'échange de proximité des personnes en situation de pauvreté et d'exclusion sociale ». La grande qualité de ce rapport a été soulignée par les membres du jury et les étudiantes ont obtenu la bourse FARE.

Le Fil de l’Université Laval leur consacrait récemment un article : http://www.lefil.ulaval.ca/articles/les-nouveaux-visages-pauvrete-quebec-37496.html

Un doctorant à la une
Dans le cadre de sa thèse, Pascal Dominique-Legault, candidat au doctorat en sociologie, a obtenu, en vertu de la Loi sur l’accès, des documents concernant le projet GAMMA (« Guet des activités et des mouvements marginaux et anarchistes ») du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM). Ces documents permettront notamment à l'avocate criminaliste, Me Véronique Robert, de présenter la thèse du « profilage politique » de la police dans le procès en cours où 14 étudiants sont au banc des accusés.

Le sujet a fait la une du Devoir le 16 juillet 2015 et deux autres articles journalistiques ont été publiés dans les quotidiens Le Devoir et La Presse. De plus, Pascal a lui-même écrit un texte éditorial qui a été publié le 21 juillet dans la section Justice du Devoir.

 La thèse de Pascal s’intitule « Savoirs policiers et foules globales au Québec », sous la direction du professeur André C. Drainville. Le doctorant a déjà fait l’objet d’une rubrique « profil d’étudiant », où le sujet de sa recherche est détaillé, dans le numéro 14 du Bulletin d’information de sociologie, publié en janvier 2015.

Les documents obtenus permettront à Pascal de faire une analyse de discours permettant de comprendre comment la police se représente la foule globale, comment elle construit le mouvement marginal, pour ensuite réfléchir aux effets de pouvoir de ces savoirs policiers au regard de l’intervention policière en contexte de foule.

Les textes peuvent être lus ici pour Le Devoir, éditions du 16 et 17 juillet 2015 : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/445222/le-spvm-a-guette-des-groupes-militants

http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/445376/pour-une-reconnaissance-du-profilage-politique

LANGLOIS Simon, « Grève étudiante de l'hiver 2015 : un mouvement social avorté », ParisMontréal Mag, juillet-août 2015: 32-33. http://www.parismontreal.eu/

MARCOUX Richard, « L'avenir de la francophonie passe par l'Afrique », ParisMontréal Mag, juillet-août 2015: 14-17. http://www.parismontreal.eu/

MARCOUX, Richard (2015). « Qui dit francophonie, dit Afrique; qui dit Afrique, dit éducation. Tendances démographiques et francophonie », France Forum, no 58, pp 93-96. http://www.institutjeanlecanuet.org/la-revue/dossiers-et-etudes/n---58---tendances-demographiques-et-francophon.html

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Le Bulletin nouveau est arrivé!

Le voici donc, livré pour vous, ce tout nouveau Bulletin intégré au site Internet du département!

Outre sa nouvelle forme virtuelle, ce bulletin sera désormais accompagné de l’envoi d’une infolettre à tous les membres inscrits à la liste d’envoi du département.

De plus, il sera maintenant possible de partager chacun des articles sur les différents réseaux sociaux, simplement en suivant le lien au bas de chaque texte, à droite « partager sur les réseaux sociaux ». Par ce lien, le texte s’ouvrira alors dans un nouvel onglet et il ne vous restera qu’à choisir la façon de le partager.

Au-delà de ces quelques changements techniques, l’objectif du Bulletin de sociologie est toujours, bien entendu, de vous informer sur l’activité départementale. Vous y retrouverez notamment  toute l’information sur les programmes d’études dans les rubriques « Chronique du 1er cycle » et « Chronique des 2e et 3e cycles », des nouvelles des travaux de recherche des professeurs et des étudiants, en plus d’entrevues et de dossiers sur différents thèmes.

Nouvelles rubriques
Quelques nouvelles rubriques viennent aussi s’ajouter à celles que vous connaissiez déjà, dont « Le département dans les médias », où seront relayés les interventions des membres du département dans les médias à titre de sociologues. 

À ce sujet, vous êtes cordialement invités à nous partager les liens vers les articles où vous êtes cités ou encore les dates de diffusion d’émissions de télévision ou de radio où vous êtes invités.  

Les textes publiés dans des ouvrages ou revues scientifiques et les livres se retrouveront quant à eux dans la section « Publications récentes », qui prend ce mois-ci la forme de deux articles sur des professeures retraitées ayant publié récemment.

N’hésitez surtout pas à nous faire part de vos suggestions de textes ou d’idées d’articles, ce Bulletin est d’abord et avant tout celui de votre département. De la même manière, puisque ce Bulletin est le premier sous cette forme et sous cette plume, vos commentaires et impressions seront les bienvenus afin de participer à son amélioration continuelle.

En terminant, il faut souligner l’excellent travail de l’équipe du Centre de services APTI (Application pédagogique des technologies de l'information), responsable de l’ensemble de la réalisation du Bulletin en ligne et de l’infolettre. Jean-Simon Couture et ses collègues ont été d’une patience plus qu’appréciée devant les demandes parfois incompatibles avec l’âge du site Internet, mais surtout, ils ont su apporter des solutions à chacune de ces demandes. Merci mille fois.

Bonne lecture!

Marianne Saint-Pierre
bulletin@soc.ulaval.ca

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Entrevue avec Fabrice Fernandez, nouveau professeur

Le Département de sociologie a accueilli un nouveau professeur adjoint cet automne. Fabrice Fernandez, tout juste arrivé de France, offre cette session le séminaire Sociologie des problèmes sociaux. Le Bulletin de sociologie a souhaité vous le présenter et M. Fernandez a généreusement­ accepté de répondre à nos questions.

Bulletin de sociologie : Pouvez-vous nous décrire brièvement votre parcours académique et professionnel? Qu'est-ce qui vous a attiré en sociologie?

Fabrice FernandezFabrice Fernandez : Ma rencontre avec la sociologie est le résultat inattendu d’une somme de détours, de tâtonnements et de bifurcations. Comme l’écrivait Antonio Machado, « Il n’y a pas de chemin, on trace son chemin en marchant ». Je me rappelle qu’à l’heure de choisir de m’engager dans des études supérieures, la plupart de mes auteurs de chevet étaient des poètes (Pablo Neruda, Blaise Cendrars, Henri Michaux, Aimé Césaire, Antonin Artaud, Federico Garcia Lorca…). Finalement, à la filière universitaire des lettres modernes qui m’était semble-t-il prédestinée, j’ai préféré la philosophie, par défaut, ne supportant pas l’idée que la littérature et la poésie puissent un jour devenir un « travail ». Mais à la suite d’études de premier cycle peu enthousiasmantes, j’ai décidé de bifurquer : je n’ai guère trouvé dans la philosophie telle qu’elle était tristement enseignée - découpée et segmentée par auteur, voire par thème dans la carrière d’un auteur - le débat d’idées que j’étais venu y chercher. Je n’avais pas le goût de devenir un énième spécialiste de Leibniz, Spinoza ou Descartes. Et puis, surtout, il y avait un tel fossé avec la réalité sociale ! C’était une période de forte contestation en France autour des lois Pasqua-Debré sur l’immigration[1], textes législatifs « durcis » pour tenter de séduire les électeurs d’extrême droite. Malheureusement, l’actualité française récente nous rappelle que ce débat sur l’immigration est loin d’être clos… À l’époque, les étudiants défilaient dans les rues en scandant « Nous sommes tous des enfants d’immigrés,  1re, 2e, 3e génération ». Issu des classes populaires d’une famille de culture ouvrière, qui plus est, fils d’immigrés espagnols ayant fuit le régime franquiste et petit-fils de combattants républicains contre la même dictature, j’étais particulièrement sensible à ces questions. À cette période, Pierre Bourdieu était devenu une figure incontournable, il remplissait les amphithéâtres, venait en province donner des cours du Collège de France. Jeune étudiant à l’Université de Toulouse, je suis venu assister à son cours, assis par terre faute de place. Il nous donnait l’impression d’être en contact avec ce que nous vivions, de nous donner les outils pour comprendre le monde social et pour agir sur lui. J’ai commencé à me plonger sérieusement dans la lecture de ses textes, souvent ardue, puis j’ai découvert la sociologie compréhensive allemande, l’anthropologie française, la sociologie phénoménologique, l’école de Chicago et les interactionnistes. La lecture d’Asiles d’Erving Goffman a sans doute fini de me convaincre de poursuivre un cursus en sociologie. De par son originalité, sa qualité théorique et sa richesse empirique, cette étude continue de m’impressionner.

Bien sûr, à ce moment-là, je n’imaginais pas un seul instant devenir un jour professeur de sociologie, je me projetais davantage en éducateur pour adolescents « difficiles ». Pour payer mes études, je travaillais dans un lycée comme maître d’internat. Je terminais tout juste ma licence de sociologie (le baccalauréat ici), qu’il me fallait déjà choisir un sujet de maitrise. Je me rappelle que j’hésitais entre des sujets totalement aux antipodes : l’étude anthropologique du mode de vie des Wayuu, un peuple amérindien relativement isolé dans le désert de la Guajira colombienne (où j’avais passé quelque temps lors d’un séjour « sac à dos ») ou un travail en sociologie de la santé autour des conséquences socio-sanitaires des mines terrestres (antipersonnel) laissées par les Khmers rouges dans les campagnes cambodgiennes (une bourse d’étude était offerte sur ce sujet). À la suite de mes lectures d’Erving Goffman, Michel Foucault, Primo Lévi, Hannah Arendt, Michael Pollack et Giorgio Agamben notamment, j’ai finalement décidé de m’intéresser à l’enfermement des classes populaires et plus particulièrement à l’expérience des reclus dans ces espaces de surveillance et de promiscuité que sont les prisons. Ma recherche s’est tracée ainsi progressivement en partant du terrain et d’une démarche inductive. J’étais bénévole dans une maison d’accueil pour sortants de prison. Là, je me suis peu à peu rendu compte de la difficulté que les occupants (ex-détenus) avaient de se débarrasser de la carapace carcérale : sortis de prison ils emportaient la prison avec eux. J’ai pensé qu’il était nécessaire de dépasser l’étude des seules institutions totales, pour s’intéresser à l’expérience totale qui se prolonge bien au-delà des murs. Cela a été le point de départ d’un long travail ethnographique.

À la recherche de récits sur l’expérience carcérale, je me suis ensuite tourné vers des structures de prévention qui accueillent de nombreux usagers de drogues précarisés, itinérants parfois tout juste sortis de prison. C’est à ce moment que mon objet de recherchededoctorat a commencé à se solidifier autour de la question de l’usage et des usagers de drogue traversant alternativement les mondes de l’errance urbaine et de la prison.

Je proposais alors de réinterroger l’articulation liberté-enfermement, sans doute à contre-courant des opinions communément admises. Si, pour le sens commun, la liberté consiste à sortir de « l’enfer carcéral », pour certains usagers de drogue elle consiste aussi et peut-être surtout à pouvoir entrer en prison, à pouvoir jouer avec ses règles pour en sortir et mieux recommencer à consommer des stupéfiants. De manière plus générale, j’ai essayé de montrer que la vie quotidienne des consommateurs de drogues en itinérance peut soutenir la comparaison avec l’expérience carcérale;que l’expérience d’un usager de drogues dépendant, enfermé dans une sorte de « prison de la subjectivité » peut être rapprochée de l’assujettissement du reclus dont la propre subjectivité serait effet et instrument d’une anatomie politique, d’une forme de gouvernementalité foucaldienne,si vous voulez. Dès lors, je pouvais déployer une autre appréhension du rapport à soi, à la santé et aux risques pour ces populations précarisées. La sociologie (nourrie de philosophie, d’anthropologie, de science politique,mais aussi de littérature) m’a permis de construire cette réflexion qui a débouché sur Emprises, l’ouvrage tiré de ma thèse.

BdS. : Quels sont vos principaux intérêts de recherche et pourquoi?

F.F. :De façon générale, je m’intéresse aux mutations de la société contemporaine, aux transformations de l'État, à ses interventions auprès de populations marginalisées et aux limites politiques, sociales et morales que l’État, à travers les politiques publiques, tente de fixer à la libre disposition de soi et de son corps.

Pour moi, la question centrale des sciences sociales est celle de la liberté. Et la sociologie est là pour nous permettre de comprendre non pas « comment être libre »,mais la manière dont nous ne le sommes pas, et comment,ce faisant,nous nous organisons pour tenter de l’être un peu tout de même, par quelques adaptations secondaires, quelques tactiques et marges de manœuvre. Comment s’organise cet « art du faible » (comme l’écrit Michel de Certeau) face à toutes les contraintes et les limites (internes et externes) qui s’imposent à nous et que nous nous imposons parfois à nous-même?

Dans cette optique, après ma thèse, j’ai travaillé sur plusieurs programmes de recherches nationaux et internationaux autour des économies morales et des résistances ordinaires aux formes de domination. Je me suis particulièrement intéressé aux usagers de drogues, aux majeurs et mineurs en situation de précarité, aux personnes incarcérées et aux jeunes des quartiers défavorisés héritiers des migrations. Mes terrains de recherche ont été autant urbains, associatifs qu’institutionnels : j’ai déployé mes observations aussi bien dans la rue que dans des squats de consommateurs de drogues, des associations de prévention et de réduction des méfaits, des prisons, des tribunaux, des centres médicaux et psychiatriques, des centres d’hébergement d’urgence, etc.

Dans mes travaux, je tente de comprendre comment on désigne, on accompagne, on encadre, on traite et on prend en charge des populations dites « vulnérables » et/ou « dangereuses ». Je cherche à interroger leur « traitement » dans le double sens du terme : c’est-à-dire comme un ensemble des méthodes employées pour lutter contre une maladie et tenter de guérir un malade, mais aussi au sens moral du terme, comme une manière d'agir avec quelqu'un. Par ailleurs, j’analyse comment les individus ainsi « catégorisés » traduisent les savoirs dont ils sont l’objet, s’adaptent et/ou résistent aux dispositifs et aux professionnels face à eux.

BdS. : Comment en êtes-vous venu à choisir de venir enseigner au Québec et quelles sont vos impressions sur la ville depuis votre arrivée?

F.F. :Même si je considère que mes références intellectuelles et culturelles, voire mes « racines » sont autant hispaniques que françaises, je suis né et j’ai grandi en France. Aussi, concernant la vie et la culture québécoises, mes impressions oscillent entre une étrange familiarité et une familière étrangeté. C’est parfois déroutant, mais à travers ce qu’il faut bien appeler un déracinement, je trouve un décentrement et une « intranquillité » dirait Fernando Pessoa, qui ne sont pas pour me déplaire. J’ai toujours eu horreur de la vie routinière.

Depuis ma première venue il y a plus de 10 ans déjà (à l’occasion d’une bourse d’étude à l’Université de Montréal) j’ai gardé ici des liens et des contacts. Je suis revenu à plusieurs reprises, à Montréal en particulier, mais la ville de Québec m’était jusqu’alors presque inconnue. Je découvre aujourd’hui une cité attachante et en changement qui dispose de quartiers contrastés dotés d’identités fortes. Québec est une ville avec une douceur de vivre et en même temps en effervescence, une ville « capitale » mais à taille humaine. Au cœur des anciens quartiers ouvriers notamment, on retrouve un peu de cette poésie et de cette bienveillance que bien des villes européennes ont perdu à une époque où règne la vitesse, l’hyperconsommation et l’individualisme forcené.Comme toute métropole,elle draine bien sûr son lot de problèmes sociaux et humains,de détresse et de misère,mais il me semble qu’elle tente d’y faire face grâce à un solide maillage associatif et communautaire.

Quant à l’Université Laval, je commence à comprendre l’étendue des possibilités qu’elle offre à tout un chacun, ce qui est assez impressionnant pour un européen davantage habitué à des campus relativement modestes en comparaison. Concernant spécifiquement le département, le rôle qu’a tenu Everett Hughes dans l’avènement des études sociologiques à Québec a été une heureuse surprise pour le sociologue-ethnographe en filiation lointaine avec l’École de Chicago que je suis. Et puis, il me faut dire à quel point je suis heureux d’intégrer une équipe professorale renouvelée avec des collègues chaleureux qui m’ont réservé un merveilleux accueil. Bref, comme vous le voyez quitter Toulouse, Paris et Lyon pour Québec fut un choix de cœur et de raison.

BdS. : Quels sont vos projets de recherches ou intérêts à venir?

F.F : Mes projets sont nombreux et toujours en lien avec les formes de construction de l’altérité déviante. Depuis quelques années, mes travaux participent notamment d’une sociologie politique de la santé mentale, que ce soit par exemple l’étude des addictions et de leur « chronicisation », les formes de sorties de la toxicodépendance, les expériences de prise en charge médicale au sein de dispositif pénal, les formes de traitement de la dangerosité. Mes intérêts de recherche actuels se situent plus particulièrement à la croisée de la santé mentale et de la justice. Au Québec, je m’intéresse de près aux formes de justice ordinaire, notamment au sein des « Mental Health Court », ces tribunaux de la santé mentale qui ont pour mission de traiter avec compréhension les personnes souffrant de troubles mentaux qui ont des démêlés avec la justice (et ce notamment, si cela est possible, afin de trouver des solutions autres que l’incarcération, à partir de dispositifs d’accompagnement). Outre les enjeux politiques, sociaux et médicaux de tels dispositifs, je porte mon attention sur les dimensions émotionnelles et morales de ce travail d’évaluation et de prise en charge des comportements déviants. Sur un autre registre, je m’intéresse également aux tribunaux itinérants dans le Grand Nord québécois, à leur manière d’évaluer, de juger, d’encadrer et d’accompagner des populations précarisées. Du côté de l’animation scientifique, je continue de nourrir de nombreuses coopérations avec la France, je codirige notamment un colloque international intitulé « Résister en corps. Ethnographie de l’infamie » qui vise à documenter l’expérience sociale et intime des imputations infamantes où se concentrent les effets d’étiquetages dégradants qui prennent bien souvent le corps pour objet (racisme, discriminations sexuelles, constructions de l’ « anormalité », mépris de caste ou de classe).  J’y retrouve ainsi mes intérêts de recherche puisqu’il s’agit de décrire les coulisses du pouvoir à travers lesquelles des femmes et des hommes infamisé(e)s s’efforcent d’exister, de maintenir leur dignité et parfois même de « résister, en corps ».

BdS. : Pouvez-vous nous parler plus en détail du séminaire que vous offrirez à l'automne, à quoi s'attendre?

F.F : Le séminaire est une invitation à repenser ce qu’est un problème social  et la normativité qui en constitue le cadre (comment un problème social est-il « construit »? Quels sont les dispositifs mis en place pour essayer de le résoudre? Quels sont les effets directs ou indirects sur les populations ainsi « catégorisées » à problème ?). L’étude des problèmes sociaux s’inscrit bien sûr dans une longue tradition de recherche québécoise que nous allons étudier, mais nous essaierons d’élargir les horizons (aux chercheurs américains et européens notamment) en faisant quelques incursions en territoire anthropologique, philosophique voire historique. L’idée est d’éviter le catalogue de problèmes sociaux (ce qui serait non seulement fastidieux, mais impossible) pour penser par problématisations, axes transversaux et textes fondamentaux. Il s’agit notamment de faire dialoguer des textes fondateurs (de la revue Social Problems par exemple) avec des auteurs contemporains, des textes d’ici et d’ailleurs, dans différentes disciplines, pour interroger nos propres manières de penser le normal et le pathologique, le légal et l’illégal, la dangerosité et la vulnérabilité entre autres. Bien sûr, au détour des textes et des séances, nous aborderons les problèmes sociaux tels qu’ils sont posés d’aujourd’hui : la pauvreté, l’itinérance, le racisme, les discriminations sexuelles et raciales, la délinquance ou la toxicomanie notamment, mais en s’intéressant à la manière dont ces faits sociaux sont construits en problèmes et des populations ainsi « catégorisées ».

Je souhaite que ce séminaire soit un véritable lieu de réflexions, d’échanges, de discussions, de partage d’idées, d’ouverture d’esprit, un lieu convivial, chaleureux et dynamique où chacun(e) puisse trouver sa place. L’objectif est à la fois de donner des repères précis pour se repérer dans ce vaste champ de recherche,mais aussi de permettre aux étudiant(e)s d’y réaliser leur propre cheminement à partir d’un outillage conceptuel adapté à leurs questionnements. Au-delà de l’enquête de terrain, le travail du sociologue est un travail de lecture, de problématisation, d’analyse et d’écriture. Il s’agit donc de faire dialoguer toutes ces dimensions au sein même du séminaire tout en essayant de donner les balises théoriques et méthodologiques nécessaires pour que chacun puisse se frayer son propre chemin, puisse réaliser son propre itinéraire intellectuel. En mobilisant les expériences et les connaissances de chaque participant(e), nous essaierons donc de faire dialoguer esprit critique et rigueur méthodologique pour déconstruire un certain nombre d’idées préconçues sur ce qui pose problème dans la société d’aujourd’hui.



[1] Ces lois venaient entre autres limiter le « droit du sol » ce dernier correspondant à la possibilité donnée à tou(te)s de devenir français(e) lorsque l’on est né(e) en France de parents étrangers.

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Publication récente - Entretien avec Denise Veillette

Professeure retraitée et associée du Département de sociologie, Denise Veillette vient de publier, aux Presses de l’Université Laval, le tome IV de l’ouvrage collectif Les répondantes diocésaines à la condition des femmes - 25 ans d’histoire 1981-2006.

Tome IV - Les répondantes diocésaines à la conditions des femmes - 25 ans d'histoireFruit d’un travail colossal échelonné sur plus de dix ans, ce tome IV, intitulé «Des femmes de terrain solidaires de la cause des femmes », est en fait le deuxième livre d’une collection qui en comptera cinq et qui vise à mettre en lumière un pan inédit et méconnu de l’histoire des femmes et de l’Église catholique québécoise.  

Sous la direction de madame Veillette se retrouvent les signatures de 160 auteures et auteurs différents, totalisant 205 textes, reçus à la suite d’un appel à contribution auprès des divers diocèses du Québec. Les textes ont ensuite été compilés, vérifiés, révisés et référencés. Tout y est authentique, aucun texte n’a été refusé. En choisissant de faire une œuvre collective, la parole est ainsi donnée aux personnes qui ont vécu et analysé ce temps unique de l’histoire des femmes et de l’Église et qui souhaitaient en témoigner et s’exprimer.  «C’est important que ce soit vrai. Il y a plusieurs points de vue, il y a de tout et il y a du contradictoire. On est mis en présence de cris du cœur, de femmes qui ont trouvé extraordinaire leur engagement ; d’autres, qui se sont distanciées de l’Église. Ces témoignages sont sincères et donnent une bonne idée de ce qui s’est vécu au cours de cette période», souligne madame Veillette.

Les répondantes diocésaines et leur rôle
Le poste de répondante diocésaine a été créé en 1981, en réaction à la publication d’un rapport du Conseil du statut de la femmes (CSF) en 1978, Pour les Québécoises : égalité et indépendance. L’Assemblée des Évêques a alors retenu la suggestion de son Comité des affaires sociales de nommer, pour chacun des 20 diocèses du Québec, une femme répondante qui serait mandatée pour s’occuper de la condition des femmes dans la société civile, ainsi que dans l’Église. Ces femmes étaient parfois des religieuses, mais aussi souvent des laïques, préoccupées par la cause des femmes et portées par leur foi catholique.

Ainsi, pendant les décennies suivantes, les répondantes diocésaines à la condition des femmes ont joué un rôle majeur d’intervenantes et fait preuve d’un grand leadership. Elles ont pris de nombreuses initiatives, mené des enquêtes de terrain, dénoncé les injustices et l’oppression et revendiqué plus d’égalité pour les femmes dans l’Église comme dans la société.

Un travail méconnu et pourtant d’envergure
Dans le tome IV, le thème central est d’ailleurs de souligner le travail important des répondantes sur la question de la violence conjugale, mais aussi sur la sexualité et la violence à l’égard des femmes dans le milieu ecclésial. «Il y a du travail qui s’est fait, c’est incroyable! Mais les gens ne le savent pas!», regrette madameVeillette.

La contribution des répondantes dans ces dossiers a pourtant été considérable, notamment en aboutissant à l’adoption d’un code d’éthique par l’Église et par l’animation de nombreuses sessions appelées «Violence en héritage?» pour tenter de trouver des solutions au fléau social de la violence. «Ces sessions pouvaient durer de quelques heures à deux jours, et étaient offertes dans la plupart des diocèses du Québec, explique madame Veillette. Des évêques y assistaient et invitaient les séminaristes à s’y inscrire.  C’étaient des récits qui parlent de la violence, du vécu, des mises en situation. Il y a même une session qui se nomme «Dieu, l’argent, l’histoire et l’oppression des femmes».»

Par ces sessions et par différentes études de terrain, l’Église se retrouvait à la fois forcée de reconnaître les problèmes de violence qui existaient dans sa propre maison, ce qui n’est pas rien, mais aussi de revoir quelque peu sa conception du mariage: «Pour l’Église, le mariage, c’est pour la vie. Quand une femme est violentée et qu’elle est portée à dire qu’elle va se séparer —et parfois ça lui est conseillé—, un comportement que l’Église n’encourage pas. Les membres du clergé ont commencé à évoluer vers une plus grande ouverture à la séparation et même au divorce. Cela a été souvent discuté.»

«Ce que je rappelle souvent, poursuit Denise Veillette, c’est de voir comment les femmes répondantes et les évêques ont tenu deux causes en même temps, interreliées interinfluencées : l’avancement de l’Église catholique et celui de la femme dans l’Église catholique. Cette interaction entre des facteurs pastoraux et féministes est plutôt rare. »

Une collaboration digne de mention
Dans le tome IV, il est souvent question de la collaboration des évêques avec les femmes et le réseau des répondantes diocésaines, qui ont travaillé main dans la main sur plusieurs dossiers.

«Cette histoire du réseau des répondantes diocésaines, c’est absolument unique dans le monde. Bien sûr, ailleurs, il y a des femmes qui travaillent sur la question féminine. Mais l’idée de trouver et de nommer, dans chaque diocèse, une femme à la fonction de répondante est unique et c’est un moment d’histoire heureuse pour l’Église catholique du Québec!», insiste la sociologue, ajoutant que l’Église est souvent critiquée, et avec raison, «mais là, cela a été une réussite», tient-elle àpréciser.

Cependant, si l’ouverture des évêques mérite d’être applaudie, la présence des répondantes n’était pas toujours bienvenue dans un milieu reconnu pour être traditionnel. Bien souvent, les répondantes étaient plus mal reçues par les autres femmes que par les hommes. «Leur rôle n’était pas toujours compris. Parce qu’elles s’occupaient de la condition des femmes, elles étaient étiquetées en tant que féministes. Certaines femmes préféraient alors s’en dissocier.»

Et aujourd’hui?
Aujourd’hui, le réseau des répondantes diocésaines existe toujours, mais elles sont moins nombreuses. «Peut-être encore 10 ou 12 femmes, selon les estimations de Denise Veillette, car leur mandat n’est pas toujours renouvelé, faute de ressources financières. Mais, c’est très important de le dire, la fonction de répondante est confiée à des femmes qui occupent d’autres postes dans la structure des diocèses, par exemple, des catéchètes, des agentes de pastorale, des chancelières», ajoute-t-elle.

Petite histoire de la collection
En 2004, Denise Veillette a été sollicitée par le réseau des répondantes diocésaines qui souhaitaient une publication à l’occasion de leurs 25 ans (1981-2006) d’existence. La professeure, spécialisée dans les études féministes et la sociologie des religions, a accepté avec joie de prendre le dossier en main, d’autant plus que cette demande survenait à l’aube de son retrait de l’enseignement. «Je me suis dit que ça me ferait un beau petit projet de retraite», avoue-t-elle en riant, insistant sur le terme «petit».

S’en est suivi l’appel de textes auquel la réponse a été plus que positive : 205 textes, 160 auteures et auteurs totalisant près de 4000 pages. Rapidement, il a été clair que le tout ne tiendrait pas en un seul volume, ni même dans trois. Progressivement, le projet a donc évolué : «Je me suis dit qu’on devrait saisir la situation qui se présentait pour faire œuvre de mémoire, de collection et d’histoire», explique madame Veillette.

Résultat d’un incroyable travail d’équipe, le tome V, premier à être publié pour des raisons logistiques, voyait le jour enTome V - Les répondantes diocésaines à la condition des femmes septembre 2012. Trois ans plus tard, «un deuxième gros bébé de 2,5 kg», comme elle se plaît à le dire, non sans fierté, vient de naître en août 2015.

À terme, Denise Veillette souhaite que les cinq tomes puissent servir de source primaire pour les historiens ou sociologues qui voudraient en faire une analyse plus poussée. «Ça me tient vraiment à cœur ce projet-là et il a tellement une bonne réception, mais ça prend du temps, c’est du travail», admet-elle.

Levée de fonds
Bien sûr, une publication d’une telle ampleur demande des ressources tant humaines que financières. Outre la participation du Réseau des répondantes diocésaines, des levées de fonds sont nécessaires pour la poursuite déjà bien engagée de la collection.

Il est possible d’y contribuer en joignant directement Denise Veillette :

Vous pourrez également vous procurer les deux tomes parus de la collection Les répondantes diocésaines à la condition des femmes - 25 ans d’histoire 1981-2006 auprès de madame Veillette ou par les Presses de l’Université Laval.

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Publication récente - Entretien avec Andrée Fortin

Andrée Fortin, professeure émériteRetraitée du département, Andrée Fortin a reçu le titre de professeure émérite au printemps dernier. Il y a quelques mois, elle a publié le livre Imaginaire de l’espace dans le cinéma québécois, où elle a voulu explorer comment le cinéma de fiction, au Québec, présentait les espaces de la ville, de la banlieue et de la campagne. Le Bulletin l’a rencontrée afin de parler de son livre, mais aussi de ses projets en cours et de l’intérêt du cinéma pour les sociologues.

« La façon de concevoir l’espace et les déplacements ne se révèle pas uniquement en scrutant des plans et des cartes : cela exige de saisir l’imaginaire sous-jacent, la représentation de ce qu’est et devrait être la ville, la banlieue ou la campagne, les identités spatiales et l’appropriation de l’espace, dans leur dimension de mémoire et de projet»
                                                                                 - Extrait du quatrième de couverture

Cette envie de saisir l’imaginaire de l’espace porté par le cinéma québécois découle des nombreuses études menées par Andrée Fortin en tant que membre du Groupe interdisciplinaire de recherche sur les banlieues de l’Université Laval (GIRBa). Le Groupe s’est beaucoup questionné sur l’attrait exercé par les banlieues sur la population de la région de Québec, et au-delà de l’argument classique du prix plus abordables des maisons —qui ne tenait pas toujours la route devant les quartiers de prestige— force était de constater que les représentations sociales de la ville et de la banlieue y jouaient un rôle important.

« Dans des entrevues, à la question classique de « que vous évoque la ville ? », des gens répondaient carrément «Eurk !» ou « Ce n’est pas pour moi ! », illustre Mme Fortin. En creusant davantage, on se rendait compte que plusieurs de ces personnes n’avaient jamais vécu, ni travaillé en ville. Alors, d’où cela vient-il ?»

C’est ainsi qu’elle s’est intéressée aux représentations sociales de l’espace et sur leurs origines, qui peuvent venir tant des « expériences individuelles, […], mais aussi à partir de divers discours sociaux, de l’art, de la mémoire collective et des médias » peut-on lire en introduction de son livre.

Imaginaire de l'espace dans le cinéma québécoisPartant donc de la prémisse que le cinéma, tout comme d’autres formes d’art, reflète et façonne à la fois les imaginaires, Andrée Fortin s’attendait intuitivement à retrouver les mêmes représentations sociales de l’espace dans les films québécois que dans ses recherches antérieures, mais elle ne pensait pas que ce serait « si fort, si marqué », admet‑elle.

Car ce qui ressort aussi de cette analyse d’un imposant corpus de 270 films couvrant la période de 1965 à 2010, c’est que la ville y est en général présentée comme un lieu invivable et particulièrement inadapté pour élever des enfants. L’espace urbain y est associé à la pauvreté et à la criminalité. « Dans les films qui se passent en ville, il n’y a pas de place pour les enfants, ils y sont négligés, malheureux, malades », énumère-t-elle.

La banlieue y est donc présentée comme le « lieu de rêve », malgré ses quelques travers. « Dans les films les plus récents, ce qui étonne, c’est de voir à quel point la banlieue devient autosuffisante dans l’imaginaire. Il y a beaucoup de films dont l’action se déroule en banlieue et où l’on ne voit pas du tout la ville », explique la sociologue. Donc, ça devient le lieu par défaut de vie et de travail, où l’on élève les enfants ». L’imaginaire de la campagne, quant à lui, est associé dans le cinéma au « temps suspendu », à l’immobilité et à l’absence d’enfants.

En plus des imaginaires de ces trois espaces ville-banlieue-campagne, Andrée Fortin a poussé l’analyse du corpus de films jusqu’à scruter l’appropriation qui est faite de l’espace à travers la mobilité et les espaces intersubjectifs.

Qu’est-ce qui façonne quoi ?
Ces imaginaires véhiculés par le cinéma sont-ils le miroir de la société ou bien ont-ils plutôt une influence sur les comportements ? « C’est vraiment l’œuf et la poule et l’un nourrit l’autre. Je n’arriverais pas à dire lequel arrive en premier, mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a une rétroaction entre les deux », explique Mme Fortin. Ce qui n’est pas sans conséquence, ajoute-t-elle, car cela façonne aussi les choix individuels et collectifs.

« Les choix collectifs que l’on fait, c’est de développer les banlieues, et cela vient avec l’automobile individuelle. Ce sont des choix collectifs qui sont implicites à travers des représentations de la ville, de la banlieue, et cela fait qu’on pose des choix qui ont des incidences ».
De la même manière, la force de cet imaginaire influence la conception du lieu idéal pour élever les enfants : « Les gens ont une image très, très négative de l’éducation des enfants dans les quartiers centraux. Alors, lorsque tu te fais renvoyer l’idée que tu ne devrais pas faire ça, parce que cela va à l’encontre des représentations sociales, il y a certainement une influence sur des choix individuels et collectifs. » Ces imaginaires sont souvent dans « l’air du temps » et ne sont pas non plus permanents, ils évoluent.

La sociologie et le cinéma
Andrée Fortin s’est intéressée à l’utilisation des images en sociologie à force de côtoyer des architectes et des urbanistes au GIRBa. « Il y a plein de choses que les sociologues pourraient étudier dans le cinéma québécois, car cela donne une idée de la représentation sociale, soutient la professeure émérite. Bien sûr, il ne faut pas chercher dans quelle mesure la représentation sociale colle à la réalité ou pas, mais il y a toujours quelque chose dont il faut tenir compte ».

À la différence des études cinématographiques qui souvent vont s’attarder à un petit nombre de films ou sur le travail d’un seul auteur, la sociologue insiste sur l’importance d’un large corpus pour arriver à tirer des généralisations qui soient solides. « Souvent, un film en éclaire un autre », ajoute-t-elle.

L’imaginaire de l’espace en trois films
Le Bulletin lui a demandé de nommer trois films qui illustrent bien les constats de sa recherche. Le premier mentionné, Contre toute espérance, est particulièrement pertinent, selon elle, car s’y retrouvent les trois espaces étudiés, urbain, banlieusard et campagnard.
Pour l’imaginaire de la banlieue où l’on ne voit pas la ville, elle cite en exemple le film C.R.A.Z.Y., qui en même temps fait l’éloge de la famille. Du côté de la campagne, le long-métrage La Turbulence des fluides illustre bien l’idée de l’immobilité, car les marées s’arrêtent. « C’est un récit sur une impossibilité d’avancer et qui se termine sur une grande marée où l’héroïne frôle la mort, ce qui est typique des films qui se passent à la campagne, où cela se termine dans un grand bouleversement dont les gens sortent ou ne sortent pas indemnes », décrit Mme Fortin.

Projets en cours
Depuis la publication du livre, Andrée Fortin poursuit ses recherches sur le cinéma. Elle publiera d’ailleurs un article dans la prochaine édition de la revue Recherches sociographiques, où elle se penchera cette fois sur la représentation de la famille et sur les liens intergénérationnels dans le cinéma.

De plus, celle qui siège désormais à la Société des dix prépare pour leurs Cahiers un article qui portera sur la mémoire collective de la Révolution tranquille en comparant des films tournés à cette époque à ceux réalisés postérieurement, mais dont l’action se situe dans les années 60.

Finalement, pour la revue Nouvelles vues sur le cinéma québécois, elle se concentre davantage sur l’imaginaire de la petite ville et sur le rapport entre la ville et la campagne.

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Conférences à venir

Mardi 13 octobre 2015 – 16 h – Local à confirmer

Table ronde dans le cadre du lancement du livre Les baby-boomers, une histoire de familles. Une comparaison Québec-France.
Invités : Catherine Bonvalet (Institut national d’études démographiques), Ignace Olazabal (Université de Montréal) et Michel Oris (Université de Genève).

Mardi 20 octobre 2015 – 12 h – Salle du Conseil de la Faculté des sciences sociales (DKN-3470)

Conférence de Erik Vickstrom (Université de Princeton). « Statut juridique, circulation, et pratiques transnationales des migrants sénégalais en Europe ».

Résumé: Cette conférence examine le lien entre statut juridique et activités transnationales. La littérature sur les activités transnationales n'a pas suffisamment pris en compte le rôle de la mobilité physique, qui peut être contrainte par les États, dans le maintien des liens affectifs et matériels qui sous-tendent l’entretien des activités transnationales. Je fais alors l'hypothèse que la contrainte juridique du statut irrégulier « piège » les migrants sénégalais à destination et diminue leur capacité à maintenir des liens économiques avec leur pays d’origine (les transferts monétaires, les investissements au Sénégal et la participation dans des associations villageoises). Je montre que les migrants sénégalais en situation irrégulière ont effectivement une probabilité très réduite de circuler entre le pays de destination et le Sénégal. Ce confinement sape toute l'infrastructure sociale des transferts monétaires aux proches et de l’investissement dans des biens durables (logement, terrain, « business »): les liens affectifs qui sous-tendent des activités transfrontalières à longue distance se fanent quand les migrants sont incapables de circuler. Je montre par ailleurs que la participation aux associations de migrants (qui réalisent des investissements collectifs) sont moins sensibles aux situations juridiques irrégulières, sans doute parce qu’elle repose sur une infrastructure sociale en partie basée dans le pays de destination.

 

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Les brèves

Six chercheurs invités à l’ODSEF

L’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone (ODSEF), dont Richard Marcoux est le directeur depuis 2009, reçoit chaque année plusieurs chercheurs dans le cadre d’un programme d’accueil. En août et septembre 2015, l’ODSEF a ainsi accueilli six chercheurs qui ont pu travailler en collaboration et sous la supervision de deux chercheurs émérites : M. Cheikh Mbacké et M. Philippe Antoine. Les chercheurs invités, pour la plupart en provenance d’Afrique, ont ainsi pu participer à différentes activités de formations et à plusieurs séminaires. Pour en savoir plus sur leur parcours, leur travail et sur le rôle de l’ODSEF, consultez leur site Internet : https://www.odsef.fss.ulaval.ca/accueil

Un site Internet sur les mesures d'austérité

L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) a mis en ligne un Observatoire des conséquences des mesures d’austérité au Québec : http://austerite.iris-recherche.qc.ca/

Appel à soumission de texte pour la revue Vertigo

Vulnérabilités environnementales : perspectives historiques.
La date limite pour l’envoi d’une proposition contenant un titre et un résumé d’un maximum de 500 mots est le 15 octobre 2015. La publication est prévue pour septembre 2016. Pour plus d’informations : https://vertigo.revues.org/16158

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Soutenance de thèse de Mélanie Bédard

Mélanie Bédard soutiendra prochainement sa thèse de doctorat intitulée « Les idéaux pédagogiques de l’instruction publique, de 1789 à 1875, et leur application législative »

Tous sont invités à y assister le 29 septembre prochain, à 9 h 30, au local 2419 du pavillonCharles-De Koninck.

Résumé de la thèse : Un discours critique reproche aux systèmes scolaires contemporains de renoncer à l’autorité de la tradition pédagogique, d’oublier la vocation émancipatrice et réflexive de l’instruction publique, et de viser étroitement l'intégration économique et politique des individus. Réelles ou perçues, ces pratiques contrediraient des justifications que certains de ses fondateurs lui donnaient à la fin du XVIIIe siècle. Qu'en est-il de ce qui justifia la fondation de l'instruction publique québécoise au XIXe siècle?

Inspirée de travaux de Durkheim et de Weber, cette thèse interroge le sens qu’avait l’instruction publique québécoise pour ses fondateurs. Elle compare des expressions de ses idéaux avec un idéaltype de l’idéal pédagogique moderne, reconstitué à partir de réflexions sur l’éducation de Rousseau, Condorcet et Hegel. Pour ces philosophes, l'éducation visait le développement de la raison et de la liberté chez la personne, puis dans la société politique et le devenir de l'humanité. Ils recommandaient un enseignement qui conservait de la philosophie moderne la valorisation d’une autonomie active, provenant de l'élève, et du libéralisme occidental la confiance envers les bienfaits de la liberté questionnant toute autorité abusive, à éviter par le maître. L’idéal d'une nature humaine universelle ou de la civilisation en progrès maintenait toutefois l’autorité de la tradition pédagogique comme source de sagesse et de réflexivité, les sciences et langues modernes n'écartant pas complètement les lettres classiques.

La thèse constate qu'un des enjeux principaux de la fondation de l'instruction publique québécoise entre 1789 et 1875, répété dans des projets et des lois scolaires, des journaux, rapports et règlements d'étude, était de déterminer l'autorité pédagogique et le partage des responsabilités financières et matérielles. Puis la bi-confessionnalisation succéda à l’établissement ardu d’une autorité pédagogique supérieure : on définissait la société politique.

Derrière cette évidence, et malgré la séparation progressive entre les catholiques francophones et les protestants anglophones que les lois scolaires contribuèrent à instituer, celles-ci enregistrèrent l’idéal de l’instruction publique commun aux libéraux francophones et anglophones, notamment en créant des passerelles entre les écoles primaires et les collèges classiques. Les vocations utilitaire et intellectuelle de l’instruction publique visaient toutes deux l’émancipation collective, dans la société politique, et vers la civilisation.

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Mémoires et thèses électroniques

Thèses de doctorat

Emiliano Scanu
L'action publique urbaine et les enjeux des changements climatiques : l'exemple de Québec et Gênes

Direction de recherche: Louis Guay

Sylvie Nguedam Deumeni.
Du discours à la pratique des droits de la personne : pour une analyse sociologique de l'individualisme en Afrique subsaharienne. Le cas du Cameroun

Direction de recherche: Richard Marcoux
Codirection de recherche: Jean-Jacques Simard

Ndeye Faty Sarr
Impacts des microcrédits de l'Union des Mutuelles pour la Mobilisation de l'Épargne et le Crédit (UM-PAMECAS) sur les conditions économique et sociale des femmes : "Empowerment" ou instrumentalisation?

Direction de recherche : Gérard Duhaime

Marie Rosalie Sagna
Impact de la microfinance sur l'empowerment des femmes et la lutte contre la pauvreté dans la région de Ziguinchor

Direction de recherche : Simon Langlois

Mémoires de maîtrise

Claire Van Den Bussche
L'établissement des immigrants à Québec: Parcours migratoires et biographies résidentielles d'immigrants français et maghrébins
Direction de recherche: Dominique Morin

Ange Mawussé Dovi
Construction médiatique des inondations : exemple du Togo de 2007 à 2011

Direction de recherche : Louis Guay

Adam Szoo
The impacts of the use of UAVS on the nature, organisation and regulation of Canada-U.S. border surveillance

Direction de recherche: Stéphane Leman-Langlois

Michel Després
En temps et lieux : l'utilisation de technologies mobiles par des profils de travailleurs et d'étudiants à Québec

Direction de recherche: Andrée Fortin
Codirection de recherche: Dominique Morin

Komlan Gblokpor-Koffi
L'intégration des Togolais au Québec et la communauté togolaise au Canada (CTC) : le rôle d'une association de migrants dans le développement d'un réseau social et dans l'acquisition de capital social

Direction de recherche : Madeleine Pastinelli

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Dates importantes

Septembre

Mercredi 30 septembre
Date limite pour preuve de satisfaction aux exigences d'admission pour les étudiants admis conditionnellement et inscrits provisoirement à la session d'automne

Mercredi 30 septembre
Date limite de candidature à la bourse Chester-S.-Walters (1 x 1 000 $)

Octobre

Mercredi 7 octobre
Date limite de candidature aux bourses de maîtrise du Fonds de recherche du Québec - Société et culture (FRQ-SC)

Mercredi 14 octobre
Date limite de candidature aux bourses de doctorat du Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQ-SC)

Jeudi 15 octobre
Date limite pour paiement de tout solde des droits de scolarité et autres frais de la session d'automne 2015

Jeudi 15 octobre
Date limite de candidature aux bourses de doctorat du Programme de bourses d’études supérieures du Canada et Bourses de doctorat du CRSH - Sciences humaines

Lundi 26 octobre au samedi 31 octobre inclusivement
Semaine de lecture

Jeudi 29 octobre
Formation de base EndNote
Bibliothèque, pavillon Alexandre-Vachon, local 0022
10 h 30 – 12 h

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